Pennsylvanie: Josh Shapiro, responsable juif du décompte électoral, à l’honneur
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Pennsylvanie: Josh Shapiro, responsable juif du décompte électoral, à l’honneur

L'homme, procureur-général de Pennsylvanie, a couru les plateaux des émissions d'information, promettant l'exactitude dans le décompte ; il s'occupe aussi de sa réélection

Le procureur-général de Pennsylvanie  Josh Shapiro, à droite, au cours d'une conférence de presse à Harrisburg, en Pennsylvanie, le 25 juin 2020. (Crédit :  AP/Mark Scolforo)
Le procureur-général de Pennsylvanie Josh Shapiro, à droite, au cours d'une conférence de presse à Harrisburg, en Pennsylvanie, le 25 juin 2020. (Crédit : AP/Mark Scolforo)

JTA — Alors que la Pennsylvanie compte ses votes sous le regard anxieux de la nation toute entière, la personnalité chargée du décompte scrupuleux des bulletins est un responsable qui avait pu être décrit, dans le passé, comme « sortant d’une photo de bar mitzvah ».

C’est Josh Shapiro, procureur-général démocrate de Pennsylvanie, qui a pour mission de s’assurer de la légalité des processus électoraux dans l’état, cette année. Alors que l’issue du scrutin semble encore incertaine, Shapiro, 47 ans, a voulu donner l’image d’un homme compétent et calme pendant toute la durée du dépouillement des bulletins.

La Pennsylvanie est devenue un état pivot déterminant, au cours de ce scrutin, après la victoire serrée qu’avait remporté Donald Trump en 2016. Au vu des résultats des votes nationaux, jeudi, il s’avère que cet état et ses 20 grands électeurs seraient indispensables pour que Trump l’emporte et qu’ils scelleraient par ailleurs la victoire de Biden.

Le dépouillement progressant, Trump a réclamé son arrêt immédiat, menaçant de poursuites en cas de continuation du décompte. Des manifestations ont eu lieu en Pennsylvanie et dans tout le pays concernant le décompte des votes, qui est aussi encore en cours dans quelques autres états pivots.

Dans ce contexte très particulier, Shapiro a fait le tour des plateaux des émissions d’information, défendant la nécessité de continuer à compter les votes et recommandant vivement la patience – tout en observant, en même temps, l’entrée de ses propres résultats dans sa course serrée à sa réélection, qui n’est guère concluante pour le moment.

La JTA avait fait le portrait de Shapiro en 2018. Voilà certaines choses à savoir sur ce procureur-général très juif dont l’état pourrait bien décider de l’issue du scrutin.

Le procureur-général de Pennsylvanie Josh Shapiro sur CNN pour évoquer le décompte des votes dans son état, le 4 novembre 2020. (Capture d’écran/YouTube via JTA)

Ses enfants sont inscrits à l’école juive qu’il avait lui-même fréquentée

Shapiro a grandi dans la banlieue de Philadelphie, où il fréquentait une école juive qui s’appelle dorénavant la Jack M. Barrack Hebrew Academy. Il a épousé la petite amie qu’il avait rencontré au lycée et aujourd’hui, ses enfants effectuent leur scolarité dans la même école.

En grandissant, Shapiro avait attiré l’attention nationale pour son activisme en faveur de la communauté juive soviétique et il avait montré un intérêt très marqué pour la politique des Etats-Unis. Shapiro avait aussi intégré l’équipe de basket de son école, qui était alors connue sous le nom d’Akiba. Son ancien professeur d’histoire avait confié à la JTA que Shapiro « était un excellent joueur de basket – selon les critères d’Akiba ». (Il avait ultérieurement été sorti de son équipe de division III à l’université de Rochester).

Selon des connaissances, Shapiro est resté un parent engagé, malgré ses devoirs officiels. Quelques jours avant de gagner le poste de procureur-général de l’état au cours d’une élection serrée, en 2016, il s’était exprimé devant les élèves d’une école élémentaire juive pour leur parler de politique, et il avait même supervisé une élection simulée entre les « rockets » et les « kazoos ».

Cela avait également été à Barrack que Shapiro devait connaître le seul revers électoral de toute sa carrière, quand il avait échoué à devenir président de l’école. (Le gagnant avait été Ami Eden, directeur-général de 70 Faces Media, une entreprise parente de JTA).

Il n’a jamais cessé de projeter son identité juive en politique

Shapiro a toujours revendiqué son identité juive dans sa carrière politique. En 2008, il avait déclaré au Philadelphia Jewish Voice que « quand on résume tous ses enseignements et ses rituels, le judaïsme nous enseigne fondamentalement qu’aucun d’entre nous n’est tenu de terminer la tâche, mais que personne ne doit par ailleurs nous empêcher de le faire ». Shapiro paraphrasait là un célèbre adage rabbinique.

Sur son compte Twitter personnel, le tweet épinglé au sommet de son fil d’actualité date du lendemain de la fusillade qui avait eu lieu dans la synagogue de Pittsburgh et montre une photo de lui prenant la parole dans une synagogue.

« Les leaders doivent s’exprimer et agir avec clarté quand il s’agit de morale », dit la publication. « Les mots comptent. Les discours de haine engendrent les crimes de haine ».

Après une victoire étroite en 2016, la course à sa réélection, cette année, est serrée

Les agents électoraux comptent également les votes d’un scrutin qui implique directement Shapiro. Comme c’était également le cas de Biden, le décompte des bulletins, mardi soir, était plutôt favorable à l’adversaire de Shapiro, Heather Heidelbaugh. Mais aujourd’hui, il semblerait que Shapiro soit en bonne voie de gagner ce scrutin serré.

Après avoir travaillé au Capitole, après l’université, Shapiro avait été élu en 2004 au poste de représentant d’état en Pennsylvanie. Il était passé du rouge au bleu en faisant campagne – comme cela est le cas aussi actuellement – sur une image soignée, celle d’un homme promettant de lutter contre la corruption et de faire preuve de pragmatisme dans son travail.

A la chambre des représentants de l’état, Shapiro avait été l’auteur d’une sorte de coup de force en recrutant, au poste de président de l’instance à majorité démocrate, un républicain modéré. Shapiro, pour sa part, était devenu vice-président. Il avait ensuite été élu commissaire du comté de Montgomery, dans la banlieue de Philadelphie.

Il avait remporté la course au poste de procureur-général en 2016, alors même que l’état votait pour Trump.

Le procureur-général de Pennsylvanie Josh Shapiro s’exprime sur un rapport réalisé par un grand juriy sur des abus commis au sein de l’église catholique romaine durant une conférence de presse au Capitole de Harrisburg, le 14 août 2018. (Crédit : AP/Matt Rourke, File)

Il avait attiré l’attention des Etats-Unis pour un rapport sur la pédophilie au sein de l’église catholique

En 2018, Shapiro avait fait les gros titres après la publication d’un rapport de 900 pages détaillant les résultats d’une enquête de dix-huit mois qui avait été consacrée aux violences sexuelles commises au sein de l’église catholique sur des enfants. Le rapport avait nommément mis en cause 300 prêtres, les accusant de pédophilie, et détaillé ce qu’il avait qualifié de « couverture systématique » de ces abus par les hauts-responsables de l’église et par le Vatican. Il avait inclus les témoignages de plus de mille victimes.

Ce rapport avait entraîné des appels à la réforme au sein de l’église catholique en Pennsylvanie et plus largement.

« L’idée que ces faits se seraient déroulés il y a longtemps et qu’il faut les laisser derrière nous est très exactement la mauvaise réponse à apporter », avait-il déclaré à l’époque au New York Times. « Un viol commis sur un enfant est un viol commis sur un enfant, qu’il soit arrivé en 1970 ou qu’il arrive en 2018. Il n’y a aucune excuse ni de permettre qu’il puisse se produire, ni de le couvrir. »

Il projette son image habituelle de transparence et de calme dans un contexte de tensions accrues dans l’état

Cette semaine, Shapiro se trouve, une fois encore, sous le feu des projecteurs dans tout le pays. Il est apparu dans de nombreuses émissions politiques, expliquant que le vainqueur du scrutin, en Pennsylvanie, ne pourrait être déterminé qu’une fois tous les votes comptés.

Il présente également un visage calme lorsqu’il est interrogé sur les plaintes variées qui ont été déposées par Trump contre le processus de décompte électoral – et sur une directive décidée par le département de la Justice du président américain qui autorise la présence d’agents armés dans les centres de dépouillement, susceptibles d’intimider les agents.

Le représentant Jim Jordan avec des douzaines de personnes qui appellent à stopper le décompte des votes en Pennsylvanie se regroupent sur les marches du Capitole de l’état, à Harrisburg, le 5 novembre 2020. (Crédit : Spencer Platt/Getty Images/AFP)

« C’est un autre problème que nous avions prévu », a déclaré Shapiro à la chaîne MSNBC, évoquant la directive. « Rien ne nous arrêtera dans le décompte de ces bulletins en Pennsylvanie ».

Il a également averti que le vote prendrait plus de temps que les années précédentes.

« Ce qui est aujourd’hui le plus important à mes yeux, c’est ce que nous ayons un décompte exact, que nous puissions dépouiller tous les bulletins – c’est ce que la loi exige – et que la volonté du peuple soit respectée », a-t-il affirmé dans une apparition sur CNN, mercredi. « Voilà la réalité : Il faudra le temps qu’il faudra pour avoir un décompte exact ».

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