Quand les immigrants juifs étaient détenus, et que les Juifs manifestaient
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Quand les immigrants juifs étaient détenus, et que les Juifs manifestaient

Il y a près de 100 ans, des manifestants demandaient la libération de juifs plongés dans un drame juridique étrangement similaire à celui qui a suivi le décret Trump

Arrivée d'immigrants à Ellis Island à bord du Machigonne, à New York, le 21 août 1923. (Crédit : Underwood Archives/Getty Images)
Arrivée d'immigrants à Ellis Island à bord du Machigonne, à New York, le 21 août 1923. (Crédit : Underwood Archives/Getty Images)

JTA – Quand les Juifs ont rejoint les manifestations organisées ce week-end dans tous les Etats-Unis contre le décret exécutif du président américain Donald Trump sur l’immigration, ils l’ont largement fait au nom des réfugiés et des migrants musulmans se retrouvant dans les limbes juridiques et interdits d’entrée aux Etats-Unis.

Mais il y a presque 100 ans, des manifestants juifs s’étaient rassemblés pour demander la libération d’autres Juifs, qui avaient été plongés dans un drame juridique étrangement similaire à celui qui se joue dans les cours et les aéroports américains depuis vendredi.

Le 15 novembre 1923, 2 000 juifs avaient rejoint le siège de Manhattan de la Société d’aide aux immigrants hébraïques (HIAS) pour protester contre la détention de 3 000 personnes à Ellis Island.

Ils avaient directement fait appel au président Calvin Coolidge, un républicain, probablement pour lui demander d’adoucir le moratoire sur l’immigration mis en place depuis 1921 par l’Emergency Quota Act et renouvelé l’année suivante.

Les groupes anti-immigrants affirmaient depuis longtemps que les immigrants des régions plus pauvres et « reculées » de l’Europe du Sud et de l’Est étaient un fardeau pour les ressources américaines, et qu’ils rapportaient avec eux des idées radicales comme l’anarchisme, le communisme et le socialisme. Certains syndicats ouvriers avaient eux aussi adopté ce sentiment anti-immigrant, affirmant qu’une main-d’œuvre peu chère ferait baisser les salaires.

Ellis Island's Registry Room. (photo credit: Ilan Ben Zion/Times of Israel staff)
La salle des registres d’Ellis Island. Illustration. (Crédit : Ilan Ben Zion/Times of Israël)

Comme les voyageurs musulmans détenus dans les aéroports américains cette semaine, ou abandonnés dans des pays de transit en conséquence du décret présidentiel de Trump, les immigrants, juifs ou pas, mettaient souvent les voiles sans connaitre les changements des lois d’immigration, ou embarquer sur des bateaux dont les gestionnaires peu scrupuleux ne les informaient pas que de stricts quotas étaient déjà en place.

Selon un article de 1923 de JTA sur les protestations, qui est paru le lendemain, les dirigeants de la manifestation « ont demandé qu’une large délégation soit envoyée à Washington pour demander que les immigrants détenus soient admis [dans le pays]. Ils prévoient une protestation importante si le gouvernement déporte leurs proches. »

JTA avait aussi publié un appel qui devait être envoyé à Coolidge et demandait la libération des immigrants.

Au nom des immigrants, liés par le sang aux citoyens et déclarants, affrontant la déportation en raison de l’exhaustion des quotas, j’en appelle à votre incarnation connue du sens de la justice américain pour les admettre dans ce pays.

Ces malheureux, qui avaient tout donné pour recommencer leurs vies dans le pays de la liberté, sont les victimes innocentes des circonstances sur lesquelles ils n’ont aucun contrôle. L’humanitarisme entraîne le plaidoyer pour leur admission.

Le 3 décembre, JTA annonçait que le secrétaire au Travail, James J. Davis, avait approuvé la déportation de centaines d’immigrants détenus vers le Canada. D’autres avaient été envoyés à Cherbourg, en France, « d’où ils peuvent retourner dans les pays où ils ont embarqué pour les Etats-Unis. »

En 1924, avec l’adoption de l’Immigration Act de Johnson-Reed, farouchement nativiste, l’immigration en provenance d’ailleurs que de l’Europe de l’Ouest s’était sévèrement réduite.

Un mois après la manifestation devant le siège de l’HIAS, le rabbin Nathan Krass de la synagogue Emanu-El de New York avait prononcé un sermon, cité par JTA, se prononçant contre le sentiment anti-immigrant de l’époque.

« Imaginez ce qui serait arrivé si un comité d’officiers de l’immigration indiens s’était tenu sur Plymouth Rock et, après avoir admis dix Pères pèlerins, avait dit ‘votre quota est atteint. Les autres doivent retourner en Angleterre’ », avait dit Krass.

« Et pourtant, nous sommes tous des immigrants ou des descendants d’immigrants. Un Américain est celui qui est né en Amérique ou, arrivant d’autres pays, a pris la citoyenneté et a juré fidélité à la Constitution. Cette récente tentative de définir les Américains sur la base de la religion ou de la race est une insulte scandaleuse à l’intelligence du peuple de ce pays et une trahison des idéaux des fondateurs de cette République. »

L’HIAS continue d’aider les immigrants. Elle gère plus de 4 000 demandes d’asiles par an, la plupart déposées par des personnes qui ne sont pas juives, et dont beaucoup sont touchées par le décret présidentiel signé la semaine dernière.

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