Réactions en Israël suite à la victoire de Boris Johnson
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Réactions en Israël suite à la victoire de Boris Johnson

Qualifié de véritable ami d'Israël, le nouveau Premier ministre britannique a été volontaire dans un kibboutz et maire de Londres durant 8 ans

Boris Johnson, ministre des Affaires étrangères britannique, à sa sortie du 10 Downing Street, le 13 juillet 2016. (Crédit : Oli Scarff/AFP)
Boris Johnson, ministre des Affaires étrangères britannique, à sa sortie du 10 Downing Street, le 13 juillet 2016. (Crédit : Oli Scarff/AFP)

Israël remercie Theresa May pour son travail « exceptionnel et infatigable » en faveur du renforcement des liens

Alors que Boris Johnson s’apprête à prendre la barre en Grande-Bretagne, le ministre israélien des Affaires étrangères a remercié mardi Theresa May pour son travail « exceptionnel et infatigable » de renforcement des liens bilatéraux.

« Je veux remercier la Première ministre @theresa_may pour le travail exceptionnel et infatigable qu’elle a effectué pour renforcer les liens entre nos deux pays », a écrit Israel Katz sur Twitter.

« Les liens bilatéraux sont en hausse, le tourisme est en hausse et la coopération sécuritaire sauve des vies. Merci à une vraie amie ».

« Meilleurs voeux à Boris Johnson, un véritable ami d’Israël. J’espère que vous continuerez à travailler pour que la communauté juive se sente en sécurité au Royaume-Uni en ces temps difficiles, » a écrit le président de l’Agence juive, Isaac herzog, dans un communiqué publié après les résultats du vote.

Le mouvement de kibboutz israélien félicite Boris Johnson pour son élection au poste de Premier ministre – notant qu’il avait été volontaire dans un kibboutz situé dans le nord d’Israël.

Qualifiant Johnson de « véritable ami d’Israël », le secrétaire général de la fédération du mouvement des kibboutzim, Nir Meir, a annoncé qu’il inviterait Johnson à la conférence annuelle de cette organisation.

Johnson a fait du bénévolat au kibboutz Kfar Hanassi, au nord de la mer de Galilée, dans les années 1980, explique la déclaration de Meir à la presse. « Il a même travaillé dans les champs », assure le communiqué.

« Je suis convaincu que son passage au Kibboutz Kfar Hanassi dans le cadre du célèbre programme de volontaires a laissé une place chaleureuse dans son cœur pour Israël en général et les kibboutzim en particulier », a déclaré Meir, qui en a profité pour appeler le gouvernement à augmenter les fonds alloués aux kibboutzim, qualifiés d’outils de diplomatie publique « le plus efficace » dans l’arsenal israélien.

Le chef du parti Kakhol lavan, Benny Gantz, principal candidat au poste de Premier ministre contre le sortant Benjamin Netanyahu, a aussi félicité Johnson, lui souhaitant « de grands succès ».

« Le Royaume-Uni et Israël partagent une longue tradition de coopération, d’intérêts communs et de valeurs partagées », a déclaré Gantz dans un communiqué. « Le gouvernement que je dirigerai renforcera les relations économiques et bilatérales entre nos deux États et favorisera la lutte essentielle contre le BDS et contre l’antisémitisme. »

Yair Lapid, numéro 2 de Kakhol lavan, est l’un des premiers à féliciter son « bon ami », le Britannique Boris Johnson, pour son élection à la direction du parti conservateur, et donc au poste de premier ministre britannique.

« Félicitations et bonne chance à mon bon ami @BorisJohnson. Je suis sûr que, en tant que Premier ministre, vous continuerez à renforcer les relations entre nos deux pays », a-t-il écrit sur Twitter.

Le Board of Deputies of British Jews déclare dans un communiqué : « Nous souhaitons à Boris Johnson beaucoup de succès en tant que Premier ministre en cette période critique pour notre pays. Nous entretenons depuis longtemps une relation positive avec M. Johnson, à la fois en tant que maire de Londres et que secrétaire aux Affaires étrangères, et nous espérons que cela se poursuivra lorsqu’il entrera au 10, Downing Street.

Le mouvement libéral juif du Royaume-Uni a de son côté réagi plus froidement à l’annonce mardi de Johnson, un homme politique de droite qui a récemment mis en colère de nombreux juifs et gauchistes lorsqu’il a comparé des femmes musulmanes voilées à des « boîtes aux lettres » au cours d’un débat.

Le mouvement « attend avec impatience de travailler avec @BorisJohnson, le nouveau Premier ministre, comme nous avons avec les Premiers ministres au cours de la dernière décennie ».

Mahmoud Abbas a aussi présenté ses félicitations à Johnson dans un télégramme, a déclaré Wafa.

« Nous vous souhaitons de la réussite pour former le prochain gouvernement et [accomplir] tout ce que votre peuple amical veut réussir en ce qui concerne le progrès et la prospérité », a dit Abbas à Johnson.

Le chef de Kakhol lavan Benny Gantz lors d’une conférence de presse au centre LGBT de Tel Aviv, le 14 juillet 2019 (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Il était depuis le début le candidat favori des membres du parti conservateur, l’ancien ministre des Affaires étrangères Boris Johnson est considéré par ses critiques comme la réponse britannique à Donald Trump.

Force de la nature, Johnson combine une vie personnelle pleine de couleurs avec un franc-parler et un goût de la controverse qui sont rares au sommet de la hiérarchie politique dans le pays.

Ses ennemis accusent Johnson d’être incapable de dire la vérité. Un ancien ministre Tory du cabinet a ainsi déclaré franchement : « Il a menti tout au long de sa vie, il a menti dans la politique, c’est un bonimenteur avec un certain degré de charisme auquel je suis insensible ».

Un grand nombre de parlementaires conservateurs, pour leur part, affichent une antipathie profonde à son égard, le considérant comme trop manifestement ambitieux et au service de ses intérêts propres et jugeant son passage au Foreign office comme un désastre.

Mais même certains, parmi ceux qui ne vouent à Johnson qu’une piètre estime, peuvent être amenés à conclure qu’il représenterait la meilleure chance de réponse aux défis incarnés par le politicien d’extrême-droite Nigel Farage et par Jeremy Corbyn, à l’extrême-gauche.

Ce pari sur l’appel électoral de Johnson repose sur ses deux mandats en tant que maire de Londres. Le fait que Londres – bastion travailliste – ait envoyé à deux occasions Johnson à la mairie, estiment de nombreux conservateurs, montre qu’il est capable d’attirer des électeurs qui ne votent pas traditionnellement pour le parti.

Les huit années que Johnson a passées à diriger la capitale signifie qu’il est connu dans la communauté juive britannique (approximativement 60 % des membres de la communauté juive vivent dans le secteur du grand Londres). Son lien avec les Juifs s’était forgé à cette époque à travers leur animosité mutuelle à l’encontre de Ken Livingstone, le maire que Johnson avait sorti en 2008 et qu’il avait battu une nouvelle fois en 2012, lorsque les deux hommes avaient rejoué le match – avec des résultats très serrés.

Ken Livingstone est apparu sur la chaîne de télévision iranienne Press TV à l’occasion de la Journée internationale du souvenir de la Shoah, le 27 janvier 2018 (Capture d’écran : YouTube)

Même avant de commencer à faire des déclarations bizarres sur l’affinité présumée de Hitler avec le sionisme, Livingstone avait déjà une réputation toxique chez un grand nombre de membres de la communauté juive.

Quand Johnson l’avait emporté en 2008, l’ancien adjoint au maire de Livingstone avait suggéré avec exactitude qu’une réaction violente des Juifs avait contribué significativement à sa défaite. Quatre années plus tard, les Juifs avaient encore une fois semblé tenir un rôle important dans la victoire de Johnson.

La campagne de Johnson avait reçu un soutien significatif de la part des donateurs juifs tandis qu’un certain nombre de membres de la communauté devaient obtenir des fonctions importantes à la mairie. Soufflant dans un shofar, faisant des apparitions régulières lors de collectes de fonds pour des organisations juives, le maire avait installé une relation nettement plus harmonieuse et moins hargneuse entre les Juifs et l’administration de la capitale que celle qui prévalait sous « Ken le rouge ».

De manière plus substantielle, Johnson avait inscrit Londres à l’initiative internationale des maires unis contre l’antisémitisme et affiché son intolérance pour le mouvement BDS en intervenant lors d’une querelle portant sur un accord de parrainage controversé entre les Transports de Londres et la compagnie aérienne Emirates Airline.

Boris Johnson, alors maire de Londres, au mur Occidental, au cours de sa visite d’Israël, novembre 2015 (Crédit : capture d’écran du Guardian)

L’histoire juive de Johnson

L’aisance affichée par Johnson auprès de la communauté juive n’a rien de surprenant. Même s’il est lui-même anglican, son arrière-grand-père maternel était rabbin en Lituanie. Johnson est également lié à l’une des plus grandes familles juives d’Angleterre : La seconde épouse de son père, Jenny, est la belle-fille d’Edward Sieff, philanthrope et ancien président du géant du commerce Marks & Spencer. (Johnson a également des ancêtres musulmans : Son arrière-grand-père, Ali Kemal, avait été le dernier ministre de l’Intérieur de l’empire Ottoman après la Première guerre mondiale).

C’est malgré tout grâce aux liens entretenus par la famille de Sieff avec le kibboutz Kfar Hanassi que Johnson et sa soeur avaient été amenés à passer un été en Israël, alors que lui faisait ses études à l’université d’Oxford. Selon Rachel Johnson, cette expérience avait finalement peu correspondu au tempérament de son frère. « Les souvenirs de Boris ne sont pas aussi enthousiastes que les miens », avait-elle confié à un journal en 2013, notant que son travail dans les cuisines « vraiment très chaudes » du kibboutz avait été « brutal » pour lui.

Malgré l’aversion peut-être finalement peu anormale du politicien conservateur pour la vie collective, il semble toutefois être un partisan fervent de l’Etat juif. Au cours de ses derniers mois au poste de maire de Londres, Johnson s’était rendu à Jérusalem, à Tel Aviv et à Ramallah. Il avait paru bouleversé au cours de sa visite à Yad Vashem, la qualifiant ensuite « d’expérience incroyablement émouvante ».

Pendant une grande partie du voyage, Johnson avait adopté loyalement la ligne du gouvernement britannique de soutien à la solution à deux Etats – utilisant un discours en l’honneur de son héros, Winston Churchill, pour flatter Israël tout en montrant de l’empathie pour les Palestiniens. Il avait noté que l’Etat juif et Churchill partageaient certaines qualités – « l’audace, le courage, le goût de l’exploit et l’indomptabilité ».

Il avait rappelé en même temps que Churchill avait dit aux Juifs qu’ils avaient « la chance de créer une terre rengorgeant de lait et de miel » tout en avertissant que « chaque initiative que vous prendrez devra donc être prise au profit moral et matériel de tous les Palestiniens ».

« Je pense que nous devons admettre aujourd’hui que la situation présente n’est pas totalement en accord avec la vision churchillienne – pas encore », avait-il ajouté.

Toutefois, c’est une querelle portant sur le mouvement BDS qui devait ultérieurement faire les gros titres. Après avoir dit qu’il ne pouvait « rien trouver de plus absurde » que le BDS (notant qu’Israël était « la seule démocratie de la région – le seul endroit qui présente, de mon point de vue, une société pluraliste et ouverte »), il avait ensuite qualifié ses leaders, dans le style typique qui est le sien, « d’universitaires de gauche à chicots ridicules qui se promènent dans des vestes en velours côtelé ». En conséquence, la majorité des rencontres qui avaient été programmées à Ramallah avaient été annulées.

Les manifestants du groupe London Palestine action bloquent une rue centrale à Londres lors d’une manifestation pro-palestinienne, le samedi 17 octobre, 2015. (Crédit : page Facebook Londres Palestine action)

Lorsqu’il était retourné en Israël 18 mois plus tard en tant que secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères de Theresa May, ça avait été un Johnson plus diplomate – d’aucuns diront « maussade » – qui s’était présenté. Toutefois, sous sa houlette, la Grande-Bretagne avait commencé à prendre un positionnement plus robuste à l’encontre des critiques internationales d’Israël, le ministre déplorant la focalisation « absurde » et « ridicule » du conseil de Sécurité de l’ONU sur l’Etat juif et la jugeant « disproportionnée et nuisible à la cause de la paix ».

Mais de nombreux Juifs devaient nourrir une méfiance à l’égard de Johnson. En 2016, il avait joué avec l’idée d’une candidature à la tête des Tories suite au référendum du Brexit – puis il l’avait abandonnée. Les sondages, à ce moment-là, avaient révélé que seul un Juif sur cinq était prêt à se prononcer en faveur de l’ancien maire de Londres, soit la moitié du nombre ayant opté pour Theresa May, qui devait finalement l’emporter.

Ces résultats avaient reflété à la fois l’importance qu’avait Johnson dans la campagne en faveur du départ de l’Union européenne et le malaise des Juifs face au Brexit. Tandis que le pays avait voté pour le Brexit à 52 % contre 48 %, les Juifs, pour leur part, s’étaient prononcés pour le maintien dans l’UE à 59 % contre 31 %.

C’est le caractère imprévisible de Johnson plus que la probabilité qu’il fasse glisser le pays à l’extrême-droite qui risque d’inquiéter la majorité de la communauté juive

Le rôle tenu par Johnson à la barre de la campagne du camp du Brexit, qui s’était focalisée sur l’immigration et qui avait fait appel à des Britanniques plus âgés et plus conservateurs, démontre la raison pour laquelle l’ex-secrétaire aux Affaires étrangères avait gagné sa réputation de caméléon politique.

En quelques mois seulement, son image s’était transformée, passant de celle d’une personnalité cosmopolite et haute en couleurs prônant un agenda social-libéral lorsqu’il était à la mairie de Londres à l’incarnation du héros des partisans du Brexit issus de la ligne la plus dure. (Johnson maintient pour sa part que le Brexit est un projet libéral qui ouvrira la Grande-Bretagne au monde au-delà de l’Union européenne et il reste un fort soutien de l’immigration).

Il est vrai que les actions de Johnson qui ont suivi n’ont guère apaisé les Britanniques libéraux. L’année dernière, il a été âprement critiqué par les leaders de la communauté juive après avoir dit que les femmes musulmanes portant la burka étaient « absolument ridicules » et qu’elles ressemblaient à des « boîtes aux lettres » et à des « braqueurs de banque ». Le Jewish Leadership Council avait qualifié les propos de Johnson « d’outrageusement scandaleux » tandis qu’un éminent rabbin l’avait accusé de « racisme souriant ».

Le Jewish Chronicle, pour sa part, avait comparé le secrétaire aux Affaires étrangères à un « pilier de bar ».

Steve Bannon prend la parole à Fairhope, en Alabama, le 25 septembre 2017. (Scott Olson/Getty Images/JTA)

La rencontre, l’été dernier, entre Johnson et Steve Bannon, l’ancien conseiller stratégique en chef de Donald Trump et éminent partisan du mouvement « alt-right », a été également fustigée.

Néanmoins, c’est le caractère imprévisible de Johnson plus que la probabilité qu’il fasse glisser le pays vers l’extrême-droite qui risque d’inquiéter la majorité de la communauté juive. Ce trait s’est illustré de manière évidente, par exemple, lorsque – en contraste frappant avec le Premier ministre de l’époque David Cameron – Johnson avait soudainement attaqué Israël, pendant la guerre de 2014 à Gaza – qui est également connue sous le nom de Bordure protectrice – affirmant que les actions de l’Etat juif étaient « disproportionnées et tragiques ».

De plus, la réputation de Johnson en tant que mise gagnante lors des scrutins électoraux n’a pas plus été testée depuis le rôle qu’il a tenu dans le référendum. Les sondages suggèrent actuellement que seulement 28 % des votants estiment qu’il serait un bon Premier ministre.

Le chef de l’opposition britannique Jeremy Corbyn s’adresse aux délégués le dernier jour de la conférence du Parti travailliste à Liverpool, en Angleterre, le 26 septembre 2018. (AFP Photo/Oli Scarff)

Comme la chroniqueuse du Times Rachel Sylvester l’a écrit : « Il est encore considéré comme une mise électorale gagnante parce qu’il a été élu maire de Londres à deux reprises mais depuis le référendum sur le Brexit, il s’est transformé de politicien Heineken – susceptible d’atteindre des portions de la population que les autres ne parviennent pas à mobiliser – à un candidat Marmite qui répugne au moins autant qu’il est adoré ».

L’élection de Johnson l’impopulaire pourrait donc ouvrir la porte à Corbyn au poste de Premier ministre. Sinon, la perspective d’un choix entre Corbyn et Johnson lors d’élections générales pourrait bien redynamiser les efforts de formation d’une sorte de parti centriste qui pourrait bouleverser le paysage politique.

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