Steven Spielberg avait confondu la veuve d’Oskar Schindler et une Juive sauvée
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Steven Spielberg avait confondu la veuve d’Oskar Schindler et une Juive sauvée

Le réalisateur avait mis en colère Emilie Schindler avec un courrier de 1993 qui l'invitait, ainsi que son "époux", à prendre part à l'épilogue de la "Liste de Schindler"

Le réalisateur Steven Spielberg au Wilshire Hotel, à Beverly Hills, Californie, le 28 février 2019. (Chris Pizzello/Invision/AP)
Le réalisateur Steven Spielberg au Wilshire Hotel, à Beverly Hills, Californie, le 28 février 2019. (Chris Pizzello/Invision/AP)

Alors que le réalisateur américain Steven Spielberg travaillait sur « La Liste de Schindler », il avait confondu Emilie Schindler – qui, aux côtés de son époux, Oskar, avait permis à environ 1 200 Juifs de survivre pendant la Shoah – avec une Juive qu’elle avait sauvée, révèlent des documents qui viennent d’être rendus publics.

Dans un faux épistolaire, Spielberg avait signé de sa propre main une lettre adressée en 1993 à Emilie Schindler, l’invitant à prendre part à l’épilogue du film en tant que Juive sauvée des camps de la mort nazis. Il avait même invité son mari à figurer dans la scène, ont fait savoir les médias britanniques dans la journée de lundi.

Au cours d’interviews données ultérieurement, Schindler avait exprimé sa colère face à ce courrier reçu – ainsi que face à sa mise à l’écart dans le film et dans d’autres récits historiques qui attribuent les sauvetages des Juifs exclusivement à son mari.

Emilie Schindler s’est éteinte en 2001. Erika Rosenberg, son amie et biographe, a expliqué qu’Oskar et Emilie avaient tenu un rôle « égal » dans les secours apportés aux Juifs pendant la Shoah, en versant des pots-de-vin aux nazis pour garantir que les prisonniers seraient libérés.

Emilie Schindler, veuve de l’homme d’affaires allemand Oskar Schindler, lors d’une visite à l’école Oskar Schindler de Berlin, le 12 juillet 2001 (Crédit : AP Photo/Roberto Pfeil)

Rosenberg vend aujourd’hui aux enchères un ensemble unique formé de 48 cassettes, avec des enregistrements et des entretiens accordés par Emilie Schindler. Elles offriraient un récit détaillé de son existence, notamment de son enfance, de son mariage, de ses agissements pendant la Seconde Guerre mondiale et de sa vie après-guerre.

Cette vente aura lieu mercredi à la maison d’enchères Lyon & Turnbull, où les cassettes pourraient atteindre un prix allant de 800 à 1 000 livres, selon le Daily Mail.

La lettre écrite par Spielberg à Schindler, datée du 7 mai 1993, ne figure pas dans la vente, mais une copie a été citée dans le journal.

« Vous avez fait partie d’une page remarquable de l’histoire », dit le courrier. « J’ai eu pour la première fois connaissance de votre sauvetage improbable – et de celui de plus de 1 300 Juifs – par Oskar Schindler des camps de la mort nazis il y a plus de dix ans, et il m’a fallu toutes ces années pour porter à l’écran ce récit historique déterminant ».

« L’histoire du sauvetage de vos vies sera partagé avec des personnes du monde entier dans le cadre d’un long-métrage majeur d’ici la fin de l’année », continue le réalisateur dans sa missive.

« Je me rendrai en Israël avec mon équipe pour y tourner la scène d’épilogue de mon film sur la tombe d’Oskar Schindler. Je serais profondément honoré que vous apparaissiez dans cette scène et que vous m’autorisiez à y inclure votre visage important », poursuit la lettre.

« Vous et votre mari êtes ainsi invités à venir à Jérusalem du 25 au 30 mai 1993. Vous êtes mes invités », conclut Spielberg.

S’exprimant auprès du Daily Mail depuis son domicile de Buenos Aires, en Argentine, Erika Rosenberg a raconté, la semaine dernière, que « ce qui est unique dans cette invitation, c’est que Spielberg a écrit à la veuve d’Oskar en la confondant avec une Juive que ce dernier aurait sauvée ».

« Et ce qui est étonnant, c’est que, dans le dernier paragraphe, il invite également le mari d’Emilie. Ce qui avait mis Emilie très en colère et c’est ce qu’elle raconte dans l’un dans l’enregistrement », a-t-elle ajouté.

Un portrait d’Oskar Schindler au musée mémorial de l’Holocauste de Yad Vashem, à Jérusalem, le 4 mars 2015. (Crédit : AFP/Gali Tibbon)

Oskar Schindler, membre du parti nazi, avait sauvé, avec Emilie, des Juifs en les embauchant dans son usine de fabrication de matériel en émail et d’armement à Cracovie. Pendant les années de guerre, il avait dépensé sa fortune toute entière pour verser des pots-de-vin aux responsables nazis et pour fournir à ses employés ce dont ils avaient besoin pour assurer leur survie. Il était sorti de la guerre ruiné.

Emilie, elle aussi, aurait vendu tous ses bijoux pour acheter des produits alimentaires, des vêtements et des médicaments.

Oskar était mort en 1974. Il a été inhumé sur le mont Sion de Jérusalem et il est le seul membre du parti nazi auquel Israël a rendu un tel hommage. Un arbre à son nom a été planté sur l’avenue Yad Vashem des Justes parmi les nations.

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