Netanyahu quitte une rencontre avec les dirigeants druzes
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Netanyahu quitte une rencontre avec les dirigeants druzes

Le Premier ministre a été indigné par un post Facebook dans lequel Amal Asad avait dit qu'Israël allait droit vers "l'apartheid"

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, au centre, rencontre Sheikh Muafak Tariff,  leader spirituel de la communauté druze d'Israël, le ministre des communications  Ayoub Kara, à gauche, et d'autres leaders druzes à son bureau de Jérusalem pour évoquer la loi sur l'Etat-nation, le 27 juillet 2018 (Crédit : Kobi Gideon/GPO/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, au centre, rencontre Sheikh Muafak Tariff, leader spirituel de la communauté druze d'Israël, le ministre des communications Ayoub Kara, à gauche, et d'autres leaders druzes à son bureau de Jérusalem pour évoquer la loi sur l'Etat-nation, le 27 juillet 2018 (Crédit : Kobi Gideon/GPO/Flash90)

C’est en colère que le Premier ministre Benjamin Netanyahu a quitté une rencontre organisée avec les leaders druzes, jeudi soir, lorsqu’un éminent activiste de cette communauté et ancien général de brigade de l’armée israélienne a critiqué avec fureur la loi sur l’Etat-nation controversée qui a été adoptée le mois dernier.

Cette rencontre tendue, qui a inclus les ministres Yariv Levin et Ayoub Kara, a eu lieu deux jours avant un mouvement de protestation massif à Tel Aviv organisé par des militants druzes et des adversaires de la loi sur l’Etat-nation sous sa formulation actuelle.

Lors de la rencontre, qui a eu lieu au siège de l’armée israélienne à Tel Aviv, le général de brigade réserviste Amal Asad a déclaré à Netanyahu que les Druzes n’étaient pas intéressés par un nouvel ensemble d’avantages mais qu’ils voulaient tout simplement avoir le sentiment d’appartenir à la nation.

Netanyahu s’est alors levé, insistant sur le fait qu’il ne tolérerait pas le manque de respect envers un Premier ministre ou envers l’Etat, et il a suggéré que la réunion continue dans son bureau en présence d’un panel de participants moins important, parmi lesquels le chef spirituel druze, Sheikh Muafak Tarif, et les maires des villes druzes mais sans Asad et les anciens autres hauts-gradés de l’armée qui mènent la campagne contre la législation.

Le général de brigade réserviste Amal Asad à Tel Aviv le 2 août 2018 (Capture d’écran : Hadashot TV)

Selon Asad, qui s’est entretenu avec la chaîne de télévision Hadashot après la réunion, Tarif a refusé d’assister à une plus petite réunion et Netanyahu a donc quitté les lieux.

Les leaders druzes sont alors partis du complexe de la Kirya et ils se sont rendus place Rabin à Tel Aviv, où les préparations pour les manifestations de samedi soir ont déjà commencé.

Netanyahu aurait apparemment été en colère suite à un post récent écrit par Asad sur Facebook dans lequel il aurait accusé le Premier ministre de faire emprunter à Israël une trajectoire menant à un « état d’apartheid », et où il avait qualifié la loi de « mauvaise et raciste ».

Des informations initiales transmises par le bureau du Premier ministre ont indiqué qu’Asad avait répété cette accusation d’apartheid pendant la rencontre avec Netanyahu, ce qui aurait entraîné son départ. Ces faits ont ultérieurement été démentis par Asad.

« Le mot ‘apartheid’ n’a pas été utilisé durant l’entretien avec le Premier ministre, pas du tout », a-t-il expliqué sur un post Facebook. « La solution à la crise est entre les mains du Premier ministre et j’ai confiance dans le fait qu’il peut la résoudre s’il le veut ».

Asad, ancien commandant d’infanterie et vétéran de multiples guerres, qui a également perdu son frère lors de combats dans la bande de Gaza, a dans le passé exprimé son soutien au parti du Likud. Il s’est montré actif dans des initiatives de commémoration des sacrifices consentis par les soldats druzes au sein de l’armée israélienne.

Le chef de Yesh Atid, Yair Lapid, a accusé jeudi dans un tweet Netanyahu d’avoir « une fois encore montré que ce qu’il veut n’est pas une loi sur l’Etat-nation mais une lutte autour de la loi de l’Etat-nation », le tout en faveur d’un gain politique limité.

Sheikh Muafak Tarif, chef spirituel de la communauté druze israélienne, lors d’une conférence du mouvement sioniste druze à Herzliya, le 16 juillet 2018 (Crédit : Flash90)

La réunion entre les responsables druzes et le Premier ministre a suivi deux semaines de colère et de protestations au sein de cette communauté après le refus de la Knesset d’inclure toute mention d’égalité avec les minorités dans la loi sur l’Etat-nation, qui tente d’ancrer le caractère d’Israël en tant qu’Etat juif.

Alors que Netanyahu a rencontré les leaders druzes, le parrain d’origine du texte, le parlementaire Avi Dichter, issu du Likud, a fait face à la rage de la communauté lors d’une cérémonie organisée en hommage aux vétérans druzes dans un établissement de la ville de Carmiel, au nord du pays.

« Toi le chien, toi le raciste », avait crié un homme à Dichter, faisant irruption sur la scène de l’auditorium. L’homme avait été ultérieurement identifié sous le nom d’Amir Khnifess, chef du tout nouveau forum contre la loi sur l’Etat-nation.

Des militants et des soutiens de la communauté druze israélienne sous un chapiteau de protestation contre la loi sur l’Etat juif adoptée à la Knesset au mois de juillet 2018 à Tel Aviv, le 1er août 2018 (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Les gardiens de Dichter avaient tenté d’intervenir mais le député, ancien chef des services de sécurité du Shin Bet, les avait repoussés.

« Regarde ces gamins », avait ajouté Khnifess en prenant le législateur à parti, désignant du doigt les jeunes vétérans. « Tu devrais avoir honte ».

Khnifess aurait alors qualifié Dichter de « nazi », amenant le député à répondre à voix forte : « On ne peut pas m’appeler un nazi. J’ai perdu de la famille à cause des nazis, quand ils ont tué la famille de ma mère. Je m’appelle Avraham Moshe en raison de mon grand-père, qui a été assassiné par les nazis ».

Cet épisode avait eu lieu lors d’une cérémonie de remise de bourse à 80 vétérans druzes de l’armée israélienne issus de l’association internationale des chrétiens et des juifs, au collège technique Ort Braude de Carmiel. Ces bourses universitaires portent le nom de feu Salim Shufi, un druze qui appartenait à l’unité de commando Sayeret Matkal.

Khnifess a été placé en détention par la police après l’incident.

Dans un communiqué émis avant la cérémonie de Carmiel, l’association avait fait savoir que la rencontre entre Dichter et les vétérans juifs serait « l’opportunité d’un dialogue ouvert et honnête avec les jeunes issus de la communauté druze sur la loi sur l’Etat-nation et la controverse qu’elle a entraîné ».

Netanyahu a tenté d’apaiser la colère des druzes par des mesures avantageuses.

Un plan de concession prévoit une nouvelle législation qui ancrerait le statut des communautés druzes et circassiennes dans la loi et offrirait des avantages aux membres des groupes minoritaires qui servent dans les forces de sécurité, a fait savoir le bureau du Premier ministre mercredi dans un communiqué. Le soutien aux instituts religieux, culturels et d’enseignement druzes serait également inclus dans le texte.

De plus la reconnaissance de la contribution apportée par toutes les minorités et communautés qui participent dans la défense de l’Etat serait inscrite dans les lois fondamentales du pays qui, semblables à une constitution, fondent le système juridique israélien et sont plus difficiles à abroger que les lois ordinaires.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu rencontre des représentants de la communauté druze à son bureau de Jérusalem, le 1er août 2018 (Crédit : Bureau du Premier ministre)

Contrairement aux Arabes israéliens, les membres des communautés druze et circassienne doivent effectuer le service militaire obligatoire au sein de l’Etat juif et ils sont nombreux à servir auprès des soldats juifs dans certaines des unités d’élite du pays.

Depuis le début de la semaine, plusieurs officiers druzes ont annoncé qu’ils démissionneraient pour manifester leur désaccord avec la législation, qui a été adoptée en tant que loi fondamentale le 19 juillet.

La législation sur l’Etat nation – qui pour la première fois ancre Israël en tant que « foyer national du peuple juif » et qui précise que « le droit à l’exercice de l’autodétermination au sein de l’Etat d’Israël revient au peuple juif » – a entraîné de vives critiques dans le pays, notamment de la part des minorités et des partis d’opposition, et de la communauté internationale, y compris les groupes juifs à l’étranger. Elle stipule également une régression du statut de l’arabe qui n’est plus une langue officielle.

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