Netanyahu pense que les élections peuvent sauver sa peau. Qu’il le dise
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Opinion

Netanyahu pense que les élections peuvent sauver sa peau. Qu’il le dise

Il n'y a pas de "crise de la coalition". Il y a plutôt un Premier ministre qui essaie de déterminer quelle est la meilleure façon d'éviter les poursuites judiciaires

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu assiste à une réunion du Cabinet au bureau du Premier ministre à Jérusalem le 11 mars 2018. (Marc Israel Sellem/POOL)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu assiste à une réunion du Cabinet au bureau du Premier ministre à Jérusalem le 11 mars 2018. (Marc Israel Sellem/POOL)

Jour après jour, depuis une semaine, les dirigeants élus d’Israël courent dans tous les sens, plongés dans la crise pour savoir si la Knesset allait se dissoudre un an et demi plus tôt que prévu et soumettre la nation à de nouvelles élections.

Plutôt que de diriger le pays, les hommes et les femmes choisis par l’électorat pour défendre nos intérêts nationaux ont plutôt pris la posture, de manière pontifiante, et se sont positionnés pour s’assurer que, lorsque la musique cessera, ils conserveront les chaises confortables qu’ils ont à la Knesset.

En fonction de leur évaluation personnelle de ce que leurs électeurs attendent d’eux, nos politiciens ont présenté cette crise comme s’articulant autour de tout, depuis le nombre d’hommes ultra-orthodoxes qui font le service militaire jusqu’à l’avenir de la démocratie israélienne.

En fait, il s’agit d’une crise provoquée et contrôlée, qui sera finalement résolue par un homme et un seul : Benjamin Netanyahu. Et cela ne tient qu’à une seule préoccupation : ses efforts désespérés pour renforcer sa position politique avant d’être éventuellement inculpé de corruption dans une ou plusieurs enquêtes dans lesquelles il est suspecté.

S’intéressant évidemment à sauver sa peau – et largement soutenu par un Israël où de nombreux électeurs estiment que sauver sa peau en politique constitue vraiment une priorité nationale majeure – Netanyahu est parvenu à la conclusion que le procureur général pourrait être moins enclin à poursuivre un Premier ministre venant de recevoir un nouveau mandat de la part des électeurs. Et même si une nouvelle victoire électorale ne suffisait pas à dissuader le procureur général de le poursuivre en justice, M. Netanyahu explique que ses collègues de la coalition seraient moins enclins à le forcer à démissionner si lui et ses collègues venaient d’être réélus. Nouvellement élu, il se battrait au moins en position de force.

C’est de cela, et de cela seulement, dont il est question dans la « crise de la coalition ».

En lançant la semaine dernière la crise presque inopinément, Netanyahu s’est appuyé sur les exigences de ses partenaires ultra-orthodoxe de la coalition pour obtenir une nouvelle loi qui protégerait indûment leur électorat de façon encore plus hermétique contre les obligations du service militaire national. Il a ensuite menacé de déclencher des élections à moins que tous les partenaires de la coalition ne promettent de le soutenir jusqu’à ce que le mandat de la Knesset arrive à son terme à la fin de 2019. Autrement dit, de façon implicite, il a demandé à ses alliés peu fiables actuels de promettre à l’avance qu’ils ne l’abandonneront pas, même s’il est inculpé et qu’il subit des pressions croissantes de la part de l’opposition, des médias et des autorités policières pour obtenir sa démission.

Le ministre des Finances, Moshe Kahlon, lors d’une conférence de presse au ministère des Finances à Jérusalem, le 8 janvier 2018. (Hadas Parush/Flash90)

Avec Netanyahu en avance de trois coups sur ses alliés/rivaux sur l’échiquier politique, la crise a provoqué jusqu’à présent de nombreux débats internes dans les coulisses étranges du pouvoir ultra-orthodoxe, avec des sages âgés qui communiquent via des fax.

Le ministre des Finances Moshe Kahlon – peut-être la seule figure politique israélienne parmi les personnalités réelles ou supposées qui ne veulent pas devenir Premier ministre – menace de démissionner si son budget n’est pas adopté dans les prochains jours. (Il a été approuvé par la commission des Finances)

Le ministre de la Défense Avigdor Liberman – conscient que sa base électorale naturelle s’évapore à mesure que les immigrants russes se transforment en anciens combattants israéliens – s’oppose à l’avant-projet de loi pour tenter de présenter une preuve politique crédible auprès des éventuels électeurs.

Naftali Bennett, le chef du parti HaBayit HaYehudi, a critiqué Netanyahu, a juré de le soutenir, puis l’a critiqué à nouveau, alors qu’il essayait de déterminer si nous nous dirigions vraiment vers les urnes.
(En 2015, Netanyahu a trahi HaBayit HaYehudi dans les jours qui ont précédé les élections en effrayant les électeurs de la droite religieuse pour qu’ils abandonnent Bennett et votent pour le Likud avec la menace qu’ils risqueraient sinon de se retrouver avec Isaac Herzog du Parti travailliste au cabinet du Premier ministre. Lundi, Bennett a qualifié Netanyahu de « faux dirigeant », pas moins.)

On a pu observer des repérages sans fin, des retours en arrière, des calculs et des recalculs de la part de Netanyahu lui-même, car il compte les voix de la Knesset pour déterminer s’il peut élaborer le scénario précis qu’il recherche – des élections le plus rapidement possible (probablement le 26 juin), plutôt qu’une campagne plus longue qui pourrait donner au procureur général plus de temps pour boucler les enquêtes et l’inculper, et donner à ses rivaux politiques plus de temps pour tenter de le battre aux élections. (Il pourrait même être tenté, une fois réélu, d’essayer de faire adopter en urgence une loi, surnommée « la loi française », en vertu de laquelle le dirigeant national ne peut être poursuivi pendant son mandat. Les présidents français, on peut le constater dans ce contexte, sont limités à deux mandats de cinq ans).

Il y a quelques jours, Netanyahu était très enthousiaste – et la rumeur disait qu’Israël avait besoin de nouvelles élections parce qu’il ne pouvait pas diriger un gouvernement qui était sans cesse vulnérable face au chantage politique des petits partis.

Dimanche, il n’était pas sûr de maitriser la situation – il craignait que les membres de la Knesset ne conspirent contre lui pour organiser des élections uniquement vers la fin de l’année 2018 – et il parlait de la nécessité impérieuse de maintenir cette coalition au pouvoir pour poursuivre son important travail en faveur de tous les Israéliens.

A la Knesset, lundi, il a ostensiblement imploré ses collègues de ne pas faire tomber le gouvernement en leur disant « il est tard, mais pas trop tard » pour éviter les élections. « Nous devons agir de façon responsable… Nous devons continuer ensemble ». Mais ça n’a pas semblé très convaincant, venant de l’homme qui avait déclenché la crise, et qui a promis dans la même phrase : « S’il y a des élections… nous les remporterons. »

Il n’y a rien de surprenant à ce qu’un politicien essaie de sauver sa peau. Pour un Premier ministre qui est convaincu qu’il n’a pas de rival à l’horizon en matière de défense des intérêts nationaux d’Israël et qui insiste sur le fait que toutes ces enquêtes font partie d’un complot méprisable d’une alliance improbable de détracteurs comprenant la presse, la gauche, la police et les procureurs de l’État, rien ne saurait être plus naturel que d’essayer d’utiliser le système politique pour conserver le pouvoir.

Les Israéliens continuent de dire aux sondeurs qu’ils ne veulent pas d’élections, et c’est pourquoi, lundi, à la Knesset, Netanyahu s’est donné beaucoup de mal pour reprocher aux autres de forcer la tenue des élections auxquelles il aspire. Mais les Israéliens disent aussi clairement que Netanyahu est de loin leur préférence pour le poste de Premier ministre – à 36 % selon un sondage de Hadashot lundi soir, avec Yair Lapid en deuxième position à 12 %.

Ces derniers mois, l’approche de Netanyahu consistant à dire « je suis la victime » a vu son parti le Likud gagner du terrain dans les sondages d’opinion. Le sondage de Hadashot de lundi a donné au Likud 30 sièges – exactement le nombre de sièges qu’il a remportés en 2015 et sa meilleure performance dans les sondages d’opinion depuis lors – confortablement placé pour former une nouvelle coalition. (Il a également montré que le parti Yisrael Beytenu de Liberman et les ultra-orthodoxes de Shas risquent de disparaître complètement).

Le simple fait de dire directement aux Israéliens qu’il envisage de recourir à des élections anticipées pour renforcer davantage sa position – en gros, un référendum électoral sur son aptitude à remplir ses fonctions – aiderait probablement Netanyahu encore plus. Après tout, c’est précisément ce que les électeurs veulent qu’il fasse.

Ne serait-il pas agréable qu’il vienne et le dise : « Chers compatriotes, j’essaie de trouver les angles qui me donneront la meilleure chance d’écarter tous mes ennemis – de conserver le pouvoir, d’éviter les poursuites et de ne pas aller en prison.

Une chose est sûre : c’est une insulte faite aux électeurs que de faire passer cette « crise de la coalition » pour ce qu’elle n’est pas.

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