Netanyahu : « Quand Israël a gelé les implantations, il n’a pas obtenu la paix »
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Netanyahu : « Quand Israël a gelé les implantations, il n’a pas obtenu la paix »

Le Quartette sur le Proche-Orient a exhorté vendredi Israël et les Palestiniens à renoncer respectivement à la "colonisation" et au terrorisme

Benjamin Netanyahu reçoit le Premier ministre de Singapour, le 19 avril 2016 (Crédit : YouTube/Times of Israel)
Benjamin Netanyahu reçoit le Premier ministre de Singapour, le 19 avril 2016 (Crédit : YouTube/Times of Israel)

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a rejeté vendredi un appel du Quartet pour le Proche-Orient à cesser la ‘colonisation’ des Territoires palestiniens, estimant que l’idée qu’elle sape la paix est un « mythe ».

Le rapport des Etats-Unis, de l’Union européenne, de la Russie et des Nations unies « perpétue le mythe que les constructions israéliennes en Cisjordanie sont un obstacle à la paix. Quand Israël a gelé les implantations, il n’a pas obtenu la paix », a déclaré M. Netanyahu dans un communiqué.

Les implantations israéliennes et le terrorisme palestinien « sapent la viabilité de la solution à deux Etats », c’est-à-dire Israël et un Etat palestinien coexistant pacifiquement, estiment dans un rapport très attendu les Etats-Unis, la Russie, l’Union européenne et l’ONU, qui composent le Quartet.

« Cela soulève des questions légitimes sur les intentions à long terme d’Israël, qui sont exacerbées par les déclarations de certains ministres israéliens disant qu’il ne devrait jamais y avoir d’Etat palestinien », poursuit le rapport.

Fruit d’un consensus après plusieurs mois de préparation où chaque mot a été pesé, ce document de huit pages a pour objectif de relancer le processus de paix, dans l’impasse depuis avril 2014.

Mais un haut responsable palestinien a aussitôt déploré que le rapport ne critique pas davantage Israël et a demandé une réunion de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) dimanche pour discuter des suites à lui donner.

Le rapport « ne répond pas à nos attentes en tant que pays vivant sous une occupation militaire coloniale étrangère », a estimé le responsable palestinien Saëb Erakat, numéro deux de l’OLP. Le rapport « tente de mettre sur le même plan (…) un peuple sous occupation et un occupant militaire étranger », a-t-il dénoncé.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a lui aussi rejeté le rapport, estimant qu’il « perpétue le mythe que les constructions israéliennes en Cisjordanie sont un obstacle à la paix ».

« Quand Israël a gelé la colonisation, il n’a pas obtenu la paix », a-t-il fait valoir dans un communiqué.

Le porte-parole de l’ONU Stéphane Dujarric a concédé que « personne ne s’attendait à ce que le rapport soit accueilli par des banderoles et des défilés » mais il a invité les deux parties à sauver le processus de paix.

Conférence internationale

Des violences secouent depuis début octobre les Territoires palestiniens, Israël et Jérusalem. Elles ont coûté la vie depuis octobre à 214 Palestiniens, 34 Israéliens, deux Américains, un Erythréen et un Soudanais, selon un décompte de l’AFP.

Face à un regain d’attaques depuis jeudi, notamment la mort d’une adolescente israélo-américaine poignardée dans sa chambre, le gouvernement israélien a annoncé des mesures de rétorsion vendredi, dont le bouclage de Hébron.

Parmi les facteurs « minant sérieusement les espoirs de paix », le Quartet cite « la violence continue, les attaques terroristes [palestiniennes] contre les civils et l’incitation à la violence ».

L’Autorité palestinienne devrait « prendre toutes les mesures nécessaires possibles pour faire cesser l’incitation à la violence et renforcer les efforts actuels pour combattre le terrorisme », y compris condamner « clairement » les attaques terroristes, écrit le Quartet.

Parmi ses dix recommandations, le Quartet demande à Israël de lever le blocus de Gaza et appelle à la restauration du contrôle de l’Autorité palestinienne sur Gaza, aux mains du Hamas.

« L’armement illégal et les activités militantes [dont des actes terroristes], l’absence persistante d’unité palestinienne et la situation humanitaire extrême à Gaza nourrissent l’instabilité », estime le rapport.

« Le Quartet réitère qu’une solution négociée à deux Etats est la seule façon de parvenir à une paix durable », martèle le rapport.

Un haut responsable palestinien, Saëb Erekat, a regretté que le rapport critique les deux parties : « Cela ne répond pas aux attentes de notre nation qui vit sous une occupation militaire et coloniale ».

Quelque 570 000 résidents juifs vivent actuellement en Cisjordanie et à Jérusalem-Est –dont les Palestiniens espèrent faire la capitale d’un futur Etat. Les Nations unies ont déclaré les implantations illégales.

A Washington, un responsable du département d’Etat a mis en garde contre les chances d’une paix durable qui s’amenuisent si les dirigeants israélo-palestiniens « continuent comme ils le font actuellement ».

« Sans changements importants, une solution à un seul Etat risque de devenir une réalité et cela ne bénéficiera à aucune des deux parties », a-t-il dit.

Jean-Marc Ayrault, le ministre français des Affaires étrangères et du développement international, parle aux journalistes avant qu'il ne prenne la présidence du Conseil de sécurité des Nations unies à New York le 10 Juin, 2016. (Crédit : AFP / KENA BETANCUR)
Jean-Marc Ayrault, le ministre français des Affaires étrangères et du développement international, parle aux journalistes avant qu’il ne prenne la présidence du Conseil de sécurité des Nations unies à New York le 10 Juin, 2016. (Crédit : AFP / KENA BETANCUR)

La France « partage les conclusions » du Quartet, a déclaré le ministre français des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault, qui s’est dit « conforté » par les conclusions du rapport pour organiser une grande conférence internationale destinée à relancer le processus de paix d’ici la fin de l’année.

Selon l’ambassadeur français à l’ONU, François Delattre, les 15 pays membres du Conseil de sécurité ont exprimé jeudi un « fort soutien » à cette proposition.

Une trentaine de ministres et représentants de pays arabes et occidentaux, de l’ONU et de l’UE ont pris part au lancement de cette initiative lors d’une rencontre à Paris le 3 juin. Mais ni Israël, qui rejette avec force ce projet, ni les Palestiniens, n’avaient été conviés.

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