Nucléaire iranien : volte-face européenne à l’AIEA, place à la diplomatie
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Nucléaire iranien : volte-face européenne à l’AIEA, place à la diplomatie

Le président Hassan Rouhani aurait donné l'ordre de suspendre la production d'uranium métal dans l'usine d'Ispahan

À gauche, le Premier ministre britannique Boris Johnson, la chancelière allemande Angela Merkel, le président français Emmanuel Macron, le Premier ministre italien Giuseppe Conte et le président du Conseil européen Donald Tusk posent lors d'une réunion de coordination du G7 à l'hôtel du Palais à Biarritz, dans le sud-ouest de la France, le samedi 24 août 2019. (Crédit : AP / Markus Schreiber, Pool)
À gauche, le Premier ministre britannique Boris Johnson, la chancelière allemande Angela Merkel, le président français Emmanuel Macron, le Premier ministre italien Giuseppe Conte et le président du Conseil européen Donald Tusk posent lors d'une réunion de coordination du G7 à l'hôtel du Palais à Biarritz, dans le sud-ouest de la France, le samedi 24 août 2019. (Crédit : AP / Markus Schreiber, Pool)

Les Européens ont finalement renoncé à leur résolution contre l’Iran à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) pour tenter de ramener Téhéran à la table des négociations avec les Etats-Unis, une avancée saluée jeudi par la République islamique.

Appuyé par Washington, ce texte de l’Allemagne, de la France et de la Grande-Bretagne (E3) condamnait la décision de Téhéran de suspendre certaines inspections de son programme nucléaire.

« Malgré un soutien important » au sein du Conseil des gouverneurs, « nous avons décidé de ne pas présenter la résolution », a indiqué le ministère allemand des Affaires étrangères, confirmant des informations de sources diplomatiques. « L’Iran doit maintenant prouver qu’il est sérieux dans sa volonté de relancer pleinement » l’accord nucléaire de 2015, paraphé aussi par la Chine et la Russie.

Il s’agit d’une « mise sur pause », explique-t-on du côté français, en raison de « signaux encourageants » de la part des Iraniens.

Ceux-ci « n’auraient pas été obtenus si la menace n’avait pas été maintenue jusqu’au bout », assure cette source, soulignant que l’E3 se réserve la possibilité de « demander une réunion extraordinaire des gouverneurs » si les avancées ne se concrétisent pas.

Téhéran a accueilli favorablement cette décision, qui « peut maintenir ouverte la voie de la diplomatie amorcée par l’Iran et l’AIEA », selon un communiqué du porte-parole des Affaires étrangères, Saïd Khatibzadeh. Et d’espérer que les différentes parties « saisiront cette occasion ».

Moscou, qui avait mis en garde en début de semaine contre « des mesures irresponsables », s’est lui aussi réjoui de cette marche arrière de l’E3.

« La sagesse l’a emporté », a réagi l’ambassadeur russe à l’AIEA, Mikhail Ulyanov. « La résolution aurait conduit à une escalade incontrôlée. Désormais la diplomatie a une réelle chance de succès ».

« Les choses bougent dans la bonne direction », abonde le diplomate français, qui évoque la possibilité d’une « rencontre informelle, sans doute à Bruxelles, d’ici une à deux semaines », en présence des Etats-Unis désireux de revenir dans l’accord, alors que Téhéran avait refusé la précédente invitation du fait des tensions.

Parmi les progrès constatés, l’Iran a accepté d’engager, dès avril, un processus de « réunions techniques » avec l’AIEA pour « clarifier plusieurs questions en suspens », a détaillé devant la presse le directeur général du « gendarme » onusien du nucléaire.

Élu directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Rafael Mariano Grossi (Argentine), attend le début de la réunion du conseil des gouverneurs de l’AIEA au Centre international à Vienne, en Autriche, le 7 novembre 2019. (AP Photo/Ronald Zak)

Rafael Grossi a dit vouloir régler ces problèmes d’ici au prochain Conseil des gouverneurs en juin.

Depuis plusieurs mois, l’AIEA exprimait ses inquiétudes quant à la possible présence de matière nucléaire sur plusieurs sites non déclarés et ce sont ces dossiers qui vont être examinés.

Autre élément ayant pu jouer positivement, le journal iranien ultraconservateur Vatan-é Emrouz a écrit mardi, sans citer de source, que le président Hassan Rouhani avait donné l’ordre de suspendre la production d’uranium métal dans l’usine d’Ispahan (centre). Le gouvernement n’a pas démenti ces informations, tandis que l’AIEA n’a pas pu les confirmer à ce stade.

L’Iran avait annoncé en février avoir débuté la production d’uranium métal pour alimenter son réacteur de recherche à Téhéran, dépassant ainsi les limites fixées par l’accord nucléaire.

Le sujet est sensible car cette matière peut être utilisée dans la fabrication d’armes nucléaires.

Le « plan d’action global commun », communément désigné par son acronyme anglophone JCPOA, ne tient plus qu’à un fil depuis le retrait américain en 2018 à l’initiative de Donald Trump, et le rétablissement des sanctions.

Le nouvel hôte de la Maison Blanche, Joe Biden, a promis de revenir dans son giron « si » l’Iran respectait à nouveau le contrat.

Mais à l’inverse Téhéran exige au préalable une levée des mesures punitives qui asphyxient son économie et a franchi ces dernières semaines un nouveau cran dans son désengagement de l’accord.

Plus que qui fait le premier pas, il s’agit de « définir ce que seront les premiers pas afin qu’ils soient équilibrés de chaque côté », souligne-t-on de source diplomatique. « C’est la définition de ce contenu qui va être la plus délicate à faire ».

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