Les Israéliens et les Juifs doivent rester « à l’abri » au Zimbabwe
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Les Israéliens et les Juifs doivent rester « à l’abri » au Zimbabwe

L'armée retenait mercredi le président Robert Mugabe dans sa résidence et a déployé ses troupes dans la capitale Harare

Des jeunes femmes devant un camion blindé à un carrefour, la circulation est gérée par des soldats zimbabwéens, à Harare, le 15 novembre 2017. (Crédit : AFP)
Des jeunes femmes devant un camion blindé à un carrefour, la circulation est gérée par des soldats zimbabwéens, à Harare, le 15 novembre 2017. (Crédit : AFP)

Le ministère des Affaires étrangères israélien a déclaré mercredi que les Juifs et les Israéliens au Zimbabwe ont reçu l’instruction de rester confinés dans le contexte du coup d’État, au sein de la nation africaine.

On estime à 170 le nombre de Juifs et d’Israéliens dans le pays, dont 108 à Harare, dans la capitale, et 64 dans la ville de Bulawayo.

« Aucun problème n’a été signalé », a indiqué le ministère, ajoutant que l’ambassadeur d’Israël à Pretoria, en Afrique du Sud, est en contact permanent avec les chefs des communautés.

L’armée zimbabwéenne retenait mercredi le président Robert Mugabe dans sa résidence et a déployé ses troupes dans la capitale Harare, après plusieurs jours d’un bras de fer provoqué par le limogeage du vice-président Emmerson Mnangagwa.

Que se passe-t-il ?

Selon des témoins, un convoi de véhicules militaires a été vu mardi près d’Harare et des coups de feu entendus dans la nuit près de la résidence privée de Robert Mugabe, 93 ans, qui dirige le Zimbabwe d’une main de fer depuis son indépendance en 1980.

Le président zimbabwéen Emmerson Mnangagwa à Harare, le 7 janvier 2017. (Crédit : AFP / Jekesai NJIKIZANA)

Mercredi matin, des blindés de l’armée contrôlaient les accès au Parlement, au siège du parti au pouvoir la Zanu-PF et aux bureaux dans lesquels le chef de l’Etat réunit généralement ses ministres. Pour le reste, l’activité était proche de la normale dans la capitale, selon des journalistes de l’AFP.

En pleine nuit, un haut responsable militaire a expliqué lors d’une allocution diffusée par la télévision nationale que l’armée était intervenue pour éliminer les « criminels » de l’entourage du président, mais qu’elle ne voulait pas « renverser le gouvernement ».

« Ce n’est pas un coup d’Etat militaire contre le gouvernement », a martelé le général Sibusiso Moyo.

Où est le président Mugabe ?

Le président Robert Mugabe, le 8 novembre 2017. (Crédit : AFP PHOTO / Jekesai NJIKIZANA)

Le chef de l’Etat s’est entretenu mercredi par téléphone avec son homologue sud-africain Jacob Zuma, il lui a dit être retenu prisonnier à son domicile de la capitale. Il a ajouté qu’il allait bien.

Dans la nuit, le général Moyo avait assuré que le chef de l’Etat et sa famille étaient « sains et saufs » et que leur sécurité était « garantie », sans donner plus de détails.
Aucun détail n’a été donné sur la situation de son épouse Grace.

Sa succession en arrière-fond

Malgré son grand âge et une santé fragile, Robert Mugabe a été investi par la Zanu-PF pour briguer un nouveau mandat lors des élections de 2018. En coulisse, la lutte pour sa succession fait rage depuis des mois.

Emmerson Mnangagwa, 75 ans, ex-patron des redoutés services secrets du pays, faisait figure de dauphin naturel depuis son accession à la vice-présidence du Zimbabwe en 2014.

Le président Robert Mugabe à Harare, le 7 avril 2016. (Crédit : AFP / Jekesai NJIKIZANA)

Ses ambitions ont toutefois buté sur celles de la Première dame Grace Mugabe, 52 ans, connue pour ses accès de colère et son goût pour le luxe. La semaine dernière, il a été démis de ses fonctions à la suite d’un bras de fer avec la deuxième femme du président et a affirmé avoir dû s’exiler.

M. Mnangagwa, un des chefs de la lutte pour l’indépendance du Zimbabwe, dispose de nombreux soutiens chez les militaires.

Défiant pour la première fois l’autorité présidentielle, le chef de l’armée, le général Constantino Chiwenga, a vivement dénoncé lundi son éviction et prévenu que les militaires pourraient « intervenir » si la « purge » ne cessait pas au sein de la Zanu-PF.
Grace Mugabe, qui dirige la puissante Ligue des femmes de la Zanu-PF, peut-elle s’appuyer sur un groupe de jeunes militants radicaux du parti surnommés « Génération 40 » ou « G40 », qui ne se sont pas encore prononcés sur la crise en cours.

Les réactions internationales

Le chef de l’Etat guinéen Alpha Condé, président en exercice de l’Union africaine (UA), a dénoncé « ce qui apparaît comme un coup d’Etat » au Zimbabwe et sommé les militaires de « se soumettre à la légalité constitutionnelle » au plus vite.

Son homologue sud-africain Jacob Zuma, un fidèle soutien de Robert Mugabe, s’est lui aussi prononcé mercredi contre tout changement de régime « inconstitutionnel » chez son voisin. « Très préoccupé », il a dépêché deux envoyés spéciaux pour rencontrer le président Mugabe et les forces armées.

Boris Johnson, ministre des Affaires étrangères de Grande-Bretagne, ancienne puissance coloniale au Zimbabwe, a appelé « au calme et à la retenue », devant le Parlement. « Nous ne savons pas comment la situation va évoluer dans les jours qui viennent ni si cela marque la chute de Mugabe ou non ».

La Grande-Bretagne a diffusé un avertissement, recommandant à ses ressortissants « d’éviter toute activité politique », car « les autorités ont déjà usé de la force pour supprimer les dissensions ».

Un homme lit les gros titres de l’édition spéciale du Herald, au sujet de la crise au Zimbabwe, le 15 novembre, à Harare. (Crédit : AFP)

Pretoria a également annoncé que l’Afrique du Sud enverrait ses ministres de la Défense et du Renseignement au Zimbabwe au nom du bloc régional africain pour rencontrer les chefs militaires et Mugabe.

L’Union européenne a appelé « tous les acteurs concernés à passer de la confrontation au dialogue ».

Les États-Unis ont annoncé que leur ambassade sera fermée au public mercredi et a appelé tous ses ressortissants à « rester à l’abri ».

Et après ?

La prise du pouvoir par l’armée a choqué la nation et l’a plongée dans l’incertitude.

Mnangagwa aurait quitté l’Afrique du Sud par avion. Si cela s’avère vrai, il se pourrait qu’il tente de revenir au Zimbabwe pour y négocier une solution.

Cependant, l’avertissement de l’Afrique du Sud, et le fait qu’il dépêche des émissaires, compliquerai toute tentative de remettre le pouvoir aux mains d’un gouvernement civil intérimaire non-élu.

Une réunion extraordinaire du parti au pouvoir ZANU-PF, destinée à régler les dissensions au sein du parti, était prévue pour le mois prochain, mais désormais, rien n’est moins sûr.

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