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Carnet du journaliste

Malgré les défis, la mission d’Israël en Ukraine déplacée en Pologne fidèle au poste

Les diplomates de l’ambassade, maintenant installée en Pologne, près de la frontière, décrivent le tarissement du flux d’Israéliens et la demande croissante d'aide

  • Alex Ben Ari, porte-parole de l’ambassade d’Israël en Ukraine, à la mission de l’ambassade à Przemyśl, Pologne, le 14 mars 2022. (Carrie Keller-Lynn/The Times of Israel)
    Alex Ben Ari, porte-parole de l’ambassade d’Israël en Ukraine, à la mission de l’ambassade à Przemyśl, Pologne, le 14 mars 2022. (Carrie Keller-Lynn/The Times of Israel)
  • Simona Halperin, ambassadrice israélienne par intérim en Ukraine, à la mission de l’ambassade à Przemyśl, en Pologne, le 14 mars 2022. (Carrie Keller-Lynn/Times of Israel)
    Simona Halperin, ambassadrice israélienne par intérim en Ukraine, à la mission de l’ambassade à Przemyśl, en Pologne, le 14 mars 2022. (Carrie Keller-Lynn/Times of Israel)
  • Des réfugiés ukrainiens reçoivent de l'aide médicale à la gare centrale de Przemysl, Przemysl, Pologne, le 14 mars 2022 (Carrie Keller-Lynn/The Times of Israel)
    Des réfugiés ukrainiens reçoivent de l'aide médicale à la gare centrale de Przemysl, Przemysl, Pologne, le 14 mars 2022 (Carrie Keller-Lynn/The Times of Israel)

PRZEMYŚL, Pologne – Depuis qu’elle a été transférée de Kiev à Lviv fin février, puis jusqu’à son siège actuel – un hôtel dans une ville polonaise frontalière de style soviétique, l’ambassade d’Israël en Ukraine a dû prendre en charge des problèmes plus ou moins liés à la guerre.

Bien qu’il serve également de base régionale à la police polonaise, l’hôtel – son nom n’est pas divulgué à la demande de l’ambassade israélienne – est étrangement calme et assez peu éclairé. Jusqu’au moment où vous ouvrez la porte de la salle de crise de l’ambassade. L’épuisement est sur tous les visages, mais l’énergie est palpable. En ces lieux, un personnel surchargé de travail s’agite, déterminé, pour coordonner les services consulaires, l’aide humanitaire et la communication avec Kiev.

Près de trois semaines après le début de la guerre, le flux d’Israéliens désireux de quitter l’Ukraine se tarit, mais les difficultés continuent de s’accumuler.

La chef par intérim de la mission israélienne en Ukraine, Simona Halperin, a été diagnostiquée positif au COVID-19 quelques minutes avant l’arrivée du Times of Israël à l’hôtel, lundi. Halperin, qui dirige normalement le bureau Eurasie au ministère des Affaires Étrangères, à Jérusalem, occupe ces fonctions parce que Michael Brodsky, l’ambassadeur d’Israël à Kiev, victime d’un accident de voiture, a dû être rapatrié en Israël.

Sur un plan opérationnel, la capacité de la mission à aider les Israéliens à obtenir les documents dont ils ont besoin pour quitter l’Ukraine repose sur la bonne volonté des autorités ukrainiennes.

« Tout dépend des relations entre l’Ukraine et Israël », a déclaré la porte-parole Alexandra Ben Ari. « Nous devons faire très attention à ce que nous faisons parce que ce n’est pas notre pays. »

Alex Ben Ari, porte-parole de l’ambassade d’Israël en Ukraine, à la mission de l’ambassade à Przemyśl, Pologne, le 14 mars 2022. (Carrie Keller-Lynn/The Times of Israel)

Les Israéliens ont demandé au personnel de la mission d’identifier les ressortissants israéliens au sein des files d’attente de plusieurs heures aux points de passage, mais, précisé Ben Ari, « tout est très sensible » et « les [responsables ukrainiens] à la frontière n’accepteraient pas » de tels agissements.

Le cas des ressortissants titulaires de la double nationalité est des plus complexes à gérer, car les Ukrainiens de sexe masculin âgés de 18 à 60 ans sont soumis à un ordre d’urgence leur interdisant de quitter le territoire pour des motifs de défense nationale.

Bien que les responsables de la mission disent faire tout leur possible, les cas de séparation familiales ne sont pas rares.

Pour Halperin, la mission diplomatique est extrêmement motivée et désireuse d’aider autant d’Israéliens que possible à évacuer.

La salle des opérations interarmées a été dotée de diplomates qui, ayant terminé leur mission ailleurs, ont retroussé leurs manches pour venir prêter main forte. D’anciens ambassadeurs se sont portés volontaires pour répondre aux appels téléphoniques et faire des déplacements jusqu’à la frontière. Lorsque leur tour viendra de quitter la Pologne, d’autres les remplaceront.

Pourtant, Halperin a exprimé son exaspération à l’égard des dirigeants à Jérusalem, évoquant un conflit déjà ancien sur les conditions de travail des employés et dirigeants du ministère des Affaires étrangères et ceux du ministère des Finances.

« Je suis fière et stupéfaite du niveau d’engagement et de la présence [des diplomates]. Parmi la soixantaine de diplomates déployés à la frontière, aucun n’a dit « je ne peux pas », « j’ai des obligations familiales », « je ne me sens pas bien », « cela ne me convient pas ». Tout le monde s’est mobilisé », a précisé Halperin.

« Mais il y a des domaines dans lesquels nous avons d’énormes difficultés, que ce soit en terme de moyens ou d’outils de travail. »

Parmi les griefs liés à la mission de Pzremyśl, Halperin a évoqué la récente annulation de la prime de risque pour les diplomates en Ukraine, ainsi qu’une décision du ministère des Finances de qualifier les cours de langue liés à l’affectation d’avantages imposables.

« Si je travaillais pour une entreprise privée [dans les mêmes conditions], ma première réaction aurait été de laisser tomber. Mais c’est impossible [car le problème est de taille]. Nous ne laissons pas tomber parce que nous sommes bien conscients des responsabilités et nous avons un engagement moral. Mais nous demandons au ministère des Finances de nous comprendre. »

Comme l’a noté Halperin, la mission continue d’assumer toutes ses responsabilités.

Son objectif principal est d’assurer les services consulaires, « pour aider les Israéliens à partir », a déclaré la porte-parole Ben Ari.

Faute de pouvoir délivrer des passeports, la mission établit des laissez-passer – documents de voyage temporaires qui donnent au porteur le droit de se rendre dans son pays d’origine – aux citoyens israéliens fuyant l’invasion russe sans papiers, ou à leurs enfants non enregistrés, nés à l’étranger, pour lesquels aucun passeport n’a jamais été délivré.

Travaillant avec un ordinateur portable posé sur une table pliante, la mission est capable de vérifier l’identité grâce à des numéros d’identification et de délivrer des laissez-passer de voyage valables pour l’entrée en Israël. Les photos sont prises avec un appareil photo Polaroid que les diplomates se sont démenés à trouver dans un magasin de photo de quartier.

Des réfugiés ukrainiens reçoivent de l’aide médicale à la gare centrale de Przemysl, Przemysl, Pologne, le 14 mars 2022 (Carrie Keller-Lynn/The Times of Israel)

Moins d’Israéliens évacués

L’intensité de l’activité consulaire a beaucoup diminué ces derniers jours. Près de trois semaines après le début de la guerre, entre 10 et 20 ressortissants israéliens rentrent chaque jour en Israël, a déclaré Ben Ari, soit une infime partie des quelque 100 personnes que la mission transporte quotidiennement, à bord de bus affrétés, jusqu’aux trois points de passage frontaliers polonais où elle opère. Les autres passagers sont des proches, des amis ou d’autres réfugiés qui ont appris l’existence des bus israéliens par le bouche à oreille.

Avec la diminution du nombre d’évacués israéliens, la mission a étendu son service d’évacuation à « toute personne ayant un lien avec Israël ». Dans la pratique, « nous ne vérifions pas » et ne refusons aucun réfugié, a déclaré Halperin.

La mission n’a pas d’horaires fixes, mais s’adapte à la demande aux postes frontaliers de Medyka, Krakowiec et Zosin. Le personnel local de l’ambassade s’est délocalisé avec elle dans l’ouest de l’Ukraine et reste sur le terrain pour coordonner les évacuations.

La mission estime à 2 000 – sur les 15 000 qui y vivaient avant l’invasion- le nombre d’Israéliens toujours en Ukraine, un nombre qui a peu varié la semaine passée parce que beaucoup ne peuvent pas partir, soit en raison d’une infirmité, soit parce qu’ils sont sous le coup de l’ordre de loi martiale leur imposant de rester sur le territoire pour défendre leur patrie.

Ce qu’Israël fait et ne fait pas

Dans la salle des opérations communes, une grande pièce sans caractère mais bien éclairée dans cet hôtel de milieu de gamme par ailleurs assez sombre, tout le monde a une histoire à raconter.

Rogel Rachman, spécialiste des médias au sein de la mission, a confié avoir dû annoncer à un père israélien que, même s’il pouvait rejoindre le bus, il serait probablement refoulé à la frontière par les autorités ukrainiennes et devrait rebrousser chemin dans le froid. La famille avait choisi de se séparer, la mère et les enfants continuant vers Israël, tandis que lui les regardait partir.

La mission est également un point de coordination pour les actions humanitaires israéliennes, y compris l’aide et le soutien logistique pour l’hôpital de campagne que le ministère des Affaires étrangères, le ministère de la Santé et l’hôpital Sheba devraient déployer aux environs de Lviv plus tard dans la semaine.

Un membre de l’équipe avancée pour le MFA, le MOH et l’hôpital de campagne parrainé par l’hôpital de Sheba qui sera déployé aux environs de Lviv, en Ukraine, à l’extérieur de l’ambassade d’Israël à la mission de l’Ukraine à Przemyśl, en Pologne, le 14 mars 2022. (Carrie Keller-Lynn/The Times of Israel)

Le transfert prévu de six générateurs géants – chacun avec la capacité d’alimenter un hôpital en toute autonomie – a été retardé de quelques jours, en raison des craintes actuelles liées au coronavirus.

Les générateurs proviennent d’Italie et sont arrivés à la frontière ukrainienne lundi soir.

Absorber le changement

Halperin a refusé de commenter le refus israélien de fournir une aide défensive à l’Ukraine, évoquant plutôt le concept économique de « l’avantage comparatif », en ce sens que « nous donnons ce qui est le plus approprié pour Israël, en lien avec ce dont l’Ukraine a besoin ».

« Nous laissons d’autres pays faire [le reste] et c’est bien ainsi. Il est juste qu’Israël donne ce en quoi il est expert, sans s’aventurer dans des endroits qui mettent en danger [les intérêts d’Israël]. »

L’ambassadeur d’Ukraine en Israël, Yevgen Korniychuk, ne cesse d’exprimer sa déception sur le fait qu’Israël refuse de fournir une aide défensive à l’armée ukrainienne, y compris des casques et des gilets pare-balles.

La semaine dernière, Korniychuk a lancé un appel vibrant aux médias israéliens, un casque sur sa tête, à l’occasion d’une conférence de presse, demandant dans quelle mesure cela pourrait être considéré comme une aide militaire.

« Je comprends l’émotion qui le conduit à s’exprimer comme il le fait », a déclaré Halperin. « Il se trouve en Israël, sa famille est en Ukraine, sous les bombardements. Il voit son gouvernement attaqué et son État se battre pour sa survie. Je comprends sa douleur. »

L’ambassadeur d’Ukraine en Israël, Yevgen Korniychuk, fait une déclaration aux médias sur l’invasion russe en Ukraine, à Tel-Aviv, le 7 mars 2022 (Avshalom Sassoni /Flash90)

« La critique est-elle constructive ? Je serais moins catégorique sur ce point. »

L’invasion de l’Ukraine par la Russie a des répercussions sur les relations complexes entre la Fédération de Russie et ses anciens États et satellites soviétiques. Halperin, endossant son ancienne casquette de chef du Bureau Eurasie du ministère des Affaires Étrangères, a indiqué que Jérusalem évaluait toujours l’impact de la guerre sur la politique régionale plus large d’Israël.

« Tous les pays de la région encaissent et continueront cette année d’encaisser de profonds changements dans le paysage – économique, politique, social. Nous devons évaluer dans quelle mesure cela affectera les relations d’Israël avec ces pays, et les communautés juives qu’ils abritent. »

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