L’odyssée de « Lord Haw-Haw », la voix britannique des nazis pendant la guerre
Rechercher

L’odyssée de « Lord Haw-Haw », la voix britannique des nazis pendant la guerre

Il y a 80 ans, William Joyce, diffusant la propagande allemande, avait fui la Grande-Bretagne pour Berlin ; ses prises de position nazies entraîneront son exécution

  • Le politicien fasciste et animateur d'émissions de propagande nazie William Joyce, connu sous le nom de Lord Haw Haw, dans une ambulance après son arrestation par des officiers britanniques à Flensburg, en Allemagne. Il avait été blessé par balle à la jambe pendant son arrestation, le 29 mai 1945 (Crédit : Domaine public)
    Le politicien fasciste et animateur d'émissions de propagande nazie William Joyce, connu sous le nom de Lord Haw Haw, dans une ambulance après son arrestation par des officiers britanniques à Flensburg, en Allemagne. Il avait été blessé par balle à la jambe pendant son arrestation, le 29 mai 1945 (Crédit : Domaine public)
  • Le public fait la queue pour assister au procès de William Joyce, Lord Haw Haw, poursuivi pour trahison, le 17 septembre 1945 (Crédit : AP Photo)
    Le public fait la queue pour assister au procès de William Joyce, Lord Haw Haw, poursuivi pour trahison, le 17 septembre 1945 (Crédit : AP Photo)
  • Sir Oswald Mosley, leader de l'Union britannique des fascistes, inspecte les rangs des chemises noires dans l'est de Londres, le 4 octobre 1936 (Crédit : AP Photo/Len Puttnam/Staff)
    Sir Oswald Mosley, leader de l'Union britannique des fascistes, inspecte les rangs des chemises noires dans l'est de Londres, le 4 octobre 1936 (Crédit : AP Photo/Len Puttnam/Staff)
  • Pendant les bombardements nocturnes du Blitz, qui survenaient presque au quotidien, les Britanniques se réfugiaient dans le métro - ici à la station Aldwych de Londres, en 1940 (Crédit : Imperial War Museum/Domaine public)
    Pendant les bombardements nocturnes du Blitz, qui survenaient presque au quotidien, les Britanniques se réfugiaient dans le métro - ici à la station Aldwych de Londres, en 1940 (Crédit : Imperial War Museum/Domaine public)

LONDRES — Le 26 août 1939, William Joyce et son épouse Margaret se rendent à la gare Victoria, à Londres, des billets aller-simple pour Berlin entre les mains. Apercevant les étiquettes voyantes accrochées aux bagages du couple, un porteur de la gare s’exclame alors : « Berlin ! Une destination étrange en ce moment. »

William Joyce, un fasciste sympathisant du nazisme et antisémite fervent, tentait d’échapper d’urgence aux griffes des autorités britanniques.

Une éminente personnalité des services de sécurité l’avait informé qu’il figurait sur la liste des membres potentiels d’une cinquième colonne que le gouvernement prévoyait d’interner, alors que la guerre allait éclater quelques jours plus tard.

En quelques semaines, la voix de Joyce, diffusée depuis l’Allemagne dans des émissions de propagande nocturne, allait devenir familière à des millions de Britanniques. Quatre-vingt ans après sa fuite, Joyce – surnommé « Lord Haw Haw » par un journaliste britannique – est considéré dans le royaume comme le plus célèbre traître de la Seconde Guerre mondiale.

Il fut la dernière personne à avoir été exécutée pour trahison au début de l’année 1946 au Royaume-Uni.

De manière ironique, Joyce n’a pas été – légalement parlant – un traître.

Né à New York, il était citoyen américain et n’avait par conséquent nullement prêté allégeance à la Couronne. Techniquement, il n’aurait pas dû être puni pour l’avoir trahie.

Mais parce qu’il avait grandi en Irlande et avait passé toute sa vie d’adulte en Angleterre, il avait demandé à obtenir un passeport britannique en 1933, clamant qu’il était de nationalité anglaise.

Pour cette décision – et poussé par sa conviction qu’il était exempté des subtilités de la loi – Joyce allait ultérieurement en payer un lourd tribut. Comme l’écrit son biographe, Nigel Farndale : « Joyce avait signé sans le savoir son propre arrêt de mort. À partir de ce moment, il était condamné. »

De manière ironique également, l’homme dont les émissions tentaient non seulement à encourager le défaitisme et à saper le moral des Britanniques, mais qui semblait également fréquemment se délecter de la mort et de la destruction causées par les avions allemands qui bombardaient le Royaume-Uni la nuit, est mort convaincu de l’amour qu’il portait au pays qu’il avait trahi.

En cas de doute, blâmez les Juifs

Le voyage de Joyce à Berlin et sa mort dans une prison de Londres étaient le résultat d’un mélange de patriotisme perverti, de fascisme et d’antisémitisme virulent.

« Dès ma plus tendre enfance », a-t-il écrit, « on m’a appris à adorer l’Angleterre et son empire. Le patriotisme était la plus grande vertu que j’ai jamais connue ».

William Joyce à Berlin. (Crédit : Domaine public)

Après l’installation de sa famille en Angleterre, en 1921, Joyce s’était engagé dans l’armée britannique, mais en a été rapidement écarté lorsqu’il a été découvert qu’il était encore mineur. Il a alors rejoint l’université des corps de formation d’officiers de Londres, son père ayant affirmé de façon mensongère qu’il était citoyen anglais.

Même s’il avait initialement pensé rejoindre la branche Jeunesse du Parti conservateur, Joyce s’en était rapidement lassé, convaincu qu’en acceptant d’accorder l’indépendance à l’Irlande du Sud en 1922, l’establishment britannique avait trahi le Royaume-Uni. Et ainsi, à l’âge de 17 ans, il était devenu l’une des recrues les plus jeunes de la toute première organisation fasciste britannique, les Fascisti britanniques, grands admirateurs de Mussolini.

Comme l’écrit Martin Pugh dans son ouvrage consacré aux fascismes de l’entre-deux guerres : « De plus en plus habité par la haine qu’il éprouvait pour les catholiques, pour les communistes et pour les Juifs, il a considéré que le fascisme était le meilleur moyen de poursuivre sa croisade contre ses ennemis et les ennemis de la nation. »

Ces haines étaient attisées par un ressentiment puissant émanant de ses nombreux échecs personnels. Joyce avait attribué la responsabilité de son incapacité à achever ses diplômes de maîtrise à un tuteur juif qui, avait-il affirmé, lui avait volé ses recherches. Il avait de la même manière clamé que son rejet de postes de service civil et du ministère des Affaires étrangères était du fait du pouvoir nuisible exercé par les Juifs et d’autres.

Et il y a eu l’attaque qu’il a subi alors qu’il faisait campagne dans le sud de Londres, pendant les élections générales de 1924. Au cours d’une altercation entre partisans communistes et fascistes, Joyce avait été agressé au rasoir.

Joyce devait ultérieurement surnommer la cicatrice permanente qui en avait résulté et qui s’étendait de son oreille droite à la bouche son « honneur de Lambeth ». Il avait ensuite – c’était prévisible – affirmé que son attaquant était un Juif qui avait tenté de lui couper la gorge.

Après une décennie de dérive, Joyce connut, en quelques sortes, une percée politique en rejoignant la BUF (Union britannique des fascistes) d’Oswald Mosley, la force d’extrême-droite la plus puissante quoique marginale de l’entre-deux guerres. Joyce s’était élevé rapidement dans ses rangs, passant du poste d’organisateur dans les comtés à celui de directeur de la propagande avant de devenir, enfin, l’adjoint de Mosley.

Photo d’illustration : La police tente de conserver la foule sous son contrôle pendant une manifestation des Blackshirts de l’Union britannique des fascistes, à l’avant, tandis que les communistes, plus de 100 000 personnes, contre-manifestent à l’arrière-plan à Hyde Park, à Londres, au mois de septembre 1934. (Crédit : AP Photo)

Toutefois, le pouvoir croissant de Joyce au sein de l’organisation – combiné à celui acquis par l’ancien député du Labour, John Beckett, et le journaliste AK Chesterton — avait accéléré l’accent mis sur l’antisémitisme par la BUF. Cette stratégie, a indiqué Pugh dans son livre, avait entraîné des tensions dans la formation.

D’un côté, il y avait Joyce et les siens qui voulaient conserver la pureté idéologique de la BUF. De l’autre, ceux qui, avec Mosley, en étaient arrivés à croire que les attaques antijuives vicieuses dans lesquelles excellait le directeur de la propagande limitaient l’appel potentiel du parti.

L’échec de la formation à faire une percée électorale au cours des élections municipales de Londres, en 1937, avait provoqué une scission entre Joyce et Mosley. Renvoyé de son poste, Joyce avait alors décidé de quitter la BUF et de fonder la Ligue nationale socialiste.

Nullement gêné par l’attitude plus prudente pour laquelle Mosley avait opté, Joyce avait été libre, dans la Ligue nationale socialiste, de prôner une alliance avec Hitler et la guerre contre les « manifestations juives jumelles » du bolchevisme et de la finance internationale.

« Si l’Allemagne a besoin d’aide pour renvoyer les Orientaux en Orient », clamait ainsi son programme, « elle a le droit de la recevoir de la part de ceux qui préfèrent la masculinité et les gouvernement blancs que de la part des autres ».

Le nouveau parti, avec ses manières de pensée révolutionnaire et son admiration sans bornes pour les « réussites » du Troisième Reich, fit un flop.

Sir Oswald Mosley et les membres des ‘Blackshirts’ fascistes britanniques regardent un défilé des fascistes italiens de Benito Mussolini à la Via Dell Impero, à Rome, le 23 avril 1933. (Crédit : AP Photo)

« Dix-huit mois après avoir établi un parti politique, Joyce enregistre une nouvelle fois la Ligue nationale socialiste comme club. Il est possible qu’à ce stade, les informateurs de la police dépassaient en nombre les véritables fidèles de l’organisation », écrit l’auteur Josh Ireland dans son livre Les Traîtres.

Mais même s’il allait devenir plus tard un mouton noir, Joyce n’avait pas été tout à fait l’outsider politique pour lequel il voulait se faire passer. Il s’était impliqué dans une série de groupes obscurs – la Ligue nordique, le Link, le Right Club – qui étaient fréquentés par des députés conservateurs de droite, des membres de l’aristocratie et d’anciens officiers militaires.

Engagé théoriquement en faveur de la promotion de la paix avec l’Allemagne, il y avait, en réalité, un peu plus que de simples lieux de rassemblement offerts aux conciliateurs, aux sympathisants nazis et, une fois la guerre déclenchée, aux membres d’une cinquième colonne potentielle. Comme un grand nombre d’entre eux, alors que la guerre approchait, Joyce était convaincu que les Juifs – poursuivant des objectifs propres et pernicieux – menaient la Grande-Bretagne au conflit avec l’Allemagne et que ce n’était pas du tout dans l’intérêt national du pays.

Joyce, contrairement aux Juifs britanniques dont il calomniait souvent la loyauté, se trouvait déjà sous la coupe d’une puissance étrangère et lui transmettait des renseignements. Ce que savaient très certainement les services secrets qui, dans l’année qui avait précédé la guerre, avaient écouté les conversations téléphoniques de Joyce et intercepté son courrier.

Joyce avait également réfléchi à d’autres actes de trahison pendant au moins aussi longtemps. Au cours de la crise de Munich, en 1938, il avait suggéré que si la guerre éclatait, il fuirait vers l’Irlande et, de là, il se rendrait en Allemagne et s’engagerait dans l’armée.

Une année plus tard, alors que la lourde menace de la guerre planait sur tout le continent, Joyce utilisa des contacts à Berlin pour demander si, en cas de guerre, la nationalité allemande pourrait lui être accordée. Joyce avait également cherché un moyen de justifier la traîtrise dont il allait se rendre coupable.

« Il doit y avoir une loyauté plus forte que le nationalisme », avait-il dit à son épouse. « Notre guerre, c’est la guerre contre le bolchevisme, et si cela signifie qu’il faut se battre aux côtés de l’Allemagne, alors faisons-le. »

Joseph Goebbels, à droite, avec le président du Reichrundfunk Hans Kriegler lors d’une exposition, le 5 août 1938. (Crédit : Bundesarchiv Bild)

À peine trois semaines après le départ du couple de l’Angleterre, Joyce avait rejoint les animateurs de la station de radio du Reichrundfunk.

Lord Haw-Haw est né

Même si ce nom devait être celui qui devait dorénavant le faire passer à la postérité, le titre de « Lord Haw-Haw » était né sous la plume de Jonah Barrington du Daily Express pour évoquer un autre Britannique intervenant à la radio du Reichrundfunk pour toucher les auditeurs anglais – il s’agissait peut-être de l’Allemand Wolf Mittler, qui avait fait ses études en Angleterre, ou encore peut-être l’ancien officier de l’armée Norman Baillie-Stewart. « Il parle l’anglais du haw-haw, ça sort malheureusement de ma propre variété de moyens », avait écrit le journaliste.

L’accent de Joyce, décrit comme un mélange « d’accent yankee et irlandais », ne reflétait pas particulièrement celui de la haute société. Mais sa manière bien à lui d’annoncer le début du programme — « Jairmany calling, Jairmany calling » — semblait faire l’affaire.

Et bientôt, l’évocation de Lord Haw-Haw allait désigner la voix seule de Joyce. Il adopta le sobriquet avec bonheur et était souvent présenté sur les ondes comme « William Joyce, également connu sous le nom de Lord Haw-Haw ».

Ses émissions ont connu un succès presque instantané. Pendant les premiers mois de la guerre, en concurrence exclusivement avec la programmation excessivement respectueuse, lourdement censurée et somme toute assez terne de la BBC, Joyce était parvenu à attirer un public réunissant environ 9 millions de Britanniques.

Comme le note Ireland, cette audience n’était guère habituée à entendre ses dirigeants être tournés en ridicule et attaqués comme le faisait Joyce. Churchill était devenu « le dégénéré de Downing Street » et un éminent ministre comme Ernest Bevin était dépeint comme « Bevin le maudit » et « le vieux Ernie ».

Un rapport commandité à la BBC par le gouvernement au mois de décembre 1939 et consacré aux audiences avait établi que deux-tiers du public britannique écoutait occasionnellement ses émissions.

« Je vais parler au Führer du succès remporté par Lord Haw-Haw, qui est vraiment sidérant », avait commenté l’ultime supérieur de Joyce, Josef Goebbels, ministre nazi de la Propagande, dans son journal.

Il était, suggérait également Goebbels, « le meilleur poulain que j’ai dans mon écurie ». Hausse de salaire, promotion – il allait devenir seul animateur de son propre programme, « Points de vue sur l’actualité ».

Photo non-datée de Joseph Goebbels, ministre nazi de la Propagande, lors d’un discours. (Crédit : Bengt von zur Muehlen/Yad Vashem Photo Archive)

Les auditeurs britanniques semblaient malgré tout initialement écouter Joyce avec un mélange de curiosité et d’amusement. Ses émissions avaient inspiré une chanson populaire — « Lord Haw-Haw, the Humbug of Hamburg » — ainsi qu’une revue musicale.

Mais les autorités, pour leur part, ne partageaient guère cet amusement. Ce qui avait été également le cas de nombreux auditeurs après le largage des premières bombes allemandes sur les villes britanniques. Aylmer Vallance, journaliste ayant travaillé pour le ministère de la Guerre, avait averti le directeur-général de la BBC, à la fin de l’année 1939, que les émissions « ingénieuses » de Lord Haw-Haw étaient « un élément affectant négativement le moral du public ».

« [Ses rumeurs] sont propagées par des individus responsables et d’une sensibilité normale et elles entraînent un sentiment authentique d’alarme », avait écrit Vallance. L’impact sur les soldats qui écoutaient son émission nocturne était particulièrement préoccupant pour le gouvernement.

« Ces émissions représentent un danger très grave pour le moral et elles pourraient être, à l’avenir, un point de pénétration avéré pour la propagande de l’ennemi », avait mis en garde le directeur des renseignements intérieurs.

À l’occasion, les paroles de Joyce avaient eu un impact direct. L’annonce qu’une usine de Peterborough, une ville de l’est de l’Angleterre, devait être frappée par la Luftwaffe avait amené les ouvriers terrifiés à rester chez eux et la production à s’arrêter.

La plupart du temps, néanmoins, le récit joyeux des défaites alliées par Joyce – qui étaient souvent rapportées avant même que la BBC n’ait diffusé la nouvelle – donnait à une audience anxieuse les informations qui, croyait-elle, lui étaient délibérément cachées pendant les premiers mois de la guerre.

Joyce avait une capacité magistrale à exploiter ces anxiétés et à les accumuler. Maître en son genre, il haranguait le public en lançant moult avertissements « d’annihilation », de « famine » et de « vengeance terrible » qui s’abattraient sur l’Angleterre. Et de tous ces maux, les Anglais seuls en étaient responsables, disait-il.

« Le peuple de l’Angleterre se maudira pour avoir préféré la ruine de Churchill à la paix de Hitler », avait-il ainsi clamé à l’antenne.

Photo d’illustration : Des gens se rassemblent peu après la chute d’une bombe V-2 au marché de Smithfield sur la Farringdon Road, à Londres, le 8 mars 1945, près du centre commercial de la ville. (Crédit : AP Photo)

Dépeignant les civils allemands comme des victimes innocentes de la barbarie des Alliés, il se délectait de la mort et de la destruction qui s’abattaient sur ses ex-compatriotes.

« Un châtiment juste frappe la Grande-Bretagne », déclara-t-il aux auditeurs à l’apogée du Blitz, un châtiment qui tua son père en 1941.

La chute du « Lord »

Durant tous ces mois, Joyce et son épouse Margaret – qui, en tant que « Lady Haw-Haw », intervenait également sur les ondes allemandes à l’attention de l’Angleterre – avaient salué la conquête par les Allemands d’une grande partie de l’Europe et attendaient le jour où ils pourraient retourner dans une Grande-Bretagne dorénavant nazie. Là-bas, pensait Joyce, un poste de haut rang dans le gouvernement l’attendrait.

Et ceux qui poursuivaient également cet objectif, en Grande-Bretagne, tentaient également de transmettre des renseignements à Joyce. Dans un cas, par exemple, deux membres de la cinquième colonne qui avaient envoyé des courriers à Joyce via la valise diplomatique espagnole, l’informant de l’impact de raids aériens et suggérant des cibles qui n’avaient pas été touchées, avaient été traduits en justice.

Mais alors que la guerre avait pris un nouveau tournant, la vie du couple commença à s’effriter. L’alcool dont ils étaient tous deux friands était devenu une addiction, et ils divorcèrent en août 1941. Margaret avait invoqué la cruauté de son mari, son infidélité. Moins d’un an plus tard, néanmoins, le couple se remaria.

Le politicien fasciste et animateur d’émissions de propagande nazie William Joyce, connu sous le nom de Lord Haw Haw, dans une ambulance après son arrestation par des officiers britanniques à Flensburg, en Allemagne. Il a été blessé par balle à la jambe pendant son arrestation, le 29 mai 1945. (Crédit : Domaine public)

Alors que les villes allemandes étaient lourdement bombardées, même la remise de la croix du mérite de première classe par le Troisième Reich, au mois de septembre 1944, et la foi aveugle qu’avait placée Joyce en Hitler n’étaient pas parvenues à venir à bout de son sentiment croissant d’abattement et d’appréhension.

Ses émissions en direct, souvent animées dans un brouillard d’alcool, n’étaient plus que l’ombre de ce qu’elles avaient été. Au mois de mars 1945, Joyce et Margaret – avec le reste de l’équipe du Rundfunkhaus – furent évacués de Berlin.

Joyce a fait sa dernière intervention sur les ondes, utilisant des mots décousus et passablement ivre, le 30 avril, depuis Hambourg, le jour où son Führer tant aimé s’est ôté la vie. Quelques jours plus tard, Geoffrey Perry, un soldat britannique dont l’unité était chargée de capturer les infrastructures, s’était assis devant le micro de Joyce et avait lu une déclaration des Alliés au peuple allemand.

Les destinées de Joyce et Perry allaient encore s’entremêler moins d’un mois plus tard, quand Joyce et son épouse vécurent dans la clandestinité, à proximité de la frontière danoise. Le 28 mai, il avait approché deux soldats britanniques qui cherchaient du bois pour faire du feu et s’était adressé à eux en anglais, leur proposant de leur montrer où en trouver davantage.

Perry avait instantanément reconnu la voix qui l’avait interpelé. « Vous ne seriez pas William Joyce, par hasard ? », lui avait-il demandé. Joyce avait mis sa main dans sa poche – probablement pour lui montrer ses faux papiers – et Perry, craignant que l’homme ne soit armé, avait devancé un éventuel tir, tirant une balle qui toucha Lord Haw-Haw à la cuisse.

Mais – délicieux coup du sort – il s’était avéré que l’auteur de l’arrestation de Joyce était un Juif allemand.

Né Horst Pinschewer, Perry et son frère avaient été envoyés en Grande-Bretagne en 1936 par un père angoissé. Leurs parents les avaient rejoints après la nuit de Cristal. Même s’ils avaient été officiellement catégorisés comme étrangers ennemis, les deux frères s’étaient portés volontaires pour endosser l’uniforme de l’armée britannique peu après le début de la guerre. Horst avait alors changé son nom pour celui, outrageusement anglais, de Geoffrey Howard Perry. L’unité de Perry avait rejoint le front de libération de l’Europe rapidement après le débarquement, au mois de juillet 1944.

Joyce avait pendant longtemps nourri l’espoir qu’en obtenant en 1940 sa naturalisation allemande, il pourrait échapper aux accusations de trahison. Un point de vue qui n’aura finalement pas été partagé par les tribunaux.

Il a fallu seulement 23 minutes à un jury pour le condamner, au mois de septembre 1945, pour son « adhésion aux ennemis du roi », en prenant la parole à leur nom sur les ondes du 18 septembre 1939 au 2 juillet 1940 – la date d’expiration de son passeport acquis à tort.

Ce verdict, sous de nombreux aspects, n’était pas surprenant. Comme Ireland l’écrit en évoquant les émissions : « Chaque mot, chaque syllabe qui ont émané de sa bouche rappelleront toujours aux populations ces mois désolés où elles ont regardé la défaite dans les yeux. »

Les procédures en appel refusées, Joyce monta sur la potence moins de quatre mois plus tard. La justice de l’après-guerre, comme le dit Tim Tate dans son livre Hitler’s British Traitors, était « souvent au mieux brutale ». Sur les 14 citoyens britanniques qui furent jugés pour avoir réalisé des émissions de propagande nazie, seuls Joyce et un autre — John Amery — ont été exécutés. L’ex-officier britannique Baillie-Stewart, par exemple, écopa d’une peine de cinq ans de prison. D’autres reçurent des peines moins lourdes.

Mais nombreux sont ceux qui auront du mal à accorder une once de sympathie à Joyce à la lecture de ses derniers mots.

« Dans la mort comme dans la vie », a-t-il écrit, « je mets au défi les Juifs qui ont entraîné cette dernière guerre et je défie une fois encore la puissance de l’Ombre qu’ils représentent ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...