Rechercher

L’OSM fête à prix d’or le 125e anniversaire du Premier Congrès sioniste

L’évènement a été critiqué non seulement pour son budget démesuré mais aussi parce qu'il est presque totalement inaccessible pour la grande majorité du peuple juif

Theodor Herzl sur le balcon de l’Hôtel Les Trois Rois à Bâle, en Suisse, en 1897. (Crédit : CC-PD-Mark/Wikigamad/Wikimedia Commons)
Theodor Herzl sur le balcon de l’Hôtel Les Trois Rois à Bâle, en Suisse, en 1897. (Crédit : CC-PD-Mark/Wikigamad/Wikimedia Commons)

L’Organisation sioniste mondiale (OSM) a célébré dimanche et lundi le 125e anniversaire du Premier Congrès sioniste, qui s’était ouvert le 29 août 1897 à Bâle, en Suisse, en organisant un événement grandiose dans la ville.

Cependant, l’événement somptueux et très coûteux qui a été organisé à cette occasion, et qui vise à « recréer le congrès à Bâle », a été critiqué non seulement pour son budget démesuré mais aussi parce qu’il sera presque totalement inaccessible pour la grande majorité du peuple juif.

Environ 1 400 personnes sont venues du monde entier pour assister à l’événement – principalement en provenance d’Israël et des États-Unis. Elles sont logées dans des hôtels quatre et cinq étoiles et accèdent sur invitation aux cocktails, galas, conférences et autres prises de parole au programme de cet anniversaire. Les invités arrivés avant le lancement de l’événement ont passé le week-end à Bâle dans des chambres luxueuses réservées à prix réduit.

Les porte-parole de l’OSM ont refusé de divulguer le coût total de l’événement. Mais un document interne obtenu par Zman Israel, le site en hébreu du Times of Israel, a donné un aperçu du coût approximatif de l’événement de deux jours.

D’après le document et des conversations avec certains responsables de l’OSM, le coût de l’événement est estimé entre 20 et 30 millions de shekels.

Ce montant correspond au coût des vols, des chambres d’hôtel, des repas et autres collations et de la production de la conférence elle-même. Les participants ont payé un droit d’inscription de 500 dollars, mais ce montant est bien inférieur au coût réel : une seule nuit à l’hôtel cinq étoiles Les Trois Rois, où certains participants sont logés, coûte plus de 400 dollars et une nuit à l’hôtel quatre étoiles Mövenpick, où d’autres se trouvent, coûte plus de 300 dollars. Dans les deux cas les repas ne sont pas inclus.

Le leader sioniste Theodor Herzl, qui avait organisé le premier Congrès sioniste en 1897, avait séjourné à l’hôtel Les Trois Rois lors de cet événement, posant pour une photo désormais célèbre sur l’un de ses balcons. Le président Isaac Herzog, qui est venu assister à la commémoration en cours à Bâle, tentera de recréer la photographie sur le même balcon donnant sur le Rhin.

Hotel Les Trois Rois in Basel, Switzerland (photo credit: CC-BY-2.0-DE, by Mattes, Wikimedia Commons)
L’Hôtel Les Trois Rois à Bâle, en Suisse. (Crédit : CC-BY-2.0-DE/Mattes/Wikimedia Commons)

Le financement de l’OSM provient en grande partie du Fonds national juif (JNF/KKL), qui possède environ 12 % des terres d’Israël. Le JNF – un organisme à but non lucratif supervisé par le gouvernement et qui a fait l’objet d’une surveillance accrue à la suite d’accusations de corruption – a vu ses caisses gonfler ces dernières années, en grande partie grâce à l’essor du marché immobilier israélien. Cela a entraîné des rumeurs laissant entendre que l’organisation cherchait à dépenser rapidement de l’argent par le biais de la conférence pour empêcher le gouvernement de saisir ses fonds.

Parmi les personnes présentes lors de ces commémorations somptueuses, Herzog, le ministre des Affaires de la Diaspora, Nachman Shai, le nouveau président de l’Agence juive, Doron Almog, plusieurs membres de la Knesset et de hauts-responsables de presque toutes les grandes organisations juives internationales. Un certain nombre de jeunes hommes d’affaires israéliens sont également sur place pour une partie de la conférence consacrée à l’esprit d’entreprise.

Le ministre des Affaires de la Diaspora, Nachman Shai, s’adressant à une conférence de l’Organisation sioniste mondiale marquant le 125e anniversaire du premier Congrès sioniste à Bâle, en Suisse, le 28 août 2022. (Crédit :  Autorisation)

La conférence a été organisée par le président de l’OSM, Yaakov Hagoel, chef du Likud mondial.

Interrogé sur l’événement et sur son budget démesuré, Hagoel a renvoyé Zman Israel vers le porte-parole de l’OSM, qui a refusé de s’exprimer.

« L’Organisation sioniste mondiale est fière d’initier cet événement non partisan qui envoie un message important à des millions de Juifs en Israël, dans la diaspora et au monde entier sur la pertinence du mouvement sioniste aujourd’hui et sur les défis auxquels il est confronté », a déclaré le porte-parole.

Cependant, l’événement est uniquement sur invitation et n’est donc pas réellement ouvert à ces millions de Juifs dans le monde, même virtuellement. Seul le gala prévu lundi soir sera retransmis en direct sur la page Facebook de l’OSM. Le reste de l’événement, y compris la plupart des discours des hauts responsables israéliens et juifs, ne sera pas diffusé.

Interrogé sur les raisons de cette décision, un autre porte-parole de l’OSM a déclaré au Times of Israel qu’il s’agissait d’une décision de la société de production. Il n’a pas voulu donner plus de détails.

De nombreux participants à la conférence ont estimé, de leur côté, que l’événement était une manière tout à fait légitime de mettre en lumière et de commémorer un tournant marquant de l’histoire sioniste et israélienne.

« C’est un événement historique, quelque chose de beau et de symbolique, c’est un événement qui se déroule en présence du président du pays. Qu’est-ce qui pourrait être plus beau que cela ? », a demandé Arnan Felman, vice-président du JNF.

Yigal Tzahor, ancien président du mouvement sioniste travailliste, s’est montré un peu plus critique à l’égard de l’énorme budget alloué à l’anniversaire, bien qu’il ait lui aussi estimé que l’objectif poursuivi était louable.

« Les institutions sionistes devraient discuter correctement de la signification d’un événement comme celui-ci. S’il est important pour elles de mettre l’accent sur l’héritage d’Herzl, je pense que c’est un objectif louable, mais j’aurais plutôt envoyé une plus petite délégation. Ce type d’événement doit être organisé de manière modeste », a déclaré Tzahor à Zman Israel.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...