Un compositeur israélien gargouille, fredonne et hurle contre le coronavirus
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Un compositeur israélien gargouille, fredonne et hurle contre le coronavirus

Alors que Yuval Avital surmonte la pandémie dans un petit village italien, son isolement a produit une expression sonore brute, devenue une collaboration musicale en ligne

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Après un mois d’isolement lié à la Covid-19 avec sa femme, son fils de quatre ans et sa belle-famille à Zumaglia, un village de 400 habitants dans la région du Piémont au nord-ouest de l’Italie, le musicien Yuval Avital, né à Jérusalem, n’en pouvait plus.

Il a pris le seul ordinateur qu’il avait avec lui, une simple tablette, « et j’ai fait une prière sans mots, un mantra avec des cris, voire des sons d’étouffement », commente le compositeur et guitariste. « C’était 12 minutes d’expression non filtrée ».

La composition exprime ses sentiments à propos du coronavirus, de son nombre de victimes, du confinement de l’Italie, où il vit depuis 17 ans, et de son isolement inattendu avec sa famille.

Mais il a vite compris qu’il pouvait créer quelque chose de plus grand avec cette expression brute en collaborant avec des collègues artistes du monde entier.

Yuval Avital a transformé cette expression vocale personnelle – qui ressemble à un fredonnement, un écho et un son sans paroles – en « Human Signs », une composition créée avec plus de 100 chanteurs et danseurs avec lesquels il a travaillé au fil des ans dans le monde entier.

Chaque mardi soir, il révèle un nouvel épisode de « Signes Humains » sur Facebook et YouTube Live, dans lequel les différents artistes proposent leurs propres interprétations des moments sonores qu’il a enregistrés.

Le résultat final est un enregistrement d’une heure et demie de l’interprétation du chant de Yuval Avital par les artistes participants, avec leurs sons ou mouvements personnels.

« Je n’ai pas l’habitude de mettre ma propre voix dans mes compositions », commente le guitariste. « Il s’agit d’humanité, d’être créatif, ouvert, sincère, vulnérable et tout le reste est secondaire. C’est l’un des petits miracles du coronavirus ».

Au total, des artistes de 38 pays ont participé à l’expérience, dont certains viennent de Chine, de New York et d’Israël. Le Milanais d’adoption a également fait appel à son réseau de techniciens son et vidéo, d’Angleterre et d’Italie, et a réuni une équipe d’environ 15 personnes qui ont donné de leur temps pour travailler sur le projet.

HUMAN SIGNS by YUVAL AVITAL – TEASER

HUMAN SIGNS by YUVAL AVITAL – TEASERIn collaboration with Stefania Ballone, Niccolo’ Granieri, Tychonas Michailidis and Monkeys Videloab. GLOBAL YOUTUBE PREMIERE: 12 MAY 2020 – 7.30 PM CET at youtube.com/yuvalavitalNEW CHAPTERS EVERY TUESDAY AT 7:30 PM CET Human Signs features soloists of the contemporary dance and Ballet scene, together with voices from around the globe, including carriers of ancient traditions, contemporary and experimental pioneers, and religious representatives from every faith. In a shared response to the COVID-19 pandemic, all unite in a participatory art project that – beginning in Milan – connects the entire world through a series of audiovisual creations, interpreting the viral aesthetic as a multimedia choir of vulnerability, spirituality, inner strength, hopes and fears.CONNECT WITH US:Youtube: youtube.com/yuvalavital Instagram: @ofhumansignsFacebook: facebook.com/humansignsprojectWebsite: human-signs.comEmail: office@yuvalavital.com TEAM DANCE CURATOR: STEFANIA BALLONESOFTWARE PROGRAMMING: NICCOLO’ GRANIERISOUND EDITING: TYCHONAS MICHAILIDISVIDEO EDITING: MONKEYS VIDEO LAB COORDINATOR: VALENTINA BUZZI#YuvalAvital #YuvalAvitalStudio #GlobalProject #Global #Art #Artproject #Contemporaryart #ContemporaryArtProject #Dance #Voice #Dancers #Voices

פורסם על ידי ‏‎Human Signs‎‏ ב- יום חמישי, 7 במאי 2020

Yuval Avital vit à Milan depuis 17 ans. Il développe ses compositions musicales et ses expositions dans des espaces variés – des lieux publics aux sites archéologiques en passant par les théâtres et les musées – et travaille avec un large réseau d’autres artistes, danseurs, chanteurs et musiciens.

C’est vers ce réseau qu’il s’est tourné pour « Human Signs ». Il s’est efforcé de trouver un point de contact avec chaque participant, et a demandé à chacun de « s’approprier » son chant de 11 minutes et 43 secondes – avec quelques indications générales.

« À chaque artiste, j’ai dit que la vérité est plus importante que l’esthétique », explique-t-il

Au final, pour chaque artiste, « rien n’est édité ou déplacé », dit-il. « Il s’agit de vulnérabilité et d’intimité, parfois de devenir fou et d’être mis en cage, toutes ces couches refoulées ».

Le projet sera finalement rassemblé sur un site web, et peut-être une exposition post-Covid-19, avec 19 écrans de ce chœur humain.

Il y a eu des complications en cours de route, révèle l’artiste, notamment le fait qu’il ait dû errer dans la maison de sa belle-famille à la recherche d’un endroit avec une connexion Wifi décente afin de parler aux gens et d’examiner les enregistrements.

Yuval Avital était venu dans le Piémont avec sa femme et sa fille pour rendre visite à sa belle-famille pendant un week-end en mars, et il y est resté au cours des trois derniers mois alors que l’Italie confinait ses villes et villages à cause du coronavirus.

Ils sont venus pour le week-end avec une vieille guitare, une tablette et une petite valise de vêtements.

« Au début, j’ai pensé à une résidence artistique », révèle le diplômé de l’Institut de musique contemporaine de Jérusalem, qui est arrivé dans la petite ville de Zumaglia lorsqu’il est venu en Italie il y a 17 ans pour étudier la guitare, et qui a fini par y rencontrer sa femme. « J’avais ma vieille guitare, du papier pour faire des dessins, des feuilles de musique. Je pensais que je pourrais cuisiner et être dans l’intimité de la famille ».

Mais quand le nombre de victimes du coronavirus a commencé à augmenter et qu’une année de concerts et d’expositions a été annulée, Yuval Avital a eu l’impression d’en avoir « gros sur le cœur », dit-il. « Le silence des villes vides me faisait mal aux oreilles ».

Dans le même temps, alors qu’il consommait davantage de réseaux sociaux pour se sentir plus connecté au monde en général, il a constaté que les concerts de secours et les célébrités qui chantaient ne répondaient à aucune des questions générales sur le virus, le contrôle du gouvernement sur les villes ou l’espoir que l’humanité puisse se réinventer.

« L’humanité est un invité de la planète », estime-t-il. « Nous ne sommes plus le seigneur de la planète ».

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