Netanyahu pris au dépourvu par la comparaison de Liberman entre l’accord iranien et Munich
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Netanyahu pris au dépourvu par la comparaison de Liberman entre l’accord iranien et Munich

Le bureau du Premier ministre a souligné les relations vitales avec les Etats-Unis et appelé Shapiro après la comparaison de la Défense entre l’accord nucléaire et l’accord de 1938 avec les nazis

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le chef du parti Yisrael Beytenu Avigdor Liberman après la signature de l'accord de coalition, à la Knesset, le mercredi 25 mai 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le chef du parti Yisrael Beytenu Avigdor Liberman après la signature de l'accord de coalition, à la Knesset, le mercredi 25 mai 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu n’avait pas été informé du contenu d’un communiqué publié vendredi par le ministère de la Défense, qui a comparé l’accord nucléaire iranien, signé il y a un an et soutenu par les Etats-Unis, aux accords de Munich de 1938. Son bureau a dû appeler l’ambassadeur américain aux Etats-Unis Dan Shapiro vendredi pour essayer d’apaiser une guerre de formules avec Washington au sujet de l’accord, ont déclaré samedi des sources du bureau du Premier ministre.

Les médias israéliens ont annoncé samedi qu’il n’avait pas été précisé qui avait rédigé le communiqué incendiaire du ministère de la Défense, mais qu’il avait été approuvé par le ministre, Avigdor Liberman, et publié par le ministère, plutôt que par le ministre, parce qu’il répondait à une affirmation de jeudi du président américain Barack Obama, qui avait déclaré que les responsables militaires israéliens soutenaient à présent l’accord iranien.

En plus de l’appel du bureau du Premier ministre à Shapiro, Netanyahu a rapidement publié un communiqué vendredi dans lequel le Premier ministre déclarait que, même si la position d’Israël sur l’accord iranien n’avait pas changé, il soulignait l’importance pour Israël de sa relation vitale avec les Etats-Unis.

La querelle sur l’accord de 2015, et la comparaison cinglante du ministère de la Défense avec les accords de Munich, a éclaté alors que le chef d’Etat-major Gadi Eizenkot est aux Etats-Unis, ainsi qu’un responsable israélien important pour finaliser un accord sur une aide militaire américaine sur 10 ans cruciale pour Israël.

Le Premier ministre Netanyahu, son épouse Sara, l'ambassadeur des Etats-Unis en Israël Dan Shapiro et son épouse Julie Fisher, pendant une cérémonie célébrant l'Indépendance des Etats-Unis, le 30 juin 2016. (Crédit : GPO/Amos Ben Gershom)
Le Premier ministre Netanyahu, son épouse Sara, l’ambassadeur des Etats-Unis en Israël Dan Shapiro et son épouse Julie Fisher, pendant une cérémonie célébrant l’Indépendance des Etats-Unis, le 30 juin 2016. (Crédit : GPO/Amos Ben Gershom)

Samedi, des politiciens de l’opposition ont fustigé les remarques du ministère de la Défense. La présidente du Meretz, Zehava Gal-on, a accusé Liberman d’être « résolu à détruire » les relations entre Israël et les Etats-Unis.

Obama a soutenu jeudi devant la presse que l’accord conclu avec l’Iran « marche exactement comme nous l’avions dit » et qu’aucun des scénarios « d’horreur » auxquels il avait donné lieu ne s’était réalisé.

« Et ce n’est pas seulement l’évaluation de nos services de renseignement, c’est aussi celle des communautés militaire et du renseignement en Israël, le pays qui était le plus opposé à cet accord et qui reconnaît que cela a changé la donne et que l’Iran a respecté l’accord », a dit Obama.

Dans le communiqué publié vendredi par son bureau en réponse à cette déclaration, Netanyahu a souligné que, au contraire, la position d’Israël sur l’accord nucléaire iranien « reste inchangée », mais a également noté qu’Israël « n’a pas de meilleur allié que les Etats-Unis. »

Le président américain Barack Obama s'adresse à la presse à Arlington, en Virginie, le 4 août 2016. (Crédit : AFP/Getty Images/Mark Wilson)
Le président américain Barack Obama s’adresse à la presse à Arlington, en Virginie, le 4 août 2016. (Crédit : AFP/Getty Images/Mark Wilson)

Ce qui compte à présent le plus, a continué Netanyahu, est d’assurer que partisans et détracteurs de l’accord travaillent ensemble à la réalisation de trois objectifs : « garder l’alerte sur l’Iran pour s’assurer qu’il ne viole pas l’accord ; affronter les agressions régionales de l’Iran ; et démanteler le réseau de terrorisme mondial de l’Iran. »

Netanyahu a déclaré qu’il « attendait avec impatience de traduire ces objectifs dans une politique commune, et de renforcer encore l’alliance entre Israël et les Etats-Unis, avec le président Obama, et avec la prochaine administration américaine. »

Le ministère de la Défense a utilisé vendredi une formulation très marquante pour contredire Obama.

« L’establishment militaire israélien pense que les accords n’ont de valeur que s’ils sont fondés sur une réalité existante, mais ils n’ont pas de valeur si les faits sur le terrain sont à l’exact opposé de ceux sur lesquels l’accord est basé », a déclaré le ministère dans son communiqué.

Quand l’accord a été signé l’été dernier entre l’Iran et les puissances mondiales, le président du parti Yisrael Beytenu et actuel ministre de la Défense, Liberman, l’avait comparé aux accords de 1938 de Munich, parlant d’une « capitulation totale face à la violence et au terrorisme effrénés sur la scène internationale. »

Le ministère de la Défense a utilisé des termes similaires pour rejeter vendredi l’affirmation d’Obama.

« Les accords de Munich n’ont pas empêché la Deuxième Guerre mondiale et la Shoah car il reposait sur l’hypothèse selon laquelle l’Allemagne nazie pouvait être un partenaire d’un accord, et parce que les dirigeants du monde ont alors ignoré les déclarations explicites d’Hitler et des autres dirigeants de l’Allemagne nazie », a répliqué le ministère israélien.

« L’Iran proclame explicitement et fièrement que son objectif est la destruction de l’Etat d’Israël, a poursuivi le ministère. Les services de sécurité de même que le peuple d’Israël […] comprennent que de tels accords ne sont pas utiles et nuisent à la lutte […] contre des États terroristes tels que l’Iran », selon le communiqué.

Certaines figures haut placées actuellement ou dans le passé au sein de la défense israélienne se sont exprimés avec précaution en faveur de l’accord nucléaire. Le chef d’Etat-major Eizenkot a déclaré prudemment en janvier qu’il pouvait présenter des « opportunités » dans le futur mais avait également exprimé ses préoccupations sur les « défis » qu’il posait.

Les députés de la coalition gouvernementale ont cependant continué à critiquer l’accord, citant la poursuite des tests de missiles balistiques interdits dans le cadre d’un accord de l’ONU, et soulignant la rhétorique anti-Israël incessante de Téhéran, ainsi que son soutien aux groupes terroristes.

Un ministre proche de Netanyahu a également directement contredit l’affirmation d’Obama. « Je ne sais pas à quels Israéliens il a parlé récemment. Mais je peux vous promettre que la position du Premier ministre, du ministre de la défense et de la plupart des responsables militaires n’a pas changé », a déclaré vendredi Tzahi Hanegbi au Times of Israël.

« C’est le contraire. Le temps qui s’est passé depuis la signature de l’accord a prouvé que toutes nos inquiétudes étaient malheureusement justifiées », a déclaré Hanegbi, ministre détaché au bureau du Premier ministre et qui présidait jusqu’à récemment la puissante commission de la Défense et des Affaires étrangères.

Netanyahu critique toujours ouvertement l’accord, qui selon lui ouvre la voie à un arsenal nucléaire pour l’Iran.

L’accord nucléaire « lève les restrictions sur le programme nucléaire iranien sur la base de certaines dates, plutôt que sur des changements du comportement agressif de l’Iran, comme son soutien au terrorisme mondial », a déclaré un responsable israélien au Times of Israël il y a deux semaines. « L’accord ne résout par le problème nucléaire iranien, mais le reporte et l’intensifie. »

L’accord, dont la mise en place officielle a commencé en janvier, expirera dans 15 ans.

Obama a également déclaré jeudi que ceux qui avaient le plus critiqué l’accord devraient s’excuser et admettre qu’ils avaient eu tort.

« Ce qui m’intéresse, s’il y a de nouvelles informations, pourquoi certaines des personnes qui avaient prédit un désastre ne s’expriment-elles pas pour dire que ‘cela fonctionne en fait’. Ça, ce serait une surprise », a-t-il déclaré.

« Ce serait impressionnant. Si certaines de ces personnes, qui disaient que le ciel allait s’écrouler, disaient soudainement, ‘vous savez quoi ? Nous avions tort et nous sommes ravis que l’Iran n’ait plus la capacité de développer à court terme une arme nucléaire.’ Mais cela ne va pas se produire. »

L’AFP a contribué à cet article.

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