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On peut enseigner la Shoah du point de vue d’un soldat allemand, dit une élue US

Dans le débat américain sur l’enseignement de la théorie critique de la race dans les écoles publiques, Sarah Fowler Arthur défend l’enseignement à partir de "multiples points de vue"

La représentante Républicain de l’Ohio, Sarah Fowler Arthur, à gauche, évoque son projet de loi sur l’éducation avec la journaliste Morgan Trau, à droite, en mars 2022. (Crédit : Capture d’écran/via la JTA)
La représentante Républicain de l’Ohio, Sarah Fowler Arthur, à gauche, évoque son projet de loi sur l’éducation avec la journaliste Morgan Trau, à droite, en mars 2022. (Crédit : Capture d’écran/via la JTA)

JTA – Le projet de loi visant à limiter l’enseignement des questions raciales dans les écoles de l’Ohio a été qualifiée de « censure radicale de la Shoah », après la déclaration, par l’une des représentantes républicaines qui soutient le projet, qu’il était approprié d’enseigner la Shoah du point de vue des nazis.

La représentante en question, Sarah Fowler Arthur, qui a coparrainé le projet de loi, a expliqué à une chaîne d’information locale pourquoi elle pensait que les
« concepts clivants » devraient être enseignés à partir de plusieurs points de vue.

« On pourrait envisager le point de vue d’un Polonais déplacé de force, contraint de prendre part à la guerre ou interné dans un camps. On pourrait aussi envisager le point de vue d’un Juif qui a lui aussi connu cette tragédie », a-t-elle déclaré, décrivant comment une leçon conforme à la loi pourrait se dérouler. « Et peut-être l’envisager du point de vue d’un soldat allemand. »

Fowler Arthur avait précédemment donné des informations erronées sur le nombre de Juifs assassinés pendant la Shoah et les raisons de leur mort, dans ses propos initiaux à News 5 Cleveland début mars, rendus publics par la station ce mardi seulement.

« Ce que nous ne voulons pas, c’est que quelqu’un vienne et dise: « Eh bien, de toute évidence, le gouvernement allemand avait raison de dire que la race aryenne est supérieure à toutes les autres races, et qu’ils ont donc correctement agi en assassinant des centaines de milliers de personnes parce qu’elles avaient une couleur de peau différente » » , a-t-elle déclaré.

L’opinion de Fowler Arthur, qu’elle dit s’être forgée en écoutant « des livres audio sur la Shoah », est le dernier commentaire en date d’une série de propos concernant l’enseignement de la Shoah dans les écoles publiques, tel qu’envisagé par une série de lois proposées par les Républicains.

Un enseignant du Texas et un législateur de l’Indiana avaient présenté des excuses ces derniers mois après avoir suggéré que les enseignants devaient rester
« impartiaux » ou présenter différentes perspectives dans l’enseignement de la Shoah.

Fowler Arthur s’est rapidement attiré de vives critiques, tant de la part des dirigeants juifs de l’Ohio que du représentant Casey Weinstein, démocrate et l’un des deux Juifs de la législature de l’État, que des membres de son propre parti.

James Pasch, directeur de l’Anti-Defamation League de la région, a déclaré à la station que les remarques de Fowler Arthur montraient « l’absence totale de connaissance de la réalité concernant les 6 millions de Juifs systématiquement assassinés et de toutes les autres victimes ».

Weinstein, qui a été la cible de manifestations opposées à la vaccination évoquant la Shoah, aurait proposé d’accompagner Fowler Arthur au Maltz Museum of Jewish Heritage aux environs de Cleveland.

Le président républicain de la Chambre des représentants, Bob Cupp, a quant à lui jugé les propos de Fowler Arthur « inappropriés » et estime qu’elle a été « mal informée ».

En réponse aux critiques, Fowler Arthur a défendu son projet de loi et contesté l’interprétation faite de ses propos. « Je tiens à m’excuser pour les propos inadmissibles qui m’ont été attribués à tort », a-t-elle déclaré dans une déclaration écrite. « Ces points de vue ne reflètent pas qui je suis ou ce que je crois. »

Sa déclaration n’a pas précisé en quoi ses propos avaient été mal interprétés. L’intéressée a continué à défendre le projet de loi.

« Ce qui a commencé comme un effort sincère pour mettre fin à l’intimidation et au harcèlement cautionnés par l’État a été renversé, les politiciens et intérêts de gauche mettant en avant un récit fallacieux pour discréditer le projet de loi et collecter des fonds », a-t-elle ajouté.

Le bureau de Fowler Arthur n’a pas répondu à une demande de commentaire de la Jewish Telegraphic Agency. La journaliste Morgan Trau, qui a mené l’interview initiale avec elle, a déclaré à l’antenne qu’elle avait évoqué « les préoccupations de la communauté juive » avec la Représentante « une semaine entière avant la diffusion de l’article ».

Fowler Arthur, dont le district du nord-est de l’Ohio jouxte le lac Érié et la frontière avec la Pennsylvanie, a précédemment siégé au conseil éducatif de l’Ohio.

Dans sa rédaction actuelle, son projet de loi interdirait aux enseignants de l’État d’évoquer des « concepts clivants », tels que « telle nationalité, couleur, ethnicité, race ou sexe est intrinsèquement supérieur à une autre nationalité, couleur, ethnicité, race ou sexe », dans une formulation sensiblement identique à celle d’autres projets de loi au sein de l’État visant à interdire la « théorie critique de la race », concept académique et juridique devenu un cri de ralliement des Républicains à travers tout le pays.

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