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Report de l’élection du Grand Rabbinat : Otzma Yehudit et le Shas se querellent

Un ministre du parti haredi revendique le contrôle de l'organisme public et menace de supprimer le projet de loi sur les violences conjugales s'il n'obtient pas ce qu'elle veut

Illustration ! Le Premier ministre Benjamin Netanyahu dirige une rencontre du cabinet au bureau du Premier ministre de Jérusalem, le 18 juin 2023. (Crédit : Amit Shabi/Pool)
Illustration ! Le Premier ministre Benjamin Netanyahu dirige une rencontre du cabinet au bureau du Premier ministre de Jérusalem, le 18 juin 2023. (Crédit : Amit Shabi/Pool)

Les ministres du parti d’extrême-droite Otzma Yehudit et du parti ultra-orthodoxe Shas se seraient âprement querellés lors de la réunion du cabinet de dimanche, alors que le gouvernement s’apprêtait à reporter les élections pour le Grand Rabbinat.

Cet échange de propos acerbes – qui a fait l’objet d’une fuite dans les médias israéliens – a révélé les tensions persistantes entre les partis d’extrême-droite et ultra-orthodoxes de la coalition gouvernementale du Premier ministre Benjamin Netanyahu, le Shas ayant réfuté les rumeurs laissant entendre qu’il chercherait à obtenir ce report pour promouvoir la candidature du frère du chef du parti, Aryeh Deri, au poste de grand rabbin sépharade.

Au cours de la discussion, le ministre du Shas, Haim Biton, a menacé de torpiller un projet de loi parrainé par Otzma Yehudit sur la surveillance des auteurs de violences conjugales si le vote devait ne pas être reporté. Il a revendiqué le contrôle du rabbinat, une institution d’État qui contrôle les affaires liées au cycle de la vie pour tous les Juifs israéliens, indépendamment de leur degré de pratique religieuse.

« Ce ne sont pas vos affaires », a déclaré M. Biton, ministre de l’Education, ripostant au leader d’Otzma Yehudit, Itamar Ben Gvir, qui affirmait que tous les Israéliens avaient un intérêt dans le rabbinat.

Le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir lors d’une réunion à son ministère à Jérusalem, le 15 juin 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Les grands rabbins sont les nôtres », a ajouté M. Biton, offrant une contrepartie politique. « Nous ferons ce que vous voulez et nous n’interviendrons pas. »

Le report controversé a été approuvé par le cabinet dimanche, les ministres d’Otzma Yehudit ayant voté contre et les ministres de Yahadout HaTorah s’étant abstenus. Une fois la proposition approuvée par la Knesset, les élections rabbiniques se tiendront après les élections municipales, le 31 octobre prochain.

Ben Gvir, le ministre de la Sécurité nationale, plus connu pour son attitude irascible à l’égard des Arabes et des membres de la gauche de l’échiquier politique, a pris la tête de l’opposition à la proposition du Shas. Selon le quotidien Haaretz, le report du vote pourrait favoriser la candidature du grand rabbin de Beer Sheva, Yehuda Deri, qui brigue le poste de grand rabbin séfarade au détriment du rabbin David Yosef, frère de l’actuel grand rabbin séfarade Yitzhak Yosef et fils de feu le rabbin Ovadia Yosef, ancien grand rabbin séfarade qui avait fondé le Shas. Aryeh Deri a fait pression sur Yosef pour qu’il renonce à sa candidature, sans succès jusqu’à présent, a rapporté le journal au début du mois.

Le leader d’Otzma Yehudit, Itamar Ben Gvir, a déclaré au cours de la réunion, selon des transcriptions qui ont été divulguées : « Assez d’astuces, assez d’artifices ».

« Vous cherchez constamment des moyens de faire des détours et d’éviter la voie royale. Vous ne pouvez pas conclure d’accords dans des salles fermées, » a-t-il ajouté.

Il a accusé le parti de « changer les règles au milieu du jeu » et il a accusé Biton d’être antisioniste.

Le ministre des Affaires religieuses, Michael Malchieli, le législateur du Shas qui avait demandé le report, a accusé Ben Gvir de s’opposer à ce dernier pour des raisons d’intérêt politique.

M. Malchieli avait annoncé le report en juin, craignant que les élections municipales n’interfèrent avec les élections rabbiniques, au cours desquelles un conseil de 150 personnes – pour la plupart des rabbins affiliés aux bureaux locaux du rabbinat et leurs employés – sélectionne un grand rabbin ashkénaze et un grand rabbin séfarade d’Israël.

Cette institution puissante, financée par les impôts, est considérée comme inutile, voire pire, par de larges pans de la société israélienne, et des décennies de népotisme officiel l’ont exposée à des accusations de corruption.

« Un rabbin devrait être choisi pour ses compétences et non pour ses relations », a tweeté le ministre de Yahadout HaTorah, Yitzhak Wasserlauf, à la suite de la réunion. Il a suggéré que la question soit tranchée par les chefs de la coalition.

Selon les commentaires divulgués dimanche, le député de Yahadout HaTorah Meir Porush a également accusé Shas de ne pas coopérer avec sa faction ultra-orthodoxe au sujet de l’élection et de politiser l’affaire.

Le ministre des Affaires religieuses Michael Malchieli arrivant à la réunion hebdomadaire du cabinet au Bureau du Premier ministre, à Jérusalem, le 3 janvier 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Malgré l’obtention du report, les relations entre les partis sont restées tendues après la réunion, un haut responsable du Shas ayant envoyé un message à la presse dans lequel il qualifiait Ben Gvir de « ministre le plus raté du gouvernement ».

« Et le parti Otzma Yehudit est le maillon faible de la direction du pays », a ajouté le responsable.

Le bureau de M. Ben Gvir a déclaré au quotidien Maariv que M. Deri était l’un des principaux partisans du gel des projets controversés de la coalition visant à entraver le système judiciaire.

« S’il s’était aligné à nos côtés pour promouvoir une législation significative sur le système judiciaire plutôt que de faire de la politique politicienne, nous n’aurions pas les problèmes que nous connaissons aujourd’hui et les réformes auraient été adoptées », a déclaré le bureau de Ben Gvir.

Au cours de la réunion, Otzma Yehudit aurait accusé Shas d’avoir conclu un accord avec les partis d’opposition pour soutenir l’élection de Karine Elharrar à la commission de sélection des juges en échange d’une loi permettant à Deri d’être ministre.

Le chef du Shas, Aryeh Deri, lors d’une réunion de sa faction à la Knesset, le 6 février 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Deri, qui a déjà purgé une peine pour corruption, a été nommé ministre de la Santé et de l’Intérieur après l’arrivée au pouvoir de la coalition de droite, mais il a ensuite été déchu de ces postes par la Haute Cour en raison d’une nouvelle condamnation pour délits fiscaux et d’une tentative présumée d’induire la Cour en erreur quant à son avenir politique.

La coalition a cherché à faire passer une nouvelle législation qui lui permettrait de réintégrer le cabinet.

Un responsable du Likud a déclaré à Maariv que la campagne visant à faire passer une loi pour Deri avait accaparé le gouvernement, le mettant en danger.

« Il n’y a rien à l’ordre du jour, si ce n’est le retour de Deri au gouvernement. Pourquoi avons-nous besoin de ce front inutile avec Ben Gvir ? », s’est-il interrogé.

Si le gouvernement tombe à cause des caprices personnels de Deri, il le paiera aux élections, » a-t-il ajouté.

Canaan Lidor a contribué à cet article.

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