Les Juifs britanniques furieux après la nomination de Shami Chakrabarti
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Les Juifs britanniques furieux après la nomination de Shami Chakrabarti

La procureur général du cabinet fantôme est l'auteur du rapport 'blanchissant' le Labour des accusations d'antisémitisme à un poste de responsabilité

Shami Chakrabarti, sur J-TV, en juillet 2016. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Shami Chakrabarti, sur J-TV, en juillet 2016. (Crédit : capture d'écran YouTube)

Les leaders de la communauté juive ont critiqué vendredi la nomination par Jeremy Corbyn, chef du parti du Labour, de Shami Chakrabarti, parlementaire et auteur d’un rapport controversé sur l’antisémitisme au sein du parti, à un haut poste juridique.

Chakrabarti, qui a fait son entrée à la Chambre des Lords après avoir terminé le rapport dont elle était chargée au mois d’août, a été nommée vendredi procureur-général fantôme par Corbyn lors d’un remaniement effectué à la tête du parti travailliste.

Le Board of Deputies of British Jews, qui a qualifié le rapport de Chakrabarti de “blanchiment”, a déclaré que la Parlementaire avait à l’évidence rédigé le rapport comme une “candidature à l’embauche” en vue d’un poste à responsabilité au sein du parti du Labour, selon un article du Telegraph.

Chakrabarti, qui avait rejoint le Labour en début d’année, avait été chargée par Corbyn, ce printemps, d’enquêter sur l’antisémitisme au sein de son mouvement.

La vice-présidente du Board of Deputies, Marie van der Zyl, a fait savoir dans un communiqué : ”Nous sommes déçus, mais malheureusement pas surpris, que Shami Chakrabarti et Jeremy Corbyn aient une fois encore sapé de manière spectaculaire un rapport soi-disant ‘indépendant’ ».

“Nous avions espéré que son enquête devienne une arme qui puisse être éloquente dans la lutte contre l’antisémitisme. Il semble dorénavant – et de plus en plus en plus – que cette tentative de blanchiment des faits se soit transformée en candidature à l’embauche.”

“Elle a vendu la communauté juive”, aurait par ailleurs estimé van der Zyl, des propos repris par le Telegraph.

Jeremy Corbyn, chef du Parti travailliste britannique, répond aux interrogations lors d'une audience au Home Affairs Comitee au sujet de l’antisémitisme au sein du parlement britannique, le 4 juillet 2016. (Capture d'écran www.parliamentlive.tv)
Jeremy Corbyn, chef du Parti travailliste britannique, répond aux interrogations lors d’une audience au Home Affairs Comitee au sujet de l’antisémitisme au sein du parlement britannique, le 4 juillet 2016. (Capture d’écran www.parliamentlive.tv)

Il y a deux mois, Corbyn avait été l’objet de vives critiques pour avoir recommandé la Pairie en faveur de Chakrabarti.

L’avocate aux droits de l’Homme avait été nommée par Corbyn pour mener l’étude controversée à la fin du mois d’avril, parmi des allégations croissantes d’antisémitisme au sein du Labour, dont les rangs ont par ailleurs été décimés par une série de suspensions. Soumis au mois de juin, le rapport concluait que le Labour n’était pas en proie à l’antisémitisme ou à d’autres formes de racisme, reconnaissant toutefois une “atmosphère toxique occasionnelle”.

“C’est plus que regrettable qu’une Pairie du Labour ait été offerte et acceptée par Shami à la suite de sa soi-disante étude ‘indépendante”, aurait déclaré van der Zyl au Guardian à ce moment-là.

“Le rapport, qui était médiocre dans plusieurs domaines, semble dorénavant être récompensé par une distinction. Ce ‘blanchiment’ honoré par la Pairie est un scandale qui, assurément, interroge gravement quant à l’intégrité de Mme Chakrabarti, celle de son étude et celle des dirigeants du Labour.”

La Pairie de Chakrabarti a été le seul privilège octroyé par le parti du Labour parmi la dizaine de distinctions réclamées par le Premier ministre sortant David Cameron. Les dénommés « resignation honors » [honneurs accordés lors d’une démission] conférés par la Monarchie mais choisis par le gouvernement, relèvent d’un code établi par les dirigeants sur le départ pour récompenser les lieutenants royaux.

Tom Watson, vice président du Labour britannique, s'adresse à la Chambre des Communes, à Londres, en octobre 2015. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Tom Watson, vice président du Labour britannique, s’adresse à la Chambre des Communes, à Londres, en octobre 2015. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Le chef adjoint du parti du Labour Party, Tom Watson, avait critiqué l’appui apporté par Corbyn à l’entrée de Chakrabarti au sein de la Chambre des Lords. Il avait indiqué ne pas avoir été consulté, ni eu écho de cette initiative, qu’il avait alors qualifiée « d’erreur ».

“Le moment choisi n’est pas le meilleur pour le parti travailliste”, avait indiqué Watson au micro de la BBC au début du mois d’août. « Je ne le savais pas, je n’avais pas été consulté sur l’entrée de Shami. J’ignorais que nous avions fait des requêtes concernant ce moment en particulier, et je pense que c’était une erreur ».

Lorsque Chakrabarti avait été recommandée par Corbyn à la Pairie, la Fédération Sioniste de Grande-Bretagne avait estimé que cette initiative aurait pour conséquence d’empirer les liens entre les Travaillistes et la communauté juive du Royaume-Uni.

“Le rapport rédigé par Shami Chakrabarti sur l’antisémitisme au sein du parti du Labour a été noté sur sa longueur mais malheureusement pas sur sa profondeur », avait déclaré le président de la Fédération Paul Charney.

« Il n’y a pas eu de discussion sur la manière dont ‘l’antisionisme’ est maintenant le point central de la discrimination contemporaine anti-juive, pas de dissection portant sur comment la pensée de l’extrême gauche sur le sujet est dorévanant celle qui est la plus proche de celle de l’esxtrême-droite’, a-t-il indiqué.

“L’information selon laquelle Chakrabarti a accepté une Pairie semble mettre tous ces échecs dans le contexte. Nous devons accepter maintenant que l’objectif premier du rapport était de lever les allégations d’antisémitisme planant sur le parti Travailliste, mais non l’antisémitisme lui-même. Nous espérions que cette enquête fournirait une chance de reconstruire la relation entre le parti et notre communauté. Au contraire, cela n’a fait qu’empirer les choses d’une certaine façon ».

Dans une interview accordée au mois de juillet, Chakrabarti avait esquivé les questions sur l’offre faite par le Labour de rejoindre la Chambre des Lords. « Vous pouvez me le demander… mais je ne vous répondrai pas », avait-elle expliqué.

Dans une discussion qui s’était avérée parfois difficile avec la chaîne juive YouTube J-TV, basée à Londres, Chakrabarti, ancienne leader du groupe britannique de défense des droits de l’Homme Liberty, avait indiqué avoir rejoint le Labour les heures ayant suivi la demande qui lui avait été faite de mener l’étude. Elle avait affirmé qu’elle avait ressenti la nécessité de se livrer à une observation des faits depuis l’intérieur et non depuis l’extérieur du parti.

Alors qu’on lui demandait si elle désirait devenir une parlementaire travailliste à l’avenir, elle avait répondu par la négative. Puis, interrogée sur le fait de savoir si elle s’était vue offrir une place à la Chambre des Lords, Chakrabarti avait indiqué qu’elle n’évoquerait pas ses “ambitions futures” et qu’elle allait “éluder” la question.

Chakrabarti avait expliqué que le rapport avait été réclamé “parce qu’il y a malheureusement de l’antisémitisme et d’autres manifestations de racisme – ainsi que des comportements contraires à l’esprit de camaraderie nécessaire » au sein du parti travailliste.

Dans une réponse cinglante au rapport de Chakrabarti, le Board of Deputies avait indiqué que ce dernier “ne parvient pas à explorer l’histoire de l’antisémitisme, dont l’antisémitisme anti-sioniste, à gauche. Il y a eu trop souvent une attitude selon laquelle ‘nous sommes de gauche donc nous ne pouvons être raciste ‘alors qu’en fait il y a malheureusement une longue tradition d’antisémitisme dans certaines parties de la gauche qui devrait être reconnue, admise et vaincue’.

Le Board avait également fait part de son inquiétude concernant l’indépendance de Chakrabarti, disant : “Raisonnablement ou non, pour de nombreuses personnes, la proximité apparente entre Shami Chakrabarti et le leader [Corbyn] et le parti pose question quant à l’indépendance de l’étude réalisée. Ce fait devra être pris en considération à titre de référence par la suite”.

La vice présidente du Conseil des députés britanniques juifs Marie van der Zyl (Crédit : Conseil des députés britanniques juifs)
La vice présidente du Conseil des députés britanniques juifs Marie van der Zyl (Crédit : Conseil des députés britanniques juifs)

Chakrabarti avait indiqué à l’historien Alan Mendoza, qui l’interviewait sur la chaîne J-TV, qu’elle et Corbyn n’étaient pas amis, et qu’elle n’avait jamais “partagé le pain” avec le “leader”, en référence à Corbyn.

“Je ne doute pas du fait que Shami Chakrabarti ait été sollicitée pour faire cette enquête en raison de son engagement total dans la lutte contre le racisme. Mais les choses sont allées rapidement de travers”, avait déclaré Mendoza au Times of Israel au mois de juillet.

« Elle a opté pour une construction intellectuelle faussée qui a empêché les questions sous-jacentes d’être pleinement explorées, ce qui a servi aussi à protéger les actions passées du leader actuel du parti travailliste ».

Jenni Frazer et des agences ont contribué à cet article.

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