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Malgré les avertissements, des juifs en route pour un pèlerinage en Ukraine

D'après un voyagiste de Jérusalem, la plupart des vols vers les pays frontaliers de l'Ukraine sont pleins, malgré la guerre et les multiples mises en garde

Des passagers ultra-orthodoxes à l'aéroport international Ben Gurion, le 7 septembre 2022. (Crédit :  Arie Leib Abrams/Flash90)
Des passagers ultra-orthodoxes à l'aéroport international Ben Gurion, le 7 septembre 2022. (Crédit : Arie Leib Abrams/Flash90)

« Il faut que j’y aille, un point c’est tout ». Juif ultra-orthodoxe israélien, Avraham Burstein compte se rendre dans les prochains jours dans la ville d’Ouman en Ukraine pour un pèlerinage, malgré les mises en garde liées à la guerre menée par la Russie dans ce pays.

A l’instar de milliers d’autres ultra-orthodoxes, il veut fêter comme de coutume le nouvel an juif sur la tombe de Rabbi Nahman de Breslev (1772-1810), une des principales figures du hassidisme, un courant orthodoxe du judaïsme.

M. Burstein a effectué ce pèlerinage chaque année depuis 1989, avec une exception en 2020 pour cause de pandémie et de fermeture des frontières.

Cette année, alors que le nouvel an juif, Rosh HaShana, est célébré à partir du 25 septembre, pas question pour lui de faire une croix sur le voyage rituel, même si Kiev a appelé les pèlerins à ne pas venir.

« Les explosions ennemies russes ne s’arrêtant pas, nous devons prendre soin de nous », disait l’ambassade ukrainienne en Israël début septembre, ce qui n’a pas refroidi plus d’un millier de fidèles juifs déjà arrivés à Ouman. Les autorités ukrainiennes en attendent environ 10 000 dans cette ville du centre du pays.

Des personnes marchent devant la tombe de Rabbi Na’hman de Breslev, dans la ville d’Ouman, en Ukraine, le 26 janvier 2022. (Crédit : Yossi Zeliger/Flash90)

Avraham Burstein, musicien et acteur de 51 ans, compte partir pour l’Ukraine cette semaine avec ses deux fils. Ils devront d’abord prendre un vol à destination d’un pays frontalier puis entrer en Ukraine par un point de passage terrestre, les liaisons aériennes vers Kiev ayant été suspendues dans la foulée de l’invasion russe en février.

« C’est comme être amoureux, il faut que j’y aille, un point c’est tout », dit-il. « Ce serait bien si (Rabbi Nahman) était enterré à Londres, à Amsterdam ou à Berlin mais il a choisi d’être ici et il nous a demandé de venir chaque année pour Rosh HaShana alors nous devons y aller », dit-il en bichonnant son accordéon dans une école de musique yiddish à Jérusalem.

Un texte de Rabbi Nahman promettait à ses fidèles de les « sauver de l’enfer » s’ils venaient sur sa sépulture pour Rosh HaShana.

D’après un voyagiste de Jérusalem, la plupart des vols vers les pays frontaliers de l’Ukraine sont pleins jusqu’à la fin du mois. Et la semaine dernière à l’aéroport de Tel-Aviv, les vols vers la Moldavie et la Roumanie étaient pris d’assaut par des ultra-orthodoxes en partance pour Ouman.

Des Juifs prient dans une rue près de la tombe de Rabbi Na’hman de Breslev à Ouman, en Ukraine, le 20 septembre 2006. (Crédit : Menahem Kahana/AFP)

Ouman est située relativement loin de la ligne de front mais elle a à plusieurs reprises été touchée par des bombardements.

Le Premier ministre israélien, Yaïr Lapid, a récemment appelé à ne pas s’y rendre, mettant en garde contre un « danger de mort ».

« Pourquoi devrions-nous avoir peur ? Si vous croyez en Dieu vous n’avez peur de rien », assurait Avraham Elbaz peu avant de partir pour Chisinau, la capitale moldave.

« Franchir les obstacles » 

Et Avraham Burstein, estime de son côté que « si vous venez d’Israël, vous ne vous préoccupez pas du danger. Nous avons des incidents tous les quatre matins », dit-il en référence au conflit israélo-palestinien.

Avant la pandémie de coronavirus, quelque 50 000 pèlerins se rendaient chaque année à Ouman pour Rosh HaShana, d’après Gilad Malach, spécialiste de la population ultra-orthodoxe au centre de recherche Israel Democracy Institute (IDI).

Des pèlerins juifs en Biélorussie, à la frontière ukrainienne fermée, tentent d’aller à Ouman, le 15 septembre 2020. (Autorisation : Shahar Eliyahu)

Si la plupart d’entre eux comprennent les mises en garde et ne voyageront pas, il estime que 5 000 à 10 000 fidèles feront le déplacement.

« Pour les inconditionnels, (le pèlerinage) est l’une des obligations de base et ils doivent tout faire pour y arriver », explique-t-il à l’AFP.

« Plus c’est interdit et difficile et plus vous êtes respectés pour avoir franchi les obstacles et pour vous être rendus sur la tombe » du défunt rabbin Nahman, ajoute-t-il.

Pour M. Burstein, la guerre en Ukraine n’a fait qu’amplifier l’importance du voyage. « Nous espérons que grâce à nos prières une fois sur place, nous pourrons apporter la paix dans le monde », dit-il.

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