Révolte de la communauté ultra-orthodoxe suite aux arrestations de réfractaires
Des étudiants bloquent les routes et attaquent la police et les partis haredim bloquent les travaux de la Knesset. Le Premier ministre envisage de surseoir aux arrestations
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En colère suite aux initiatives qui ont été prises par le gouvernement pour faire arrêter les réfractaires au service militaire, la communauté ultra-orthodoxe d’Israël s’est révoltée, ces dernières semaines, et elle menace de faire dérailler l’agenda législatif du Premier ministre Benjamin Netanyahu, en plus de semer le chaos dans les rues du pays au moyen de manifestations toujours plus violentes.
Les arrestations ont pris de l’ampleur, le mois dernier, lorsque la police a annoncé la mise en détention des réfractaires au service militaire, qu’elle avait jusque là laissés en liberté, en application d’une récente décision de justice.
Ces deux dernières années, Tsahal a envoyé des dizaines de milliers d’ordres d’enrôlement à des membres de la communauté ultra-orthodoxe dont l’exemption de service militaire obligatoire avait été révoquée par un arrêt de la Cour Suprême en 2024. La plupart d’entre eux ont ignoré ces ordres, ce qui a eu pour conséquence d’en faire des déserteurs susceptibles d’être interpellés ou soumis à sanctions.
On estime actuellement à 80 000 hommes le nombre d’hommes ultra-orthodoxes de 18 à 24 ans éligibles au service militaire mais qui ne se sont pas enrôlés, malgré le manque criant d’effectifs au sein de l’armée israélienne.
La décision prise par la police de durcir l’application de la loi est intervenue quelques jours seulement après que les partis haredim de la Knesset ont fait part de leur volonté de dissoudre le Parlement et de provoquer des élections anticipées, en raison de l’échec de la coalition à faire adopter une loi très polémique rétablissant l’exemption de service des étudiants de yeshiva.
Depuis lors, les députés ultra-orthodoxes ont durci leur discours, menaçant d’une révolte fiscale, appelant la police à désobéir aux ordres, exigeant que les autorités locales cessent toute coopération avec les forces de l’ordre, et menaçant même de s’en prendre à la procureure générale Gali Baharav-Miara — fervente partisane des interpellations — « avec des bâtons et des pierres ».
Le chaos dans la rue
Cette rhétorique s’est accompagnée d’actions menées par des membres de la communauté ultra-orthodoxe, en particulier par les Haredim affiliés à la ligne dure de la « Faction de Jérusalem », qui sont descendus dans la rue pour tenter de s’opposer aux arrestations.
Mercredi matin, au cours d’un rassemblement anti-conscription, des manifestants ultra-orthodoxes ont bloqué la circulation près de Bnei Brak, dans le centre d’Israël. La manifestation a donné lieu à des violences, poussant la police à utiliser des grenades assourdissantes et des matraques pour disperser les participants.
Plus tard dans la journée, des milliers de manifestants haredim issus d’une autre mouvance se sont rassemblés devant la prison militaire de Beit Lid (gérée par Tsahal) pour protester contre l’incarcération d’un insoumis ultra-orthodoxe qui était détenu dans l’établissement.
Ces dernières semaines, des manifestants haredim ont brisé des fenêtres en tentant de pénétrer au domicile du vice-président de la Cour suprême, Noam Sohlberg, lors d’une émeute. Ils ont également forcé l’entrée d’un complexe policier à Beit Shemesh et ils se sont introduits au domicile du chef de la police militaire alors que ses proches s’y trouvaient.
Des radicaux haredim ont aussi récemment tenté de prendre d’assaut un commissariat de police dans le Complexe russe de Jérusalem.
Un boycott législatif
Pendant que les éléments radicaux occupent la rue, la direction politique des haredim mène un combat parallèle au Parlement. Elle tente en effet de faire voter des projets de loi destinés à réduire les peines des réfractaires, à faire assimiler l’étude de la Torah au service militaire et à rétablir les subventions allouées aux réfractaires, supprimées par l’actuel gouvernement.
Mardi, les membres de la commission de la Knesset ont voté à l’unanimité le renvoi d’une proposition de Loi fondamentale — déclarant l’étude de la Torah comme une valeur fondatrice de l’État d’Israël — devant la commission de la Constitution, des Lois et de la Justice de la Knesset.
Ce projet de loi, approuvé en lecture préliminaire par la plénière de la Knesset la semaine dernière, vise à définir ceux qui se consacrent à l’étude à long terme de la Torah comme accomplissant un « service significatif » au profit de l’État, établissant une équivalence avec le service militaire, tout en conférant aux étudiants de yeshiva des droits égaux à ceux des soldats.
Selon la chaîne N12, une version actualisée du texte a retiré les termes faisant explicitement référence aux allocations accordées aux étudiants de yeshiva et assimilant directement l’étude de la Torah à plein temps au service militaire — bien que les partis haredim estiment que ce changement ne fera aucune différence sur le fond.
Malgré cela, pour la troisième journée consécutive mercredi, tous les projets de loi de la coalition ont été retirés de l’ordre du jour de la Knesset. Les partis Shas et Yahadout HaTorah se livrent en effet à un boycott législatif afin de faire pression en faveur de l’adoption d’un autre projet de loi, destiné lui à annuler une décision de la procureure générale d’août 2024, laquelle a supprimé les subventions aux crèches accueillant des enfants de réfractaires au service militaire.
Malgré un vote en commission pour faire voter cette loi, la coalition a refusé de la soumettre au vote en session plénière, invoquant un manque de soutien. Selon un député du Likud, qui s’est exprimé sous couvert d’anonymat auprès du Times of Israel : « Il ne s’agit pas seulement de compter les voix, il s’agit surtout du fait que le Likud redoute la réaction de l’opinion publique à l’approche des élections. »
« Je ne pense pas que ça passera », a affirmé cette source.
Il semble que ce boycott ait donné un coup d’arrêt, pour le moins temporaire, à l’offensive législative de la coalition, au moment où les députés tentent de faire voter, avant les prochaines vacances parlementaires de pré-campagne électorale, des lois destinées à scinder le rôle de procureur général, à créer une commission d’enquête politique sur les événements du 7-octobre et à conférer au gouvernement un contrôle important sur les médias.
La coalition dispose d’une marge de manœuvre très étroite pour faire adopter ces textes. Une source proche du dossier a indiqué au Times of Israel que les vacances parlementaires commenceraient probablement le 16 juillet prochain.
Surseoir aux arrestations
Pour tenter de sortir de cette impasse, Netanyahu envisagerait une mesure à laquelle serait favorable le président du Shas, Aryeh Deri, et qui consisterait à extraire une section de la loi d’exemption de conscription (qui n’a pas été votée) afin de surseoir aux arrestations de réfractaires, et à la faire voter sous forme de loi autonome.
Selon le site d’information Ynet, Netanyahu aurait informé ses partenaires ultra-orthodoxes qu’il y avait une majorité à la Knesset en faveur d’une telle initiative.
Cependant, une source haut placée au sein du parti Yahadout HaTorah a, pour le Times of Israel, balayé l’idée que Netanyahu fasse quoi que ce soit pour s’opposer aux arrestations, qualifiant cette hypothèse de « non-sens ».
Le député du Likud est du même avis, estimant peu probable qu’une telle mesure recueille le soutien de la majorité dans la mesure où elle s’était déjà heurtée à l’opposition des conseillers juridiques de la Knesset.
Malgré tout, un second député du Likud a nuancé en déclarant que certains membres de la coalition « considéraient ces arrestations comme contre-productives, et qu’ils pourraient donc éventuellement soutenir leur suspension » — mais qu’ils fixeraient une ligne rouge en ce qui concerne la suspension des sanctions économiques contre les réfractaires et déserteurs et le vote de la loi sur les crèches.
Cette opposition va redoubler les pressions exercées sur Netanyahu de façon à trouver une solution à cette impasse politique et calmer les tensions qui se déchaînent dans la rue, une tâche d’autant moins aisée que le compte à rebours avant les élections s’accélère.
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