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Roumanie : Un parti populiste qualifie l’enseignement de la Shoah de « sujet mineur »

AUR affirme que d'autres sujets ont été mis de côté ; cette déclaration a suscité les critiques de l'envoyé d'Israël et des organismes de veille

Des Juifs se rendent sur les tombes de proches tués lors de la Shoah pendant la Seconde Guerre mondiale, dans la ville roumaine de Lasi, le 28 novembre 2012. (Yaakov Naumi/Flash90)
Des Juifs se rendent sur les tombes de proches tués lors de la Shoah pendant la Seconde Guerre mondiale, dans la ville roumaine de Lasi, le 28 novembre 2012. (Yaakov Naumi/Flash90)

BUCAREST (JTA) – Un parti politique conservateur a provoqué un tollé en Roumanie après avoir qualifié de « sujet mineur » l’enseignement de la Shoah, alors qu’il a été récemment rendu obligatoire dans les lycées du pays.

Le parti populiste Alliance pour l’Union des Roumains (AUR) a publié une déclaration lundi accusant le gouvernement de reléguer les « sujets fondamentaux » tels que « les sciences exactes, la langue et la littérature roumaines et l’histoire nationale » en faveur de « sujets mineurs » tels que « l’éducation sexuelle » et « l’histoire de la Shoah ».

Par ce biais, le gouvernement tente « de saper la qualité du système éducatif en Roumanie », peut-on lire dans la déclaration.

L’AUR détient un total de 43 sièges au Sénat et à la Chambre basse du Parlement roumain, qui en compte 466. L’histoire de la Shoah est devenue une matière obligatoire dans les lycées roumains en novembre.

David Saranga (Crédit : Shahar Ezran/ministère des Affaires étrangères)

L’ambassadeur d’Israël en Roumanie, David Saranga, a fait valoir sur Twitter que la déclaration d’AUR relevait de la définition de l’antisémitisme de l’Alliance internationale pour la mémoire de la Shoah (IHRA), que le gouvernement roumain a adoptée en 2017.

S’adressant à RFI Roumanie, le représentant spécial du gouvernement pour la lutte contre l’antisémitisme, Alexandru Muraru, a évoqué la possibilité d’interdire AUR, qualifiant le parti de « menace pour l’ordre constitutionnel de la Roumanie ».

L’Institut Elie Wiesel pour l’étude de l’Holocauste en Roumanie a également condamné AUR, accusant ses dirigeants de se cacher « derrière l’immunité parlementaire » pour éviter d’être poursuivis pour cette déclaration.

Le co-dirigeant d’AUR, Claudiu Tarziu, a répondu à Saranga dans une lettre ouverte publiée mercredi.

« Nous sommes chrétiens, donc nous ne pouvons pas être antisémites », a écrit Tarziu, qui a nié avoir qualifié la Shoah de « sujet mineur ». Le sénateur a reconnu les « sinistres horreurs » infligées aux Juifs par « le régime nazi », sans mentionner la responsabilité de la Roumanie dans ce massacre.

Claudiu Tarziu, un dirigeant du parti roumain AUR. (Capture d’écran de YouTube via JTA)

Selon les statistiques officielles roumaines, entre 280 000 et 380 000 Juifs ont été assassinés ou sont morts dans les territoires sous administration roumaine pendant la Seconde Guerre mondiale.

L’AUR a choqué la majeure partie du pays en remportant 9 % des voix aux élections nationales de décembre 2020, entrant ainsi au Parlement pour la première fois.

Certains de ses dirigeants ont défendu le bilan de personnages historiques qui ont servi dans le régime du dictateur roumain Ion Antonescu – un allié d’Hitler – ou ont fait partie de la Garde de fer, un mouvement farouchement antisémite et fasciste.

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