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Ukraine : Les citoyens binationaux comptent sur leur passeport israélien pour fuir

Des diplomates se rendent quotidiennement en Ukraine pour délivrer des documents de voyage aux Ukraino-Israéliens, afin que des hommes en âge de combattre puissent également partir

  • La famille Groisman attend de monter à bord d’un autobus affrété par le ministère des Affaires étrangères près de Krakovets, poste frontalier de l’Ukraine en Pologne, le 23 mars 2022. (Crédit : Carrie Keller-Lynn/The Times of Israel)
    La famille Groisman attend de monter à bord d’un autobus affrété par le ministère des Affaires étrangères près de Krakovets, poste frontalier de l’Ukraine en Pologne, le 23 mars 2022. (Crédit : Carrie Keller-Lynn/The Times of Israel)
  • Une diplomate israélienne établit un laissez-passer qui sera délivré à un citoyen ukrainien-israélien, près de Krakovets, poste frontalier entre l’Ukraine et la Pologne, le 23 mars 2022. (Crédit : Carrie Keller-Lynn/The Times of Israel)
    Une diplomate israélienne établit un laissez-passer qui sera délivré à un citoyen ukrainien-israélien, près de Krakovets, poste frontalier entre l’Ukraine et la Pologne, le 23 mars 2022. (Crédit : Carrie Keller-Lynn/The Times of Israel)
  • Le consul israélien Alon Shoham (à gauche) délivre un laissez-passer — établi dans la voiture derrière eux — à un citoyen israélo-ukrainien, près de Krakovets, au poste frontalier entre l’Ukraine et la Pologne, le 23 mars 2022. (Crédit : Carrie Keller-Lynn/The Times of Israel)
    Le consul israélien Alon Shoham (à gauche) délivre un laissez-passer — établi dans la voiture derrière eux — à un citoyen israélo-ukrainien, près de Krakovets, au poste frontalier entre l’Ukraine et la Pologne, le 23 mars 2022. (Crédit : Carrie Keller-Lynn/The Times of Israel)

KRAKOVETS, Ukraine – Alors que le voyage de Lviv jusqu’à la frontière polonaise approchait les dix heures, la tension à bord du bus – principalement rempli de citoyens avec la double nationalité ukrainienne et israélienne – était à son comble. Sur le papier, le pari semblait tenir la route.

Les Ukrainiens de sexe masculin, qui ne peuvent officiellement pas quitter le pays, s’étaient préalablement fait remettre des documents de voyage israéliens par des diplomates itinérants, voyageant à la rencontre de ressortissants nécessitant leur aide.

À ce moment précis, après un trajet presque calme depuis Lviv, le bus patientait aux abords de la frontière polonaise. Trente minutes plus tôt, le groupe avait remis ses papiers nouvellement délivrés aux gardes-frontières. À mesure que le temps passait, les doutes sur l’acceptation des documents de voyage manuscrits se faisaient plus présents.

Quelqu’un a tenté une blague pour détendre l’atmosphère, mais cela n’a pas été au goût de tout le monde.

« Ce n’est pas drôle », a répondu un passager.

« Nous ne savons pas s’ils passeront [le contrôle des frontières] », avait déclaré le consul israélien Alon Shoham plus tôt dans la journée. « Cela dépend de qui est présent à la frontière, et si les autorités présentes les considèrent comme Ukrainiens ou Israéliens. »

En vertu d’un décret d’urgence émis peu après l’invasion de l’Ukraine par la Russie le 24 février, il est interdit aux citoyens de sexe masculin âgés de 18 à 60 ans de quitter le pays, pour servir dans les rangs de l’armée. La présentation de papiers israéliens et le silence sur leur citoyenneté ukrainienne permettent en théorie aux citoyens titulaires de la double nationalité et leur famille d’en sortir.

Le consul israélien Alon Shoham (à gauche) délivre un laissez-passer — établi dans la voiture derrière eux — à un citoyen israélo-ukrainien, près de Krakovets, au poste frontalier entre l’Ukraine et la Pologne, le 23 mars 2022. (Crédit : Carrie Keller-Lynn/The Times of Israel)

Selon des responsables israéliens et européens, le nombre de réfugiés qui tentent de quitter l’Ukraine a ralenti ces derniers jours. Quelque 3,5 millions d’Ukrainiens auraient déjà fui le pays et 6,5 millions d’autres auraient été déplacés à l’intérieur du pays.

Beaucoup parmi ceux qui affluent vers la frontière sont des récalcitrants qui souhaitaient attendre la fin de la guerre, mais qui ont depuis considéré que la situation était trop instable pour rester. Au lieu de souffler de soulagement à l’approche de la frontière, les familles ont le cœur lourd.

« J’espérais que cela se terminerait plus tôt », a déclaré Alex Gonchor, originaire de la banlieue de Kiev. « J’ai attendu et attendu, et j’ai finalement compris que ça ne se terminerait pas rapidement et que je devais sortir mes enfants d’ici. »

« Le problème, ce n’est pas seulement la guerre, c’est que ma ville est détruite », a déclaré Gonchor en montrant des photos des destructions envoyées par des amis. « J’espère que ma maison sera toujours debout quand je reviendrai. »

Gonchor est l’une des 25 personnes à être montée à bord du bus-couchette hors d’âge, à Lviv, mercredi matin.

Alors que le bus se dirigeait vers le poste-frontière polonais de Krakovets, un silence assourdissant a écrasé le groupe, conscient du fait qu’ils étaient forcés de fuir leur pays.

Les réfugiés ukrainiens empruntent un chemin improvisé sous un pont détruit pour évacuer Irpin, à la périphérie de Kiev, en Ukraine, le 8 mars 2022. (Crédit : AP Photo/Felipe Dana)

Les diplomates israéliens ont été à l’avant-garde de l’aide au départ des réfugiés, s’aventurant en Ukraine autant que de besoin, pour fournir des papiers à ceux qui ne pourraient sans doute pas partir autrement.

Ce bus était à moitié plein, mais la semaine dernière encore, les bus affrétés par le ministère des Affaires étrangères étaient tous remplis, souvent avec une minorité d’Israéliens à bord.

« Nous avons commencé avec 10 bus quotidiens et maintenant, c’est un par jour », a déclaré Shoham, qui travaille pour l’ambassade israélienne en Ukraine, actuellement délocalisée à Przemyśl, en Pologne.

Le changement a semblé particulièrement brutal à Lviv, ville de l’ouest de l’Ukraine devenue un lieu majeur de transit pour les réfugiés déplacés à l’intérieur du pays pendant les premières semaines de la guerre. Alors qu’il y a une semaine, les gares et les abris avaient du mal à accueillir les citoyens nouvellement arrivés, mercredi, la même gare centrale était presque vide et un camp d’aide humanitaire adjacent comptait plus de travailleurs humanitaires que d’Ukrainiens en détresse.

Des réfugiés se reposent dans une salle spécialement aménagée pour eux dans une gare de Lviv, dans l’ouest de l’Ukraine, le 21 mars 2022. (Crédit : Yuriy Dyachyshyn/AFP)

Les diplomates israéliens pensent que l’accalmie ne durera pas. L’ambassade se prépare déjà à évacuer une deuxième vague d’Israéliens et de Juifs qui sont actuellement pris au piège dans des villes assiégées, une fois qu’ils pourront se rendre dans l’ouest de l’Ukraine.

« Nous sommes dans une pause où les choses se sont calmées, mais nous nous attendons à ce qu’il y ait à nouveau beaucoup de monde dès que les couloirs humanitaires ouvriront depuis l’est », a déclaré Shoham.

Sauvetage sur l’aire de repos

Gonchor, un citoyen ukraino-israélien en âge de combattre, est techniquement soumis à l’ordre martial de l’Ukraine de rester dans le pays, au cas où il serait appelé à défendre le pays.

Pour le faire sortir, avec d’autres, des diplomates israéliens ont traversé la frontière vers l’Ukraine pour leur délivrer des documents de voyage de laissez-passer, qui fonctionnent comme des passeports d’urgence, bien que les gardes-frontières puissent refuser de les honorer s’ils soupçonnent que le détenteur du laissez-passer est également un citoyen ukrainien interdit de partir.

Shoham a affirmé que cela pouvait aller dans les deux sens. Il y a eu « une poignée de cas » dans lesquels un double citoyen ukraino-israélien présentant un document de voyage israélien a été interdit de traverser, a-t-il dit.

Alors que le bus s’approchait de la frontière polonaise, il s’est arrêté sur une aire pour attendre l’arrivée de diplomates israéliens en provenance de l’autre côté de la frontière avec la Pologne.

Des passagers attendent de monter de nouveau à bord d’un autobus affrété par le ministère des Affaires étrangères près de Krakovets, poste-frontalier entre l’Ukraine et la Pologne, le 23 mars 2022. (Crédit : Carrie Keller-Lynn/The Times of Israel)

L’aire ne comportait guère plus qu’une terrasse à ciel ouvert, avec des poulets errants, où les passagers ont pu se dégourdir les jambes, promener leurs chats et attendre.

Après une heure, un consulat israélien mobile a été installé. Le camion était orné de plaques diplomatiques polonaises et transportait le consul israélien Alon Shoham, du personnel diplomatique et les outils pour créer des permis de voyage de laissez-passer à la volée à la majorité des passagers du bus qui n’avaient pas de passeport israélien valide.

Pendant une heure, l’équipe de l’ambassade d’Israël a vérifié les documents, rédigé à la main les approbations et, à l’aide d’un bâton de colle, assemblé des documents de voyage légaux qui permettraient aux citoyens à double nationalité de traverser la frontière pour se diriger vers Israël.

« Nous sommes le seul pays au monde à faire cela, en venant [en Ukraine] pour prendre soin des citoyens même après avoir évacué notre ambassade », a déclaré Shoham.

Également dans le bus se trouvaient les Groisman, une famille juive pratiquante de Kiev.

La famille avait quitté sa maison immédiatement après l’invasion de la Russie et avait depuis voyagé vers des maisons de proches à travers l’Ukraine.

Maintenant, ils avaient décidé de fuir.

Meira Groisman, qui travaille dans l’industrie des vêtements pour femmes, son mari Aaron, et leurs deux enfants ont la double nationalité ukraino-israélienne. Mais les enfants avaient besoin que leurs documents soient mis à jour, et la famille en a donc reçu sur l’aire d’autoroute.

La famille Groisman attend de monter à bord d’un autobus affrété par le ministère des Affaires étrangères près de Krakovets, poste-frontalier entre l’Ukraine et la Pologne, le 23 mars 2022. (Crédit : Carrie Keller-Lynn/The Times of Israel)

« Nous attendions que ça s’améliore et ça ne s’est pas passé », a déclaré Meira Groisman.

La décision de partir n’avait pas été facile.

« En Israël, ce sera difficile parce que nous n’avons rien. Ici, nous avons tout ce dont nous avons besoin : un appartement, une famille, du travail », a-t-elle déclaré.

Ce voyage difficile serait encore plus difficile s’ils étaient séparés. « J’espère qu’Aaron s’en sortira », a-t-elle déclaré.

Que mon peuple traverse

Le trafic sur les routes menant à la frontière était meilleur qu’il y a quelques jours, mais restait suffisamment encombré pour que le conducteur de l’autocar pénètre dans une voie de l’autre côté de l’autoroute pour tenter de contourner à contre-sens près d’un kilomètre de circulation.

Parmi ceux qui étaient déjà à la frontière se trouvaient la femme de Gonchor et ses deux filles, qui étaient arrivées avant et l’attendaient dans l’espoir de traverser en famille.

« J’espère que tout ira bien », a-t-il déclaré.

Une diplomate israélienne établit un laissez-passer qui sera délivré à un citoyen ukraino-israélien, près de Krakovets, poste-frontalier entre l’Ukraine et la Pologne, le 23 mars 2022. (Crédit : Carrie Keller-Lynn/The Times of Israel)

Après avoir attendu plusieurs heures, Gonchor, Aaron Groisman et d’autres Ukraino-israéliens en âge de voyager ont présenté leur tout nouveau laissez-passer au contrôle des frontières, se tenant fermement contre les demandes répétées de produire un passeport ukrainien.

Alors que la garde-frontière restait suspicieuse face à ces locuteurs ukrainiens, qui portaient des noms ukrainiens et qui sortaient d’Ukraine mais qui ne voulaient pas présenter de documents d’identité ukrainiens, elle a procédé à de brefs interrogatoires. Finalement, elle a marmonné : « Israéliens, hein ? » et elle est repartie avec leurs documents de voyage.

Après 30 minutes tendues, elle est revenue, leur a remis une pile de documents et est repartie sans dire un mot. Ils étaient libres de traverser.

Alors que le bus avançait vers la frontière polonaise, de forts cris de joie ont émané des sièges, des acclamations ont commencé, et dans le même souffle, les gens ont pu enfin se détendre et commencer à discuter entre eux.

Ce qui semblait être la fin d’un voyage n’était en fait qu’un début, cette fois sans le soutien consulaire israélien.

Alors que les passagers sortaient du bus, les Groisman se sont blottis les uns contre les autres, Gonchor a embrassé sa femme et ses enfants, et tout le monde a commencé à préparer son voyage vers la prochaine étape.

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