Malgré sa campagne clivante, un village bédouin sera-t-il fidèle à Netanyahu ?
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Malgré sa campagne clivante, un village bédouin sera-t-il fidèle à Netanyahu ?

Israël, gouverné par l'actuel Premier ministre, a officiellement reconnu Arab Al-Naim en 1999, et 77 % des électeurs du village ont voté pour le Likud en 2015

Vue de la ville bédouine Arab al-Naim au premier plan, avec la ville de Carmiel à l'arrière-plan, le 25 février 2006. (Domaine public/Wikipedia)
Vue de la ville bédouine Arab al-Naim au premier plan, avec la ville de Carmiel à l'arrière-plan, le 25 février 2006. (Domaine public/Wikipedia)

ARAB AL-NAIM – De grandes villas poussent, des routes sont en cours d’aménagement, des lampadaires sont érigés et des trottoirs sont en cours de construction.

Arab al-Naim, petit village bédouin situé sur une colline de Galilée entre Karmiel et Sakhnin, passe progressivement d’un rassemblement de cabanes en tôle à un développement organisé et planifié.

Bon nombre des quelque 1 000 habitants du village, dont plusieurs ont servi dans l’armée israélienne et la police des frontières, attribuent au Premier ministre Benjamin Netanyahu une grande partie de la transformation du village et disent avoir l’intention de soutenir son parti, le Likud, lors des prochaines élections nationales du 9 avril.

« Bien sûr, je vais voter pour Netanyahu, » a déclaré Yousef Naim, 52 ans, un professionnel de l’assainissement, à la fin de la semaine dernière, debout sur le balcon de la villa à plusieurs étages de sa famille. « Il a été le premier homme politique à se soucier d’Arab al-Naim. »

Vue de maisons récemment construites dans un quartier d’Arab al-Naim, le 27 mars 2019. (Adam Rasgon/Times of Israel)

En 1999, Israël, sous la direction de Netanyahu, a reconnu Arab al-Naim après des années de négligence du village et de tentatives de relogement de ses habitants, qui appartiennent tous à la même famille Naim.

« Je déclare officiellement ici qu’Arab al-Naim sera une localité de l’État d’Israël jouissant de droits égaux, » avait déclaré Netanyahu dans un discours à l’époque.

L’Etat juif, avec Netanyahu à sa tête, a également accordé plus récemment des permis de construire aux habitants du village et a commencé à y investir des dizaines de millions de shekels, notamment dans les services et infrastructures essentiels.

Mashour (à droite) et Shaher (à gauche) Naim devant leur maison à Arab al-Naim, le 27 mars 2019. (Adam Rasgon/Times of Israel)

Les familles d’Arab al-Naim sont lentement passées de cabanes en tôle délabrées à de nouvelles maisons. Seules 20 des 150 familles du village vivent encore dans des cabanes, selon les autorités locales.

« Je vote pour Netanyahu parce qu’il a fait en sorte que notre village prospère, » a déclaré un résident de 32 ans, qui a demandé à rester anonyme, assis dans la cour de sa nouvelle maison. « Sans son aide, j’aurais probablement encore gelé la nuit en hiver dans les cabanes. »

Lors des dernières élections nationales en 2015, 77 % des électeurs d’Al-Naim ont voté pour le Likud ; en 2013, ils étaient environ la moitié.

En comparaison, l’écrasante majorité des électeurs bédouins en 2015 ont voté pour la Liste arabe unie, une coalition de quatre partis à majorité arabe ; dans de nombreux villages bédouins, le Likud a obtenu moins de 1 % des voix.

Des cabanes en fer-blanc à Arab al-Naim où vivent encore une vingtaine de familles. (Adam Rasgon/Times of Israel)

Un récent sondage de la Brookings Institution a révélé que seulement 4 % des Arabes israéliens ont l’intention de voter pour le Likud, alors que l’écrasante majorité prévoit de voter pour l’une des deux principales listes électorales arabes, Hadash-Taal et Raam-Balad.

Un large éventail d’habitants d’Arab al-Naim ont déclaré que la loi quasi constitutionnelle et controversée sur l’État-nation, que Netanyahu a fermement soutenue, n’a pas changé leur opinion concernant le Premier ministre.

« La réalité est tout ce qui compte, » a déclaré Nimer Naim, président du conseil local d’Arab al-Naim, lors d’un entretien téléphonique. « Bien que la loi fasse partie d’un jeu politique, elle n’enlève rien à personne. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’une réunion avec des dirigeants arabes israéliens, le 23 mars 2015. (Autorisation)

La loi sur l’État-nation, que la Knesset a adoptée à 62 voix pour et 55 contre le 19 juillet dernier, consacre Israël comme « la patrie nationale du peuple juif, » reconnait les fêtes et les journées de commémoration juives et fait de l’hébreu la seule langue officielle de l’État.

La législation ne fait aucune référence à l’égalité de tous les citoyens israéliens, à l’instar de celle faite dans la Déclaration d’indépendance d’Israël – qui promet que l’État naissant « assurerait l’égalité complète des droits sociaux et politiques à tous ses habitants sans distinction de religion, de race ou de sexe. »

Mashour Naim, 23 ans, un ouvrier d’une usine de plastique voisine, estime que la loi « n’a rien changé. »

« J’étais égal avant et je suis toujours égal, » assurre-t-il depuis le porche de sa maison.

Un panneau à l’entrée d’Arab al-Naim, le 27 mars 2019. (Adam Rasgon/Times of Israel)

De nombreux dirigeants arabes et juifs israéliens ont critiqué la législation, certains allant même jusqu’à la qualifier de « malfaisante » et « raciste. » Des dizaines de milliers d’Israéliens ont également protesté contre elle, dans les semaines ayant suivi sa ratification en juillet et août 2018.

Soutien à Gal Hirsh

Mais tous les résidents d’Arab al-Naim n’ont pas dit qu’ils avaient l’intention de voter pour Netanyahu.

Un résident plus âgé, qui a refusé de se présenter autrement qu’en faisant remarquer qu’il avait servi dans l’armée pendant 19 ans, a déclaré que lui et sa famille immédiate voteront pour le parti Magen du général Gal Hirsh, retraité de Tsahal.

« Hirsh est venu ici il y a trois semaines et nous a dit qu’il se battrait pour nous, » a-t-il dit. « Netanyahu a aidé, mais il n’en a pas fait assez. Il nous faut encore de meilleurs moyens de transport, de meilleures écoles et plus de permis de construire. »

La seule affiche de campagne d’Arab al-Naim, qui se trouve dans la rue de la maison du résident âgé, est une photo du logo de Hirsh et Magen. Aucun sondage majeur n’a montré que Magen obtiendra suffisamment de voix pour dépasser le seuil minimum de 3,25 % des votes pour entrer à la Knesset.

Dix-neuf des 28 résidents d’Arab al-Naim avec lesquels le Times of Israel s’est entretenu mercredi ont déclaré qu’ils avaient l’intention de voter pour le Likud. Trois ont dit qu’ils voteraient pour Magen, et les six autres ont indiqué qu’ils ne participeraient pas aux élections.

Affiche de la campagne du parti Magen dans une rue d’Arab al-Naim, le 27 mars 2019. (Adam Rasgon/Times of Israel)

Yousef Naim, un ouvrier du bâtiment de cinquante-huit ans, était l’un des rares à promettre de ne pas voter le mois prochain.

« Aucun des partis ne me convient parce qu’ils alimentent tous le conflit, » estime-t-il. « J’ai voté pour le Likud la dernière fois, mais je ne peux pas le refaire après le récent commentaire de Netanyahu sur les Juifs et les Arabes. »

Le Premier ministre a déclaré dans une publication sur Instagram en mars qu’Israël n’est « pas un État-nation de tous ses citoyens, » mais « l’État-nation du seul peuple juif. » Il a été largement critiqué pour cette remarque.

Répondre à l’appel

Thabet Abu Rass, qui vient d’une famille bédouine et observe de près la société arabe israélienne depuis des décennies, a déclaré que la principale raison pour laquelle de nombreux habitants d’Arab al-Naim ont soutenu le Likud est l’origine tribale de leur communauté.

« Arab al-Naim est un petit village isolé qui maintient ses coutumes tribales, » a déclaré Abu Rass, codirecteur de The Abraham Initiatives, une organisation non gouvernementale qui encourage la coexistence judéo-arabe, « Cela signifie que leurs chefs peuvent dire aux gens pour qui voter, et qu’ils se conformeront à cet appel. »

Il y a plusieurs villages bédouins dans le nord d’Israël, mais aucun d’entre eux n’a voté pour le Likud en 2015 dans la même mesure qu’Arab al-Naim.

Abou Rass a également affirmé que les dirigeants de villages comme Arab al-Naim déterminent qui ils veulent que les habitants soutiennent sur la base des accords qu’ils concluent avec les responsables politiques qui leur rendent visite.

« Habituellement, un ministre ou un chef de parti vient les voir et leur promet de travailler sur certaines questions, » a-t-il dit. « En retour, les chefs s’engagent à faire voter pour leur parti ; cet arrangement signifie essentiellement que les gens votent en fonction de la meilleure opportunité disponible plutôt que de l’idéologie. »

Thabet Abu Ras, co-directeur exécutif de The Abraham Fund Initiatives. (Autorisation/The Abraham Fund)

Nimer, le chef du conseil local, s’est opposé avec véhémence aux affirmations d’Abu Rass, arguant que tous les résidents votent selon leur propre conscience.

« Tout le monde vote pour qui il veut ici. Personne ne dit à personne comment voter, » a-t-il dit, insistant sur le fait que de nombreux habitants ont soutenu le Likud lors des dernières élections en raison de la « fantastique évolution » que le village a connue sous sa direction.

De retour au centre d’Arab al-Naim, un jeune villageois de 18 ans, qui travaille dans une ferme locale, a tenté d’expliquer pourquoi il soutient Netanyahu.

« Je pense qu’il nous a permis de vivre d’une manière honorable, » a déclaré le résident, s’exprimant sous couvert d’anonymat. « Regardez toutes les maisons qui ont été construites ici ces dernières années. »

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