Un ado américain victime d’une attaque terroriste immortalisé en musique
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Un ado américain victime d’une attaque terroriste immortalisé en musique

A l’instar d’Israël qui se souvient de ses soldats et victimes touchés par le terrorisme, la musicienne Rebecca Teplow a voulu dédier une chanson à Ezra Schwartz, jeune homme de 18 ans, qui a été assassiné en novembre dernier

Ezra Schwartz (à gauche), qui a été assassiné par un terroriste palestinien dans le sud de Jérusalem, le 19 novembre 2015, pose avec ses quatre frères et sœurs à Sharon dans le Massachusetts (Crédit : Facebook)
Ezra Schwartz (à gauche), qui a été assassiné par un terroriste palestinien dans le sud de Jérusalem, le 19 novembre 2015, pose avec ses quatre frères et sœurs à Sharon dans le Massachusetts (Crédit : Facebook)

NEW YORK – Les mots chantés par Rebecca Teplow « que la lumière et la vérité éclairent les dirigeants et leurs conseillers” résonnent alors que le soleil vient trancher le ciel gris. C’est un moment d’émotion que nous fait partager la compositrice et chanteuse de talent.

Teplow a écrit « Avinu Shebashamayim », un morceau de musique sacrée qu’elle a réalisé juste avant le Jour du Souvenir en Israël pour les soldats et les victimes du terrorisme, afin d’honorer Ezra Schwartz, tué par un terroriste palestinien le 19 novembre 2015, alors qu’il était venu suivre une année d’étude en yeshiva à Beit Shemesh.

Schwartz a été abattu après avoir visité un mémorial pour trois jeunes israéliens assassinés l’été dernier et avoir distribué de la nourriture aux soldats sans famille, près de la colonie de Cisjordanie d’Efrat, au sud de Jérusalem. Deux hommes supplémentaires ont été tués et cinq autres étudiants de yeshiva blessés.

Même si Teplow ne connaissait pas Schwartz, l’annonce de sa mort l’a beaucoup émue ; assise sur sa chaise, elle est figée comme traumatisée pendant plusieurs heures. En réfléchissant à l’émotion ressentie, quelques mois plus tard, Teplow a compris son empathie immense puisque sa propre fille était en Israël au même moment, étudiant elle-même en yeshiva à cette époque. Mais il y avait quelque chose de plus.

Dans sa vie, qui fut bien trop courte, Ezra avait la réputation d’être d’une générosité d’âme sans égal et d’éprouver un amour immense pour Israël. « L’âme d’Ezra aspirait à aider les autres », a déclaré un ami dans son éloge funèbre.

« Ezra semblait avoir une néchama spéciale. Nous pouvons apprendre de lui comment être là pour nos compatriotes Juifs, même lorsque nous ne les connaissons pas personnellement. Nous sommes tous unis : Ezra, Gilad, Naftali, Eyal, Koby et les innombrables autres enfants et adultes qui ont été assassinés parce qu’ils étaient Juifs » a confié Teplow au The Times of Israel.

Elle a décidé que la musique serait son message pour honorer la vie de Schwartz.

Alors qu’elle était encore accablée par les nouvelles de novembre, Teplow a reçu un texto du parent de l’un de ses élèves de cours de chant. Ce texto indiquait que son élève devait annuler sa leçon parce qu’il partait pour assister a “l’enterrement de son cousin, qui vient d’être assassiné en Israël ».

« Quelque chose au sujet de ce texto m’a profondément touchée », a déclaré Teplow. « En Amérique, je reçois beaucoup d’annulations pour des raisons de vie courante – conflits d’horaire avec les entraînements de football, de baseball ou de karaté, ou plus généralement à cause du stress scolaire lié aux devoirs. Autant dire, que tout cela n’a rien à voir avec ce message ».

Ezra Schwartz, au centre, a été assassiné par un terroriste palestinien dans le sud de Jérusalem, le 19 novembre 2015. Schwartz passait une année sabbatique dans une yeshiva à Beit Shemesh (Crédit : Facebook)
Ezra Schwartz, au centre, a été assassiné par un terroriste palestinien dans le sud de Jérusalem, le 19 novembre 2015. Schwartz passait une année sabbatique dans une yeshiva à Beit Shemesh (Crédit : Facebook)

Teplow ne sait pas si la famille Schwartz est au courant de sa chanson, « Avinu Shebashamayim » (« Notre Père céleste »), qu’elle a consacrée à l’adolescent et mise en ligne sur YouTube. Elle n’a pas souhaité entrer en contact avec eux afin de ne pas les déranger dans leur intimité ni de les importuner dans leur douleur.

Violoniste classique ayant étudié sous Itzhak Perlman et le compositeur Robert Starer, la résidente du New Jersey chante ses croyances : les gens sont des instruments de Dieu et doivent renoncer à leur ego.

Teplow, qui a 51 ans aujourd’hui, a grandi dans une famille orthodoxe et a étudié à la Yeshiva de Flatbush à Brooklyn, New York. Depuis, toujours attirée par la musique, elle a d’abord commencé à prendre des cours de piano alors qu’elle était à l’école primaire. Et encore aujourd’hui Teplow considère son professeur, un survivant de l’Holocauste, comme l’une des personnes les plus influentes de sa vie.

« Elle me donnait des cours de 9 heures a 16 heures tous les dimanches. Nous déjeunions même ensemble. Elle était très dure avec moi, mais nous étions si proches » confie Teplow.

Rebecca Teplow, une musicienne et chanteuse juive qui a composé « Avinu Shebashamayim » pour Ezra Schwartz, victime d'un attentat terroriste (Crédit : Josh Teplow)
Rebecca Teplow, une musicienne et chanteuse juive qui a composé « Avinu Shebashamayim » pour Ezra Schwartz, victime d’un attentat terroriste (Crédit : Josh Teplow)

Alors qu’elle était au collège, Teplow a demandé à ses parents si elle pouvait passer une audition pour la “High School of the Performing Arts” dans le Queens – cette même école qui fut mise en avant dans le film « Fame ». Ses parents n’étaient pas très sûrs. D’une part, ils avaient conscience de son talent, et son père lui avait même organisé une audition. Mais d’autre part, aller dans cette école signifiait quitter l’environnement particulier de la yeshiva. Mais finalement Teplow a été prise suite à l’audition.

« Je me souviens que ce fut déroutant pour moi, qui venais du monde de la yeshiva. Pendant ma scolarité dans cette école, mes parents ont même essayé de me remettre en yeshiva, mais le rabbin leur a dit à ce moment-là « laissez faire ». « Je suis donc restée dans cette école. Je suis restée orthodoxe et j’ai conservé mon judaïsme. La musique est le lien qui m’y a aidée ».

Le premier CD de Teplow est sorti en 2004, le deuxième en 2008. Ce dernier combine une harmonie classique avec une vue sur la spiritualité juive. Les chansons interprétées, pleines d’émotions reposent sur une ligne lyrique soprano chantée en hébreu, et accompagnée par un quatuor à cordes.

En tant que femme orthodoxe, Teplow a dû lutter avec le kol isha, l’interdiction faite aux femmes de chanter en public. Il y a des années, elle était anxieuse à l’idée de chanter en public, ce qui pouvait signifier qu’elle n’était pas une « bonne fille ». Mais maintenant, ce à quoi elle pense le plus, c’est à son besoin et son désir de chanter – haut et fort.

« Je pense qu’il est tout à fait correct de chanter en public. Si les hommes ont un problème avec cela, eh bien, cela les regarde, pas moi », dit-elle. « Quand je chante, je suis tellement concentrée sur les mots qu’il ne peut juste pas en être autrement ».

Elle a dit que ce serait une erreur de réprimer ce qu’elle appelle un talent donné par Dieu pour aider les gens et croit également que les femmes sont au cœur des familles juives et responsables de la spiritualité dans la maison.

Et elle chante publiquement pour les hommes comme pour les femmes – avant tout pour montrer à sa fille et à ses deux fils ce que les femmes sont capables de faire.

« Je ne rentre dans aucune case. Je me montre telle que je suis pour paraître vraie à leurs yeux, sans porter de jugement », dit-elle.

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