Shaked suscite la polémique pour des propos sur les morts de la COVID-19
Rechercher

Shaked suscite la polémique pour des propos sur les morts de la COVID-19

La ministre, défendant la politique du gouvernement dans la lutte contre la pandémie, a paru minimiser les décès consécutifs au virus ; elle a reconnu une formulation maladroite

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Mille chaises sont placées sur la place Rabin à Tel Aviv pour symboliser les décès dus à la pandémie de coronavirus, le 7 septembre 2020. (AP Photo/Sebastian Scheiner)
Mille chaises sont placées sur la place Rabin à Tel Aviv pour symboliser les décès dus à la pandémie de coronavirus, le 7 septembre 2020. (AP Photo/Sebastian Scheiner)

La ministre de l’Intérieur, Ayelet Shaked, a été critiquée mardi soir après avoir paru minimiser les décès entraînés par le coronavirus alors qu’elle défendait la réponse apportée par le nouveau gouvernement à la reprise de l’épidémie.

Shaked tentait d’expliquer la signification de la décision prise par le gouvernement de mettre en place des politiques permettant de vivre avec la pandémie plutôt que de tenter de la contenir par le biais de mesures de restrictions, quand elle a noté que le pays devait apprendre comment accepter les morts induites par une crise sanitaire.

« Nous devons apprendre comment accepter les cas graves et comment accepter également la mort parce que nous vivons une pandémie et que dans une pandémie, les gens meurent », a-t-elle déclaré au cours d’un entretien avec la Treizième chaîne. « C’est quelque chose qui arrive, en ce moment, dans le monde entier ».

Les propos de Shaked ont été tenus quelques heures après l’annonce faite, mardi matin, par le ministre de la Santé, que 6 571 Israéliens avaient succombé à une forme grave de coronavirus depuis le début de la pandémie, soit 12 personnes de plus en l’espace de vingt-quatre heures.

Plus de 4,3 millions de personnes dans le monde entier sont mortes des suites de la COVID-19 – ce qui en fait l’une des épidémies les plus meurtrières de notre période contemporaine.

Plus de 6 300 nouveaux cas de COVID-19 ont été confirmés au sein de l’État juif lundi. C’est le bilan le plus lourd qui a été enregistré depuis le début du mois de février et certains experts ont averti que le gouvernement ne sera pas en mesure d’inverser la tendance de ces cas en augmentation sans mettre en œuvre des restrictions sévères sur les rassemblements ou sur les déplacements – ce que le gouvernement avait évité de faire jusqu’à aujourd’hui.

La ministre de l’Intérieur Ayelet Shaked pendant une conférence du groupe Besheva à Jérusalem, le 1er août 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Shaked a été presque immédiatement critiquée pour ses propos, en particulier par l’opposition qui cherche à dépeindre le gouvernement comme étant incapable de contrôler la pandémie et qui l’a blâmé pour la recrudescence des cas de virus, même si les experts de la santé attribuent ce nouvel essor au variant Delta, très contagieux.

Ofir Sofer, député du Parti sioniste religieux, a écrit sur Twitter que « les propos misérables de Shaked révèlent la prise en charge ratée de la pandémie par le gouvernement ».

Certains ont souligné que le Premier ministre Naftali Bennett, à la tête de la formation Yamina, à laquelle appartient Shaked, avait vilipendé le gouvernement précédent au mois de janvier dernier, depuis la tribune de la Knesset, l’accusant de ne pas prendre au sérieux les décès consécutifs à la COVID-19.

« Les gens meurent, mais que faites-vous donc ? », s’était emporté férocement Bennett depuis la tribune. « Vous avez perdu l’esprit ? »

Le Premier ministre Naftali Bennett s’exprime devant la Knesset, le 13 juin 2021. (Crédit : EMMANUEL DUNAND / AFP)

Peu après l’interview, Shaked est revenue sur ses propos polémiques dans un communiqué en affirmant que « chaque mort est un monde en lui-même et la vie humaine est une valeur suprême, sacrée ». Elle a déclaré que l’intention, dans ses commentaires, avait été « d’expliquer le prix accompagnant la gestion de l’épidémie mondiale… J’aurais dû opter pour une formulation différente ».

Bennett, mardi, a pris des initiatives en faveur de l’élargissement du système du Pass vert qui restreint l’entrée dans certains espaces aux personnes vaccinées ou rétablies du coronavirus, selon des informations transmises par les médias israéliens. Le cabinet votera ces directives mercredi.

Les responsables du gouvernement insistent sur le fait que les efforts livrés se concentrent sur la nécessité d’éviter un quatrième confinement national – une mesure qui, selon un certain nombre de ministres, est inefficace et fait plus de mal que de bien.

Des Israéliens portent des masques au centre Dizengoff à Tel Aviv, le 9 août 2021. (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)

Lundi, le ministre des Finances Avigdor Liberman a déclaré aux journalistes « qu’une corrélation entre confinement et diminution du nombre de cas et de personnes gravement malades n’est pas clairement établie, mais ce qui est néanmoins très clair, c’est qu’il y a une corrélation entre confinement et dégâts économiques ».

Il a ajouté qu’alors même que les Israéliens « savent comment vivre avec la grippe, ils doivent apprendre aujourd’hui la même chose avec le coronavirus ».

Toutefois, les professionnels de la santé et notamment le directeur-général du ministère de la Santé, Nachman Ash, ont indiqué qu’un confinement serait inévitable pour faire chuter le nombre de cas au sein de l’État juif.

« Je ne veux pas de confinement mais c’est inévitable, et il viendra à un moment où nous n’y serons pas préparés », a commenté le professeur Masad Barhoum, à la tête de l’hôpital de Nahariya, au micro de la Radio militaire, mardi.

Image d’illustration : Des membres de l’équipe de l’hôpital Herzog portant des équipements de sécurité alors qu’ils travaillent dans la salle du coronavirus du centre médical Herzog à Jérusalem, le 29 juillet 2021. (Yonatan Sindel/Flash90)

Dans l’entretien accordé à la Treizième chaîne, Shaked a déclaré que le gouvernement – qui a pris ses fonctions au début du mois de juin, alors même que la nouvelle vague d’infections commençait – n’a pas été pris par surprise par la recrudescence des cas.

« Il n’y a pas eu de complaisance du tout et il n’y a pas eu non plus de manque de compréhension de la situation », a-t-elle déclaré lorsqu’il lui a été demandé si les ministres ne s’étaient pas montrés trop sûrs d’eux et s’ils n’avaient pas été insuffisamment préparés à une reprise de l’épidémie.

Le chef de l’opposition Benjamin Netanyahu, prédécesseur du Premier ministre Naftali Bennett, s’est déchaîné contre son successeur mardi au sujet du taux de morbidité dans le pays. « Israël n’avait pas besoin de connaître un tel échec », a-t-il notamment affirmé dans un communiqué.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...