Lord Allenby conquiert la Vieille Ville de Jérusalem, – à nouveau
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Lord Allenby conquiert la Vieille Ville de Jérusalem, – à nouveau

A la cérémonie costumée du centenaire, l’arrière-petit-neveu du général a lu la proclamation de son ancêtre depuis les marches de la Tour de David

De gauche à droite, Lord Edmund Allenby, Lord Arthur Balfour et Sir Herbert Samuel, à l'université hébraïque de Jérusalem, en 1925. (Crédit : Library of Congress)
De gauche à droite, Lord Edmund Allenby, Lord Arthur Balfour et Sir Herbert Samuel, à l'université hébraïque de Jérusalem, en 1925. (Crédit : Library of Congress)

Ce fut la fête, comme en 1917, pendant quelques heures, lundi après-midi dans la Vieille Ville de Jérusalem.

Des soldats du Corps d’Armée de Nouvelle-Zélande et d’Australie (ANZAC), des pashas turcs, des dirigeants religieux locaux, des femmes en jupes longues et chapeaux, ainsi que le légendaire T.E. Lawrence, ont fait la fête comme s’ils attendaient l’arrivée du général Edmund Allenby, commandant de la Force expéditionnaire égyptienne de l’armée britannique, venu libérer Jérusalem du joug ottoman.

Un siècle après la Grande guerre, des acteurs ont joué feu Allenby ainsi que d’autres figures historiques, à la plus grande joie de centaines de personnes venues de tout Israël et dans le monde, véritablement enthousiastes de vivre cette reconstitution festive.

Il y a exactement 100 ans, le 11 décembre 1917, le général Allenby proclamait la Loi martiale de l’armée britannique à Jérusalem en sept langues, depuis les marches de la Tour de David.

Pour certains, comme le Hiérosolymitain de 8e génération, Shalom Bagad, venir lundi, c’était boucler la boucle.

« Ma mère Shulamit était ici même en ce jour de 1917 pour regarder Allenby entrer dans Jérusalem et délivrer sa proclamation, » raconte Bagad.

L’acteur jouant T. E. Lawrence pose avec une personne du public pour la reconstitution du centenaire de l’entrée du général Allenby à Jérusalem, le 11 décembre 2017 (Crédit : Renee Ghert-Zand/TOI)

La proclamation, garantissant tolérance religieuse et protection dans tous les Lieux saints, a donné aux anciens habitants de la ville l’espoir d’un futur meilleur et plus paisible. La prise de Jérusalem par les Britanniques intervenant au mois de décembre, et un mois après la déclaration Balfour, a été interprétée par les Juifs comme un miracle de Hanoukka et le commencement du rétablissement de la souveraineté juive. Le monde chrétien voyait l’événement comme un cadeau pour Noël, le retour de la domination chrétienne sur Jérusalem pour la première fois depuis la chute du royaume des Croisés.

À part quelques signes de modernité tels que caméras et smartphones, lundi, l’histoire semblait se répéter. Seul manquait le cheval d’Allenby, duquel le général est descendu avant d’entrer à pied dans le Vieille Ville en signe d’humilité et de respect pour la sainteté de la ville et sa population, qui avait souffert sous toutes les conquêtes à travers les âges.

Après que les acteurs et la foule ont continué à avancer par la porte de Jaffa vers la citadelle de la Tour de David (aujourd’hui un musée), une cérémonie très similaire à celle d’il y a un siècle s’est déroulée.

Cette fois-ci, sur fond d’appel musulman à la prière et de cloches d’église tintant, la proclamation a été lue en huit langues avec l’arménien. Et pour commencer, c’est le vicomte Henry J. H. Allenby de Megiddo et de Felixstowe, arrière-petit-neveu du général Allenby, qui a lu la version anglaise.

Allenby, dont c’était la toute première visite en Israël, a été suivi par des représentants des différentes communautés religieuses de Jérusalem qui ont lu la proclamation en français, italien, hébreu, arabe, grec, russe et arménien.

Le maître de cérémonie, le linguiste Avshalom Kor, a souligné que la proclamation d’Allenby constituait la première utilisation officielle, quasi-gouvernementale, de l’hébreu dans la terre d’Israël depuis la conquête romaine de Jérusalem en 70 de notre ère.

Le vicomte Henry Allenby lit la proclamation de son arrière-grand-oncle, le général Allenby, lors de la reconstitution du centenaire de la proclamation, le 11 décembre 2017 (Crédit : Renee Ghert-Zand/TOI)

Le maire de Jérusalem, Nir Barkat, a prononcé un court discours sur le passé de la ville et la situation politique, devant le public constitué également de la vicomtesse Sara Allenby, mère de Lord Allenby, et de John Benson, arrière-petit-fils du général Shea, qui a accepté la reddition turque.

Saisissant l’occasion de s’adresser à des électeurs locaux et israéliens, Barkat a enchaîné en hébreu après quelques mots en anglais pour honorer le général Allenby.

Le maire a mis l’accent sur l’unité de Jérusalem et son ouverture à toutes les religions et cultures « sous souveraineté et régime israéliens ». Il a également mentionné la déclaration américaine du 6 décembre du président Donald Trump sur la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël.

« Personne ne devrait minimiser l’importance de cette déclaration. Elle ne fera que renforcer l’unité et la paix à Jérusalem » a-t-il déclaré.

Observant la cérémonie, Bagad dit qu’il est sur la même longueur d’onde que le maire.

La foule observe depuis un toit face à la Tour de David la reconstitution du centenaire de l’entrée à Jérusalem du général Allenby, le 1 décembre 2017 (Crédit : Renee Ghert-Zand/TOI)

« Je considère la déclaration de Trump comme celle d’Allenby. Ce sont toutes deux des briques qui consolident notre droit sur la Terre d’Israël, remontant à Abraham. » [le patriarche biblique] ajoute-t-il.

Parmi la foule, – d’âge moyenne et plus – pressée sur la petite place en face de la Tour de David, certains applaudissent les déclarations de Barkat, mais il est difficile de savoir combien approuvent autant que Bagad.

Les quelques jeunes Israéliens, adultes et enfants, éparpillés, ne semblent pas comprendre les raisons de tout ce battage.

« Je crois que c’est à propos de ce qui s’est passé il y a environ 70 ans, quand Israël est né » dit le jeune Elon, 10 ans, venu avec sa classe d’une école religieuse publique du quartier juif de la Vieille Ville.

Même certains parmi les jeunes acteurs admettent qu’ils ne savaient rien d’Allenby et de sa proclamation avant de signer pour ce spectacle.

« J’en savais un tout petit peu, du lycée, mais pas grand chose. J’ai dû faire des recherches, » confesse Eden Ankory, qui jouait une jeune coloniale britannique.

Edmund Allenby entrant à pied dans Jérusalem, en 1917. (Crédit : Domaine public)

« Je ne savais rien du tout. J’ai juste appris de quoi il retournait en lisant le sujet la semaine dernière, » confie sa collègue comédienne, Yasmin Bar-Shalom.

A contrario, Kenneth Thomson, qui est venu spécialement à Jérusalem de Vancouver Island au Canada pour la célébration de lundi, se sent très proche des événements de décembre 1917.

Il y a huit ans, Thomson regardait un album photo de son grand-père, le lieutenant Douglas Thomson, et y découvrit une photo de son aïeul en uniforme devant la porte de Jaffa.

« J’étais allé en Israël auparavant, et j’ai reconnu la porte de Jaffa. Mais je ne savais absolument pas que mon grand-père avait une quelconque connexion avec Jérusalem, » déclare-t-il.

Thomson a découvert que son grand-père avait combattu dans les campagnes en Palestine et était à Jérusalem comme membre de l’ANZAC. Thomson pense que son grand-père a pu être un aide de camp d’Allenby, en tout cas il est certain qu’Allenby l’a décoré de la Croix militaire après sa blessure subie dans la bataille de la Somme en France.

« J’ai cette médaille, mais je l’ai mise en sûreté dans un coffre à la maison, je ne voulais pas prendre le risque de l’apporter, » dit Thomson.

Une salle de l’exposition « A General and A Gentleman » au musée de la Tour de David, décembre 2017 (Crédit : Ricky Rachman)

Toutefois, il a prêté des photos de l’album de son grand-père au musée de la Tour de David pour sa nouvelle exposition, « A General and A Gentleman – Allenby at the Gates of Jerusalem » (« un général et un gentleman – Allenby aux portes de Jérusalem »).

Thomson déclare que c’est pour lui un traitement de faveur de rencontrer Lord Allenby et l’arrière-petit-fils du général Shea, John Benson, avec qui il a parlé après la fin de la cérémonie.

Un acteur jouant le gouverneur turc se « rend » à John Benson, l’arrière-petit-fils du général Shea, Jérusalem, le 11 décembre 2017 (Crédit : Renee Ghert-Zand/TOI)

Benson était ravi de l’assistance présente lors de la cérémonie et de voir l’affection des gens pour des événements qui se sont produits il y a un siècle à Jérusalem.

Réalisant le nombre important d’Israéliens et de médias internationaux présents, Lord Allenby a déploré que les Anglais ne soient pas aussi intéressés par cet anniversaire commémoratif.

Il partagera son aventure de Jérusalem en rentrant chez lui, et suppose que ça lui demandera un moment pour tout digérer.

« Ça fait beaucoup émotionnellement » ajoute-t-il.

« Lady Allenby, arborant fièrement la Croix de Jérusalem donnée par le général Allenby à sa femme et transmise de génération en génération, semble passer un très bon moment.

« Je suis bouleversée. C’est tout simplement sensationnel » dit-elle.

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