Lockheed Martin: Le F-35 permet à l’armée israélienne « d’aller où elle veut »
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Lockheed Martin: Le F-35 permet à l’armée israélienne « d’aller où elle veut »

Un commercial de la firme a vanté les capacités de pointe de son avion alors qu’Israël envisage d'acheter plus d’avions furtifs ou des F-15 mis à jour à Boeing

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Des F-35 israéliens lors du vol de démonstration au dessus de la plage de Tel Aviv, le 2 mai 2017. (Crédit : Jack Guez/AFP)
Des F-35 israéliens lors du vol de démonstration au dessus de la plage de Tel Aviv, le 2 mai 2017. (Crédit : Jack Guez/AFP)

Mardi, un haut responsable de Lockheed Martin a vanté les qualités de l’avion de combat F-35 de son entreprise. Selon lui, il permet à l’Armée de l’Air israélienne de mener des opérations sans être détectée par les défenses aériennes ennemies, donnant un avantage considérable à Israël dans la région.

« La furtivité permet aux pilotes d’aller où ils ont besoin d’aller avec l’assurance de savoir exactement où ils peuvent voler sans être vus. L’avantage incroyable dont ils disposent, qu’aucun autre avion ne peut leur garantir à ce niveau, est tout simplement phénoménal. Cela leur donne une confiance énorme », a déclaré Gary North, un général américain dans l’armée de l’air à la retraite et actuellement vice-président à Lockheed Martin, lors d’une réunion avec des journalistes en Israël.

Interrogé pour savoir comment le F-35 pourrait se comporter face à un adversaire comme l’Iran – si, par exemple, Israël devait tenter de mener une frappe aérienne sur des installations nucléaires – North a dit qu’il ne pouvait pas commenter des opérations précises avec des détails. Il a pourtant souligné que l’avion de combat furtif pouvait contourner tous les systèmes de défense aériens avancés.

« Je vous dirai ça : contre un environnement très menaçant ‘à deux chiffres’, le F-35 est vraiment une arme de choix », a-t-il dit. North faisait référence aux conventions de nomination de l’OTAN dans lesquelles les systèmes avancés de missiles sol-air sont désignés avec deux chiffres. Par exemple, les S-300 fournis à l’Iran par la Russie sont appelés SA-10, alors que les plus anciens modèles S-200 sont appelés SA-5.

Pourtant, comme North a bien pris le soin de le préciser, furtif ne signifie pas complètement indétectable. « Rien n’est invisible à une certaine portée, mais la beauté [de la capacité furtive du F-35] est que l’on peut rester furtif pendant très, très longtemps », a-t-il noté.

Quand le F-35 transporte des missiles en externe, sur ses ailes, l’avion n’est plus furtif, a reconnu North, même si l’avion devient à nouveau moins détectable une fois qu’il a largué ses bombes.

Gary L. North, un ancien général décoré de quatre étoiles et actuel exécutif chez Lockheed Martin. (Crédit : US Air Force)

North s’est rendu en Israël cette semaine pour s’entretenir avec des officiels de l’Armée de l’Air israélienne et du ministère de la Défense concernant la flotte actuelle des 20 avions de combat F-35, sur un total de 50 avions qu’Israël a accepté d’acheter. Il va également discuter de l’éventualité pour l’Etat juif d’acquérir un autre escadron d’avions de combat furtifs.

Israël réfléchit actuellement à plusieurs options pour acheter de nouveaux avions de combat. L’Etat juif peut choisir d’acquérir d’autres avions de combat de cinquième génération F-35 de Lockheed Martin ou des avions de combat F-15X, de quatrième génération et demi, produit par son concurrent, Boeing.

Alors que le F-35 dispose de capacités furtives bien supérieures et d’autres atouts technologiques, le F-15X – une version mise à jour du F-15 vieux de plusieurs décennies – est capable de transporter plus de munitions, ce qui en fait une option beaucoup plus intéressante pour une utilisation en tant que bombardier.

Naturellement, North pense qu’Israël devrait choisir le F-35 furtif et de dernière génération que son entreprise propose à la vente. Le coût de chaque avion va baisser à 80 millions de dollars par avion à partir de l’année prochaine puisque le coût de production va diminuer.

Le général à la retraite, qui a servi en tant que pilote de l’Armée de l’Air, a réagi aux propos tenus par l’ancien secrétaire américain à la Défense Ashton Carter à Tel Aviv plus tôt ce mois-ci. Carter a déclaré qu’il pensait que le F-35 serait le dernier avion de combat piloté par un homme à être produit par les Etats-Unis. A l’inverse, North a dit qu’il voyait un avenir dans lequel les pilotes pourraient devenir optionnels mais qu’ils ne seraient pas complètement remplacés par de l’intelligence artificielle et des commandes à distance.

« Les avancées technologiques vont nous donner des options importantes, pour aller vers ce que nous appelons des avions pilotés par un homme en option », a expliqué North.

De gauche à droite, l’ancien secrétaire américain à la défense Ash Carter, l’ancien chef du renseignement militaire Amos Yadlin et l’ancien chef d’état-major de Tsahal Gadi Eisenkot lors d’une conférence à l’Institute for National Security Studies à Tel Aviv le 9 décembre 2019. (Crédit : INSS)

« Nous travaillons maintenant dans notre Skunk Works [la branche de recherche et de développement de Lockheed Martin] pour mettre au point des appareils avec pilote, sans pilote ou ce que nous appelons MUMT – l’association des deux – où vous pouvez contrôler et piloter un F-35 soit avec un vol totalement autonome ou un véhicule piloté à distance pour une opération », a-t-il dit.

Le représentant de Lockheed a noté que l’un des avantages du F35 reposait sur sa capacité à survivre, grâce à une large gamme de technologies intégrées qui réduisent le risque de crash. Il y a notamment le Système d’évitement automatique de collision au sol de Lockheed Martin, qui prend contrôle de l’appareil si le pilote perd connaissance ou qu’il n’est pas en mesure de piloter l’avion.

Ce système est installé sur tous les F-35 israéliens, selon North. Il n’avait pas été installé sur un F-35 japonais qui s’est abimé dans l’océan Pacifique cet été, après que le pilote a été victime d’une « désorientation spatiale », a-t-il dit.

North a souligné qu’en plus de ses capacités furtives, le F-35 est équipé de systèmes de guerre électronique, qui dépassent de loin les capacités des autres avions.

« Dans le marché ouvert, il est neuf fois plus puissant que n’importe quel autre système de brouillage électronique, a-t-il dit. C’est extrêmement puissant, ce qui renforce la protection personnelle non seulement pour l’appareil, mais aussi de l’ensemble de la formation ».

Un F-35 israélien dans un hangar lors de de l’exercice aérien multinational « Drapeau bleu » à la base d’Ovda, au nord de la ville israélienne d’Eilat, le 11 novembre 2019. (Crédit : Emmanuel DUNAND / AFP)

North a vanté la grande diversité de radars et autres capteurs de l’avion. Selon lui, ses équipements permettent au F-35 d’abattre des missiles de croisière en approche.

Ces derniers mois, l’armée israélienne a prévenu que l’Iran pourrait tenter de mener une attaque avec de missiles de croisière, qui contrairement aux missiles balistiques peuvent être contrôlés à distance, ce qui les rend plus difficiles à abattre par des systèmes de défense aérienne. Ce type de munitions a été utilisé, avec des drones, pour mener une attaque contre des installations pétrolières saoudiennes, plus tôt cette année.

North a déclaré que le système de radars de l’avion pouvait détecter un petit missile de croisière volant à basse altitude. « C’est le système de radar volant le plus puissant au monde. C’est très efficace, très peu détectable, à une altitude très basse, avec des objets volants à grande vitesse, des avions ou des missiles de croisière », a-t-il dit.

« En fin de compte, un missile de croisière n’est pas bien différent d’un avion, c’est juste plus petit », a ajouté l’ancien général.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu se tient devant un avion de combat F-35 à la base de l’armée de l’air israélienne à Nevatim, dans le sud d’Israël. (Crédit : Amos Ben Gershom / GPO)

Selon le vice-président de Lockheed Martin, les négociations entre son entreprise et l’Armée de l’Air israélienne concernant un troisième escadron se poursuivent mais sont au point mort à cause de l’absence de gouvernement en Israël, ce qui bloque toute discussion concernant le budget.

« On nous a demandé des informations sur un troisième escadron, et l’entreprise prend cela très au sérieux, a-t-il dit. Il y a clairement quelques difficultés puisque le gouvernement doit se former, mais ce sont des questions internes ».

Interrogé pour savoir si la récente décision du gouvernement américain de refuser de vendre l’avion de combat F-35 à la Turquie après son achat du système de défense aérienne russe S-400 pourrait conduire Israël à recevoir ses 30 prochains avions de combat plus rapidement, North a dit que c’était une possibilité, mais qu’il revenait au gouvernement israélien de décider si c’était vraiment ce qu’il voulait.

Jusqu’à présent, Lockheed Martin a livré plus de 475 avions de combat F-35 à neuf pays dans le monde, dont huit ont déclaré l’avion opérationnel. Quatre autres pays attendent de recevoir leurs premiers avions.

Près de 1 000 pilotes ont été formés au pilotage de l’avion et de milliers de personnes sont certifiées pour assurer la maintenance de l’avion, a indiqué North.

Sauf en cas d’imprévu grave dans le délai de livraison, les 30 avions de combat F-35 restants d’Israël seront livrés par groupe de deux ou trois d’ici 2024. Israël est le deuxième pays après les Etats-Unis à recevoir le F-35 de Lockheed Martin et l’un des rares pays à être autorisé à modifier l’avion de combat dernier cri – même si l’ampleur des modifications qu’Israël sera autorisé à apporter est encore discutée avec les Etats-Unis.

Les détracteurs du projet critiquent les retards de développement et de production qui ont affecté l’avion, mais aussi le coût très élevé de l’appareil initialement fixé à 100 millions de dollars par avion, même si le prix diminue à mesure que plus d’avions sont construits. Lockheed Martin affirme que le F-35 a besoin de moins d’entretien que d’autres avions, ce qui le rend encore plus compétitif sur le long terme.

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