Liban : le Hezbollah a remporté la majorité des municipalités dans la région de Baalbeck
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Liban : le Hezbollah a remporté la majorité des municipalités dans la région de Baalbeck

La faute à la faible mobilisation des électeurs à Beyrouth et à la prégnance des formations politiques traditionnelles

Les forces de sécurité libanaises devant un bureau de vote pendant les élections municipales, à Beyrouth, le 8 mai 2016. (Crédit : AFP/Anwar Amro)
Les forces de sécurité libanaises devant un bureau de vote pendant les élections municipales, à Beyrouth, le 8 mai 2016. (Crédit : AFP/Anwar Amro)

La campagne citoyenne lancée au Liban n’a pas réussi à écorner le système politique sclérosé lors d’un scrutin municipal dominé par les grands partis traditionnels, selon les résultats officieux diffusés lundi.

Le ministère de l’Intérieur doit annoncer dans la journée les résultats définitifs des élections municipales tenues dimanche dans la capitale et dans deux autres provinces dans l’est du pays.

Ce scrutin, qui doit se tenir jusqu’au 29 mai dans les cinq autres provinces, est le premier dans ce pays depuis les municipales de 2010. Car, en raison des profondes divisions notamment sur la guerre dans la Syrie voisine, le Liban est sans président depuis deux ans et sans nouveau parlement depuis 2009.

La grande nouveauté dans la capitale, où la crise des ordures avait ulcéré l’été dernier les habitants, a été l’apparition de Beirut Madinati (« Beyrouth ma ville »), une liste de 24 candidats indépendants qui a défié celle des politiciens traditionnels, accusés d’impéritie.

Mais l’ex-Premier ministre sunnite Saad Hariri, un des ténors de la vie politique libanaise, a annoncé que sa liste « Beyrouth aux Beyrouthins » avait remporté les 24 sièges du conseil municipal. Il s’était investi personnellement dans la campagne par peur d’un succès mitigé qui l’aurait décrédibilisé.

L'ancien Premier ministre libanais Saad Hariri, le 14 février 2013. (Crédit : capture d'écran Youtube/mtvlebanon)
L’ancien Premier ministre libanais Saad Hariri, le 14 février 2013. (Crédit : capture d’écran Youtube/mtvlebanon)

‘Indifférence ou résignation ?’

« Le chef de notre liste Jamal Itani a annoncé que, selon les résultats initiaux, […] la liste a totalement gagné la bataille », a-t-il affirmé lundi.

De son côté, Beirut Madinati n’estime pas avoir échoué.

« Nous avons réalisé un bon score. Nous nous sommes lancés dans ces élections pour dire aux gens que nous sommes en dehors de la polarisation politique et qu’ils ont le droit d’être représentés », a expliqué à l’AFP une des candidates, Rana El-Khoury.

Mais c’est surtout la faible mobilisation des électeurs à Beyrouth qui a été frappante même si traditionnellement les habitants de la capitale se déplacent peu pour des élections locales. Le taux de participation a été estimé autour de 20% à Beyrouth et de 50% dans la Békaa.

C’est le « chiffre de la honte », s’est désolé le quotidien L’Orient-le Jour, tandis que le journal al-Akhbar s’interrogeait : « Municipale 2016: indifférence ou résignation? ». « Hariri perd le public et gagne les municipales. C’est une victoire qui a le goût d’une défaite. La faible participation provient du refus de 80% des électeurs des options avancées », souligne-t-il.

Pour le quotidien An-Nahar, proche de Hariri, « la tenue même du scrutin est positive. Le visage de la démocratie qui s’effaçait petit à petit a revu le jour, mais il n’y a pas eu de véritables changement dans les équilibres de forces ».

Preuve supplémentaire de la prégnance des formations politiques traditionnelles, le puissant Hezbollah chiite a gagné la majorité des municipalités dans la région de Baalbeck, tandis que les listes soutenues par Hariri l’ont emporté dans les localités sunnites, sauf à Aarsal, une région frontalière où des combats opposent régulièrement l’armée aux jihadistes venus de Syrie.

Dans les villages chrétiens, notamment à Zahlé, ce sont les partis chrétiens qui crient victoire, et dans l’agglomération druze de Rachaya, c’est la liste de Walid Joumblatt, chef politique de cette communauté et ex-seigneur de guerre, qui a raflé la mise.

Mais dans un pays où la fracture politique est si profonde, notamment entre les partisans du régime de Bachar al-Assad et ceux qui soutiennent l’opposition syrienne, tous les partis ont fait front commun face à la liste de « Beirut Madinati » composée d’entrepreneurs, d’enseignants, d’artistes et même de pêcheurs, sans affiliation politique.

« La société civile est faible au Liban et […] elle se heurte à la structure politico-confessionnelle du pays », explique Hilal Khashan, chef de la faculté des sciences politiques de l’Université américaine de Beyrouth. « Beirut Madinati est une élite culturelle, artistique et civilisée mais cette liste n’a pas pu atteindre le public […]. Il y a un fossé entre les élites et la masse qui les considère hors de la structure traditionnelle ».

Pour cet expert, il est clair que « la classe politique ne veut pas de réformes » et que les hommes politiques « s’allient pour préserver leur intérêt malgré les divisions » lorsque c’est nécessaire. Cependant, note-t-il, « c’est un début et Beirut Madinati a quand même réussi à se placer sur la carte politique ».

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