Trump signe le décret reconnaissant la souveraineté d’Israël sur le Golan
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Trump signe le décret reconnaissant la souveraineté d’Israël sur le Golan

"Cela aurait dû avoir lieu il y a des décennies", a déclaré le président américain ; Damas et Moscou condamnent la décision américaine ; pour l'ONU, ça ne change rien

Le président américain Donald Trump a signé lundi à la Maison Blanche, en présence du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, le décret reconnaissant officiellement la souveraineté d’Israël sur le plateau du Golan.

En pleine campagne électorale dans son pays, M. Netanyahu a déclaré qu’Israël « ne renoncerait jamais » à la majeure partie du Golan syrien conquis par l’Etat hébreu lors de la guerre des Six Jours en 1967, avant d’appliquer la loi israélienne en 1981.

Le président des Etats-Unis a signé face aux caméras un décret reconnaissant la souveraineté d’Israël sur le Golan, comme promis la semaine dernière dans un tweet. « Cela aurait dû avoir lieu il y a des décennies », a-t-il déclaré, comme il l’avait fait fin 2017 en reconnaissant Jérusalem comme capitale de l’Etat hébreu.

Avant la signature, Trump a déclaré que cette démarche « permettait à Israël de se défendre » contre les « défis sécuritaires conséquents auxquels il fait face quotidiennement ». Il a déclaré qu’Israël « a conquis le plateau du Golan pour se protéger face à des menaces extérieures » comme celles qu’il vit au quotidien face à la Syrie, l’Iran et le groupe terroriste du Hezbollah, soutenu par l’Iran.

Selon le texte de la proclamation, « tout éventuel futur accord de pays dans la région doit prendre en compte le besoin d’Israël à se protéger de la Syrie et d’autres menaces régionales. Sur la base de ces circonstances uniques, il est donc impératif de reconnaître la souveraineté israélienne sur le plateau du Golan ».

La déclaration « proclame ci-dessus que les Etats-Unis reconnaissent que le plateau du Golan fait partie de l’Etat d’Israël ».

Le président américain a déclaré plus tard, dans le bureau ovale, qu’il avait étudié la question pendant « des années » et que « cela aurait dû être fait il y a, je dirais, plusieurs présidents. Mais pour une raison ou pour une autre, ils ne l’ont pas fait, et je suis honoré de l’avoir fait ».

Trump s’est également engagé à maintenir sa fermeté à l’égard de l’Iran et déclaré que sa décision de restaurer les sanctions sur le régime à Téhéran avait « eu un grand impact ».

Le président américain Donald Trump et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, dans l’aile ouest de la Maison Blanche, le 25 mars 2019. (Crédit : Brendan Smialowski/AFP)netan

Le chef du gouvernement israélien a martelé en ce « jour historique » que son pays ne renoncerait « jamais » au Golan, remerciant chaleureusement, et à plusieurs reprises, le locataire de la Maison Blanche, pour son « incroyable soutien », lors d’une poignée de main appuyée. »L’Iran n’est pas le même pays que lorsque je suis arrivé au pouvoir », a-t-il dit.

« Israël n’a jamais eu un meilleur ami que vous », a redit Benjamin Netanyahu, qui se présente comme l’homme le mieux placé pour gérer les relations avec les Etats-Unis et son impétueux président.

« Votre décision de reconnaître la souveraineté israélienne rend justice à deux égards : Israël a remporté le plateau du Golan dans une guerre de légitime défense, et la relation du peuple juif à cette terre remonte à des générations. »

Netanyahu a ajouté que le plateau montagneux le long de la frontière syrienne était « inestimable » pour la défense d’Israël « et cette décision historique est très lourde de sens pour moi, pour nous et pour tous les Israéliens. »

« Votre proclamation intervient à une époque où le Golan est plus important que jamais pour notre sécurité, alors que l’Iran tente d’implanter des bases en Syrie pour frapper Israël. Depuis l’autre côté de la frontière, l’Iran a lancé des drones vers notre espace aérien, des missiles vers notre territoire », a continué Netanyahu.

« Monsieur le président, tout comme Israël s’est tenu fier en 1967 et en 1973, Israël se tient fier aujourd’hui. Nous avons la main et nous ne la perdrons jamais. »

Netanyahu était à Washington pour la conférence annuelle de l’AIPAC mais a écourté sa visite et annulé son discours après qu’une roquette a été lancée depuis la bande de Gaza, contrôlée par le Hamas, a détruit un maison au nord-est de Tel Aviv et fait 7 blessés. Netanyahu s’est envolé pour Israël après ses entretiens à la Maison Blanche.

« A l’heure où je vous parle, Israël répond avec force à cette agression », a déclaré Netanyahu depuis la Maison Blanche. « Israël ne tolérera pas ceci. Je ne le tolérerai pas », a-t-il ajouté.

La zone frontalière entre Israël et la Syrie sur le plateau du Golan, le 21 février 2019 (Crédit : Maor Kinsbursky/ Flash90)

Le président israélien Reuven Rivlin a remercié Trump pour sa décision « brave et sans précédent ».

« C’est un amendement historique d’une importance inédite. L’histoire du peuple juif dans le Golan est pluri-millénaire, et le plateau du Golan est une partie indissociable de l’Etat d’Israël, crucial pour notre sécurité et pour notre existence en tant que peuple. J’espère que d’autres pays et dirigeants emboîteront le pas aux Etats-Unis et déclareront leur reconnaissance de notre souveraineté sur le Golan ».

« Je remercie également le président des Etats-Unis, Donald Trump, un véritable ami de l’Etat d’Israël, pour sa décision brave et sans précédent de reconnaître la souveraineté israélienne sur le plateau du Golan, ainsi que sa décision de reconnaître que Jérusalem est la capitale de l’Etat d’Israël », a déclaré Rivlin dans un communiqué.

Le gouvernement syrien a qualifié lundi de « violente attaque contre l’intégrité territoriale de la Syrie » la reconnaissance américaine de la souveraineté d’Israël sur le plateau du Golan.

« Dans ce qui constitue une violente attaque contre la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Syrie, le président des Etats-Unis a reconnu l’annexion du Golan syrien », a déclaré une source du ministère des Affaires étrangères à l’agence de presse officielle syrienne Sana. « Trump n’a pas le droit ni l’autorité légale pour légitimer l’occupation » israélienne, a ajouté la source au sein du ministère des Affaires étrangères syrien. Le soutien illimité de Washington à Israël fait des Etats-Unis le « premier ennemi des Arabes », a-t-elle encore affirmé, selon Sana.

Sur Twitter, le chef de l’opposition syrienne, Nasr Hariri, a estimé que la décision américaine allait « provoquer plus de violence et d’instabilité et aurait des répercussions négatives sur les efforts en vue de la paix dans la région ».

La Russie, alliée du régime syrien, a dit craindre lundi « une nouvelle vague de tensions » au Proche-Orient à la suite de la reconnaissance par Washington de la souveraineté d’Israël sur le plateau du Golan.

« Malheureusement, cela peut conduire à une nouvelle vague de tensions dans la région du Proche-Orient », a averti la porte-parole de la diplomatie russe Maria Zakharova, citée par les agences de presse russes, lors d’une émission à la radio. « De telles choses, parce qu’elles se situent en dehors du champ légal et ignorent toutes les procédures internationales (…) ne peuvent malheureusement qu’aggraver la situation », a-t-elle ajouté.

« L’intention des Etats-Unis de reconnaître la souveraineté d’Israël sur le plateau du Golan conduit à une violation grossière du droit international, entrave la résolution de la crise syrienne et aggrave la situation dans tout le Proche-Orient », avait averti lundi le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov lors d’un entretien téléphonique avec son homologue américain Mike Pompeo avant la signature du décret.

« La signature de (Donald) Trump est pratiquement un cadeau électoral à (Benjamin) Netanyahu qui est en difficulté avant les élections », a souligné le ministre turc lors d’un discours prononcé à Antalya. « Quoi que vous fassiez (pour Netanyahu) – qui divise jusqu’à son propre peuple, qui bombarde à Gaza, aujourd’hui, comme vous pouvez le voir, pour ce tyran, il n’y aura pas d’avantages. Les efforts de l’Amérique sont vains », a poursuivi Mevlut Cavusoglu, dont les propos étaient retransmis à la télévision turque. Cavusoglu a assuré que la Turquie « ferait jusqu’au bout tout ce qui est nécessaire » et œuvrerait avec la communauté internationale contre « les décisions unilatérales » prises au détriment du droit international.

Au Caire, le secrétaire général de la Ligue arabe, une organisation qui regroupe les Etats arabes, Ahmed Aboul Gheit, a jugé la décision de M. Trump « nulle et non avenue dans le fond et la forme ».

« Légaliser l’occupation est une nouvelle orientation de la politique américaine (…) Si l’occupation est un grand crime, la légitimer est un pêché qui n’en est pas moins grave », a déclaré M. Aboul Gheit, dans un communiqué. Il a ajouté que le rejet de cette politique américaine était une position arabe « unanime » qui sera réaffirmée au prochain sommet arabe de Tunis.

Le Koweït a estimé que la décision américaine n’aiderait pas à l’établissement de la paix et remettait en cause le rôle des Etats-Unis en tant que médiateur.

La Jordanie a elle dénoncé une « décision unilatérale qui provoquerait davantage de tensions dans la région ».

A Beyrouth, le ministère des Affaires étrangères a rejeté une mesure qui « viole le droit international et nuit aux efforts pour une paix juste ». « Les hauteurs du Golan sont un territoire syrien et arabe et (…) aucun pays ne peut changer l’Histoire en transférant la propriété d’un territoire d’un pays à un autre », selon lui.

Le chef du Hamas, Ismail Haniyeh, a dénoncé lundi soir la décision du président américain. « Ces positions américaines et ces décisions oppressives qui viennent de nulle part ne changeront pas les faits historiques et géographiques de la terre syrienne et les droits du peuple syro-arabe dans le Golan occupé », a déclaré Haniyeh dans un communiqué.

L’Arabie saoudite « exprime son rejet ferme et condamne la déclaration de l’administration américaine reconnaissant la souveraineté d’Israël sur le plateau du Golan syrien occupé », a rapporté lundi l’agence de presse officielle SPA.

Le Golan demeure « une terre arabe syrienne occupée » et le reconnaître comme israélien est une « violation de la charte des Nations unies et de la résolution internationale », a-t-elle ajouté.

« Il y aura des effets négatifs sur le processus de paix au Moyen-Orient, ainsi que sur la sécurité et la stabilité dans la région », indique-t-on encore.

Le statut du Golan « inchangé » pour l’ONU après la décision américaine

Le statut juridique du Golan reste inchangé après la décision du président américain Donald Trump de reconnaître la « souveraineté » d’Israël sur ce territoire du Proche-Orient, a indiqué lundi le porte-parole de l’ONU, Stéphane Dujarric.

« Pour le secrétaire général (Antonio Guterres), il est clair que le statut du Golan n’a pas changé. La politique de l’ONU à l’égard du Golan vient des résolutions adoptées par le Conseil de sécurité et cette politique, à nouveau, n’a pas changé », a-t-il souligné lors de son point-presse quotidien.

Prévues de longue date, des consultations à huis clos du Conseil de sécurité sur la force de l’ONU (Fnuod) déployée sur le plateau du Golan doivent se tenir mercredi à New York. Dès mardi, une réunion mensuelle publique du Conseil sur le Proche-Orient devrait aussi permettre aux membres de l’instance de l’ONU d’évoquer la décision américaine.

Lors des consultations mercredi, la position des Etats-Unis à l’égard de l’avenir de la Fnuod, dont le mandat arrive à échéance fin juin, sera « intéressante » à entendre, indique un diplomate pour qui un maintien de la force pourrait ne plus être compatible avec la nouvelle politique américaine attribuant ce territoire à Israël.

La Fnuod (Force des Nations unies pour l’observation du désengagement), dont le coût annuel est d’environ 60 millions de dollars, compte un millier de Casques bleus. Ils sont chargés depuis 1974 de contrôler une zone-tampon démilitarisée sur le plateau du Golan.

A l’ONU, la résolution renouvelant régulièrement le mandat de la Fnuod a la particularité (unique pour les opérations de paix) d’être co-rédigée chaque année par les Etats-Unis et la Russie.

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