Les Saoudiens pourraient avoir assez d’uranium pour faire leur énergie nucléaire
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Les Saoudiens pourraient avoir assez d’uranium pour faire leur énergie nucléaire

Selon le Guardian, des géologues saoudiens et chinois ont établi un rapport, identifiant des quantités suffisantes de minerai pour le programme nucléaire du royaume

Photo d'illustration : Une mine d'uranium (Crédit : Alexey Dozmorov; iStock by Getty Images)
Photo d'illustration : Une mine d'uranium (Crédit : Alexey Dozmorov; iStock by Getty Images)

L’Arabie saoudite a probablement des réserves d’uranium suffisantes pour produire du combustible nucléaire pour répondre aux besoins du pays, selon un reportage publié par un journal britannique jeudi.

Citant une étude réalisée par des géologues saoudiens et chinois, le Guardian a indiqué que les 90 000 tonnes de minerai d’uranium qui ont été identifiées dans trois dépôts du royaume du Golfe seraient suffisantes pour que l’Arabie saoudite puisse faire avancer son programme nucléaire naissant, notant qu’il en resterait également pour l’exportation.

La réserve la plus prometteuse serait située aux abords de Neom, une ville « intelligente » qui est programmée dans le nord du pays.

La Chine a aidé l’Arabie saoudite à mener à bien le développement d’une usine d’extraction de concentré d’uranium à partir du minerai pur, qui serait susceptible d’être enrichi pour devenir un combustible dans le cadre de la fabrication d’une arme nucléaire. Des informations ont cité, le mois dernier, des responsables américains qui ont exprimé leur inquiétude de ce que Ryad puisse actuellement tenter de développer une bombe atomique.

Le rapport consulté par le Guardian a été préparé par l’Institut de recherche de géologie de l’uranium de Pékin et par la Corporation nucléaire nationale de Chine aux côtés du centre d’enquêtes géologiques saoudien.

Le prince héritier saoudien Mohammad ben Salmane, à gauche, serre la main au président chinois Xi Jinping avant leur rencontre à Pékin, une photo diffusée par la Xinhua News Agency, le 22 février 2019. (Crédit : Liu Weibing/Xinhua via AP)

Selon le journal, la Chine a effectué des prospections sur neuf sites différents en Arabie saoudite entre 2017 et l’année dernière. Le reportage note que le projet s’est terminé rapidement en partie parce que les travailleurs avaient mené leur mission sous des températures d’une chaleur écrasante, qui avaient pu atteindre les 50 degrés.

« Selon la pratique internationale commune, il faut de cinq à huit ans pour découvrir et estimer les ressources présumées d’un dépôt d’uranium-thorium et ce projet n’aura duré que deux ans », a précisé le journal.

Il a également cité les défis nombreux qui ont été relevés par l’équipe d’exploration, notamment des inondations, des glissements de terrains et la présence d’hommes armés, à la frontière avec le Yémen, qui étaient intervenus dans les forages.

Bruce Riedel, ancien analyste de la CIA qui travaille dorénavant à la Brookings Institution, a indiqué au quotidien britannique que l’information indiquait que les Saoudiens « poursuivaient activement les prérequis » nécessaires à la production d’énergie nucléaire ou à la mise en place d’un programme d’armements, avec une source domestique d’uranium qui permettra de soutenir ce projet.

Mark Hibbs, membre éminent du Carnegie Endowment for Peace, a déclaré que, « si on prend en compte le développement d’armes nucléaires, plus le programme sera indigène, mieux ce sera. Dans certains cas, les fournisseurs étrangers d’uranium exigeront des engagements en faveur d’un usage pacifique de la ressource de la part de leurs acheteurs, et c’est une contrainte dont il n’est pas nécessaire de s’inquiéter si l’uranium provient du sol national ».

Les Saoudiens ont commencé à travailler dans de nombreux projets sur l’énergie nucléaire il y a plus d’une décennie. L’un d’entre eux vise à construire seize réacteurs nucléaires d’ici 2040, tandis qu’un autre forme des techniciens dans le secteur de l’exploration et de l’extraction du minerai.

Un article paru le mois derniers dans les médias israéliens avait fait savoir que les responsables de la sécurité et des renseignements israéliens avaient évoqué avec leurs homologues américains leurs inquiétudes sur le programme nucléaire saoudien.

Citant un responsable israélien s’exprimant sous couvert d’anonymat, le site d’information Walla avait déclaré que le bureau du Premier ministre avait pris en charge ce dossier avec beaucoup de prudence, craignant de nuire aux liens clandestins entretenus par Israël et l’Arabie saoudite.

Israël considère Ryad comme un partenaire stratégique, en particulier dans la lutte contre l’ennemi juré des deux Etats, l’Iran, et contre ses groupes mandataires. Jérusalem espère également que le royaume emboîtera le pas des Emirats arabes unis et du Bahreïn en normalisant ses relations avec l’Etat juif – ou qu’il encouragera tout du moins d’autres nations du Golfe à le faire.

Le président américain Donald Trump, au centre, avec, de gauche à droite, le ministre des Affaires étrangères du Bahreïn Khalid bin Ahmed Al Khalifa, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, Trump, et le ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis Abdullah bin Zayed al-Nahyan, lors de la cérémonie de signature des accords d’Abraham sur la pelouse sud de la Maison blanche, mardi 15 septembre 2020, à Washington. (AP Photo/Alex Brandon)

Selon le reportage de Walla, ces facteurs ont amené le bureau du Premier ministre israélien à donner pour instruction aux responsables de s’abstenir de tout commentaire public dans ce dossier.

« Ce qu’il se passe là-bas n’est pas clair aux yeux des Américains et de l’Agence internationale de l’Energie nucléaire et les officiels de cette dernière ont l’intention de contrôler ce qu’il se passe auprès des Saoudiens », a déclaré un responsable israélien.

Le reportage a ajouté que l’Arabie Saoudite avait choisi la Chine pour le projet parce que Pékin n’exigeait aucune garantie d’exploitation de l’uranium à des fins purement pacifiques. Toutefois, les Saoudiens devraient finalement préférer travailler avec Washington dans le dossier de l’énergie nucléaire, en particulier au vu de l’alignement de Pékin avec Téhéran.

L’Arabie saoudite n’a jamais caché son intention de devenir une puissance nucléaire si l’Iran devait établir un précédent.

Israël, qui disposerait d’un arsenal nucléaire, s’est toujours activement opposé aux efforts livrés par les autres Etats de la région pour acquérir des armes non-conventionnelles.

L’AFP a contribué à cet article.

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