Nikos Michaloliakos, le petit « Führer » du parti néonazi Aube dorée
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Nikos Michaloliakos, le petit « Führer » du parti néonazi Aube dorée

Nikos Michaloliakos était absent de la cour pénale d'Athènes au moment du verdict qui l'a reconnu coupable mercredi de "direction d'organisation criminelle"

Nikos Michaloliakos, président du parti grec d'extrême-droite Aube dorée, à Athènes, le 3 février 2018. (Crédit : AP Photo/Yorgos Karahalis)
Nikos Michaloliakos, président du parti grec d'extrême-droite Aube dorée, à Athènes, le 3 février 2018. (Crédit : AP Photo/Yorgos Karahalis)

Le chef d’Aube dorée, Nikos Michaloliakos, reconnu coupable mercredi d’avoir constitué et dirigé une « organisation criminelle », est aux commandes du parti néonazi grec depuis sa création il y a 40 ans, dans le sillage de la dictature des colonels, dont il fut un disciple.

Qualifié de « Führer » du parti dans l’acte de renvoi des juges d’instruction, ce petit homme replet de 62 ans, au tempérament colérique et à la voix fluette, a jeté les bases de sa formation en 1980 en lançant une revue « national-socialiste » baptisée « Aube dorée » (Chryssi Avghi).

Le groupuscule formé autour de cette publication a longtemps agi dans la semi-clandestinité, cultivant un discours xénophobe et antisémite, glorifiant Adolf Hitler comme « le visionnaire de la nouvelle Europe ».

Dans les années 90, une première vague d’immigration en Grèce, liée à la dislocation de l’Union Soviétique, fait sortir Aube dorée de l’ombre sans que le parti obtienne toutefois plus d’1 % des voix aux élections.

C’est le début, en 2008, d’une décennie de crise économique et sociale qui sert de tremplin au parti de Michaloliakos.

Il accède au conseil municipal d’Athènes en 2010 et s’y distingue en faisant un salut nazi en janvier 2011. En mai 2012, en pleine campagne électorale, il déclare sur une chaîne de télévision grecque « qu’il n’y a pas eu de fours crématoires. C’est un mensonge. Et il n’y a pas eu de chambres à gaz ».

Le « méandre », le logo d’Aube dorée, rappelle furieusement une croix gammée, même si Michaloliakos refuse le qualificatif de néonazi, qualifiant son parti de « grec nationaliste ».

« La Grèce disparaît, les migrants clandestins sont des millions et parmi eux se trouvent des criminels qui assassinent des personnes âgés dans les villages », éructait-il lors de la campagne des législatives de 2012 sur fond de chants martiaux et du cri de ralliement du parti : « Sang, honneur, Aube dorée. »

L’ancien député et chef du parti Aube dorée, Nikolaos Michaloliakos, témoigne devant un tribunal d’appel, le 6 novembre 2019, dans le cadre d’un procès phare sur un homicide ayant impliqué Aube dorée. (Aris MESSINIS / AFP)

« Führerprinzip »

Le discours trouve un écho dans un pays à la classe politique traditionnelle totalement discréditée : Aube dorée gagne près de 7 % des voix aux élections de 2012 et Michaloliakos entre au parlement avec 17 autres députés Aube dorée, sur un total de 300, dont sa femme Eleni Zaroulia, qui a été jugée à ses côtés pendant cinq ans et demi de procès.

Leur fille unique, Ourania, également très engagée dans les activités d’Aube dorée, n’était pas poursuivie mais son époux figurait aussi parmi les 68 accusés du procès fleuve.

Né à Athènes il y a 62 ans et mathématicien de formation, Nikos Michaloliakos s’est engagé dès l’âge de 16 ans dans les rangs de l’extrême droite grecque avant d’être arrêté pour détention et utilisation d’explosifs.

Deux peines de prison en 1976 et 1978, pour des actes de violence, lui ont valu d’être radié de l’armée où il suivait une formation.

C’est en détention, au contact du colonel Georges Papadopoulos, l’un des membres de la junte militaire au pouvoir en Grèce de 1967 à 1974, qu’a été formé le jeune militant. Papadopoulos lui confiera la section de jeunesse du parti d’extrême droite EPEN, qu’il quittera par la suite.

Organisé selon la règle du « pouvoir du dirigeant » (« Führerprinzip »), Aube dorée a commencé à agir en organisation criminelle « surtout après 2008 », multipliant alors les agressions, selon le réquisitoire du parquet.

Reconnu coupable de « direction d’organisation criminelle », Nikos Michaloliakos était absent mercredi à l’énoncé du verdict de la cour pénale d’Athènes. Depuis avril 2015, il a été jugé libre après 18 mois en détention provisoire, le maximum légal. Il ne siège plus au parlement grec depuis les élections législatives de 2019, où son parti a été décimé dans les urnes.

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