Pour Tsvi Tau de Noam, la droite et la gauche sont souillées par des « pervers »
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Pour Tsvi Tau de Noam, la droite et la gauche sont souillées par des « pervers »

Le rabbin du parti anti-LGBT dit dans des enregistrements espérer que la faction Noam pourra lutter contre le "poison post-moderniste" en entrant à la Knesset

Le rabbin Tsvi Tau en 2018 (Capture d'écran)
Le rabbin Tsvi Tau en 2018 (Capture d'écran)

Alors que la faction anti-LGBT Noam devrait envoyer un représentant à la Knesset pour la toute première fois par le biais du Parti sioniste religieux, la Douzième chaîne a diffusé, mercredi, des enregistrements du chef spirituel de la faction, le rabbin Tsvi Tau, dénonçant la communauté homosexuelle dans son ensemble et exprimant l’espoir de pouvoir intégrer le Parlement israélien.

Dans ces enregistrements, qui ont été réalisés dans les semaines qui ont précédé le scrutin, Tau dit à ses fidèles que « ces homosexuels, ces pervers, sont des misérables. Nous voulons que la voix de la foi, la voix de la vérité, que la voix de la Torah résonnent à la Knesset, pour que quelqu’un les rappellent en permanence… quelqu’un qui ne se taira pas avant que cette question soit placée à l’ordre du jour ».

Il ajoute que les activistes pro-LGBT « importent au sein du ministère de l’Éducation – dans les classes les plus basses, au CP, en CE1, au CE2 – les valeurs post-modernistes…. Des ‘valeurs’… Plutôt le poison post-moderniste ».

Il déclare que s’agissant des droits LGBT, « la gauche est même pire que la droite. La droite est elle aussi souillée, mais la gauche l’est encore davantage. Aujourd’hui que nous avons une chance d’entrer au Parlement, de faire entrer Avi Maoz à la Knesset, il sera possible de s’y ancrer et cela marquera le début du combat contre ces souillures ».

Il n’est pas encore totalement acquis que Maoz, qui est 6e sur la liste du Parti sioniste religieux, puisse franchir le seuil du Parlement. Avec environ 88 % des bulletins qui ont été dépouillés, la formation compte actuellement six sièges mais ces chiffres peuvent encore changer.

Le président du parti Noam Avi Maoz (Crédit : Parti Noam)

« Un député, ça ne suffit pas », explique Tau dans un autre enregistrement. « Vous comprenez bien que ce n’est pas assez. Nous espérons qu’il y en aura deux, et trois, et quatre, mais il faut bien commencer un jour. Abandonner ce front-là est impossible. Impossible ! », continue-t-il.

Israël, ces dernières années, s’est dépeint de manière active comme un refuge pour la communauté LGBT au Moyen-Orient.

Le parti Noam était apparu sur la scène politique en 2019 avec une série de panneaux autoroutiers et de vidéos provocatrices affichant le slogan « Israël choisit la normalité ». La faction affirme que la communauté LGBT a « imposé son agenda » au reste de la société israélienne qui, dit-elle, relève d’une structure familiale normale (« hétéronormative »).

Il a aussi établi une comparaison entre les LGBT, les Juifs réformés et les nazis. Une vidéo de campagne, en 2019, faisait le lien entre les Juifs réformés, les activistes de gauche et les défenseurs des droits de la communauté homosexuelle et nazis et autres terroristes palestiniens, disant que tous poursuivaient le même objectif « de nous détruire ».

Tau est fondateur de la yeshiva Har Hamor à Jérusalem, qui appartient à la ligne dure. L’octogénaire est une voix éminente au sein de la communauté nationaliste-religieuse dénonçant l’acceptation des LGBT. Il avait écrit en 2017 que l’homosexualité est « la déviation la plus immonde qui brise la vie familiale… et elle entre en contradiction avec le premier fondement de l’existence humaine ».

Le président du parti sioniste religieux Bezalel Smotrich, à gauche, et le candidat Itamar Ben Gvir fêtent les résultats des élections au siège de la formation à Modiin lors de la soirée électorale, le 23 mars 2021. (Crédit :Sraya Diamant/Flash90)

La faction avait fusionné avec Otzma Yehudit avant les élections du mois de septembre 2019 mais elle avait échoué à franchir le seuil électoral. Elle s’était présentée de manière indépendante lors du scrutin du mois de mars 2020 avait de se retirer quelques jours avant la course.

Avant l’élection du 23 mars 2021, et principalement grâce aux pressions immenses qui avaient été exercées par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, Noam avait fusionné avec deux groupes d’extrême-droite, Otzma Yehudit et l’Union nationale de Bezalel Smotrich, se présentant sous une forme d’alliance à travers le parti Sioniste religieux. Le Premier ministre avait même donné une place sur la liste du Likud pour un candidat issu de l’Union nationale alors qu’il cherchait à ce qu’aucun vote de droite ne soit gaspillé.

Même si le Parti sioniste religieux devait perdre un siège, Maoz pourrait encore entrer à la Knesset par le biais de la loi dite « norvégienne », qui permet aux ministres de démissionner du Parlement – laissant leur place aux candidats figurant derrière eux sur la liste.

Maoz, 64 ans, a servi aux postes de directeur des ministères de l’Intérieur et du Logement lorsque ces derniers étaient respectivement dirigés par Natan Sharansky et Effi Eitam, entre 1999 et 2001. Au-delà de la question LGBT, Maoz a fait campagne sur le « renforcement du caractère juif de l’État d’Israël » en faisant adhérer de manière plus stricte à la pratique du Shabbat, en augmentant le monopole exercé par le rabbinat orthodoxe sur la vie religieuse, en injectant des lois religieuses dans la société au sens large et en faisant la promotion des « valeurs familiales ».

Dans un entretien accordé à l’hebdomadaire nationaliste-religieux Makor Rishon, au début du mois, Maoz avait expliqué son inquiétude face aux évolutions sociales dans le pays.

« Il y a une tentative de modifier nos consciences, de changer nos concepts. Jusqu’à il y a une décennie, on pouvait demander à n’importe quel enfant : ‘Qu’est-ce qu’une famille ?’ et il vous répondait : ‘Un père, une mère et des enfants’. On pouvait lui demander : ‘Qu’est-ce que la nation d’Israël ?’ et tous les enfants savaient très bien, dans le passé, ce qu’était un Juif et ce qu’était un goy‘. »

Il avait déclaré au journal que la plus grande force des femmes était de se marier et d’avoir des enfants. Maoz est défavorable à la présence des femmes au sein de l’armée israélienne.

« L’État d’Israël est d’abord juif et seulement ensuite démocratique », avait-il dit à Makor Rishon.

Jacob Magid a contribué à cet article.

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