Un ex-responsable de la Défense dénonce « l’échec retentissant » d’Israël
Lors de sa première interview, le général Dror Shalom a appelé à plus de diplomatie, notamment en cas de prise d'otages
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Un haut responsable sortant du ministère de la Défense a lancé une charge virulente contre la stratégie israélienne lors de la guerre multi-fronts déclenchée il y a de cela près de trois ans, accusant les autorités israéliennes d’être passées à côté d’un certain nombre de succès militaires.
« Sur le plan opérationnel et militaire, il y a eu des réussites extraordinaires. Les faits parlent d’eux-mêmes. Mais sur le plan stratégique, c’est un échec retentissant », a déclaré le général de brigade (rés.) Dror Shalom, jusqu’il y a quelques mois chef du cabinet politique et militaire du ministère de la Défense, lors d’une interview accordée lundi durant une conférence organisée par l‘Institute for National Security Studies, un centre de réflexion de l’université de Tel-Aviv.
« Au niveau stratégique, nous n’avons été capables de parvenir à un résultat décisif sur aucun des fronts. Le Hamas est toujours debout ; le Hezbollah est loin d’être désarmé ; l’Iran, bien que nous ayons fait reculer un peu son programme nucléaire, existe toujours et négocie avec les Américains sur [le détroit d’] Ormuz, pas sur la question nucléaire. »
Il a poursuivi : « Et tout cela alors que la position [internationale] d’Israël est au plus bas, un niveau sans précédent selon moi, et que les relations avec les États-Unis… sont loin d’être au mieux. »
Ces remarques, faites lors de la toute première interview télévisée de Shalom, sont une critique particulièrement directe de la part d’un responsable qui a passé des décennies au sein de l’armée et de l’appareil de défense israéliens, y compris sous le gouvernement actuel. Auparavant, Shalom avait été un haut responsable du renseignement militaire et conseiller à la sécurité nationale du gouvernement. Il est désormais conseiller principal chez JPMorgan Chase.
« Nous avons les mains liées en matière de réflexion stratégique », a-t-il déclaré. « Le prochain gouvernement en Israël, quel qu’il soit… devra prendre des initiatives. La capacité militaire est impressionnante. Mais cela ne suffit pas. Il faut prendre des initiatives et améliorer la position d’Israël dans le monde. »
Shalom a exhorté le gouvernement à poursuivre les initiatives diplomatiques en cours afin d’en finir avec certains des fronts ouverts depuis le pogrom mené par le Hamas le 7 octobre 2023, lequel a déclenché la guerre à Gaza et des combats aux autres frontières d’Israël.
Il a déclaré qu’Israël devait appliquer le plan en 20 points du président américain Donald Trump pour la reconstruction de Gaza, au point mort du fait du refus du Hamas de déposer les armes. Israël contrôle désormais la majeure partie de l’enclave, mais le Hamas conserve le contrôle des zones dans lesquelles se concentre la plus grande partie de la population de Gaza.
« Il faut créer une alternative au Hamas », a-t-il déclaré. « On ne peut pas créer d’alternative au Hamas par la seule force. » Il a ajouté qu’Israël devait « traquer » chacun des membres du Hamas.
Une « chance historique » au nord
De même, au nord d’Israël, Shalom a recommandé de parvenir à un accord susceptible d’empêcher l’acheminement des armes entre la Syrie et le Hezbollah soutenu par l’Iran au Liban, non sans ajouter qu’il se méfiait du président syrien Ahmed al-Sharaa, un ancien djihadiste.
Il a également recommandé de signer un accord avec le Liban afin d’établir des relations diplomatiques entre les deux pays tout en continuant à œuvrer en faveur du désarmement du groupe terroriste.
« Sur le front nord, la Syrie et le Liban, la chance est historique », a-t-il dit. « Au Liban, nous pourrions conclure un accord de paix avec eux tout en désarmant le Hezbollah. Ce sont des processus compliqués. Je ne fais confiance à personne. Je pense qu’il faut inventer une nouvelle histoire. »
Il a également suggéré de travailler davantage au renforcement des relations avec les États-Unis en restaurant le soutien bi-partisan envers Israël et en améliorant les relations avec les Juifs américains. Il a soutenu que les relations avec l’Égypte et la Jordanie étaient « négligées » et recommandé d’investir davantage dans le système éducatif israélien.
Shalom s’est dit favorable à la guerre contre l’Iran déclarée fin février dernier aux côtés des États-Unis, et a salué Israël pour avoir fait reculer le programme d’armement iranien et éliminé ses scientifiques nucléaires. Mais il a dans le même douché les espoirs d’un possible effondrement du régime en évoquant le projet avorté d’invasion de l’Iran par des milices kurdes pendant la guerre israélo-américaine afin de « créer les conditions » de la chute de la République islamique.
« Ceux qui pensaient que le régime pouvait être renversé par des frappes aériennes et avec les Kurdes se berçaient d’illusions, de pures illusions », a-t-il affirmé.
Selon lui, Israël aurait pu ramener les otages « plus tôt et en plus grand nombre »
Concernant la guerre à Gaza, il a adressé une critique implicite au gouvernement en déclarant : « L’une des seules réussites, selon moi, est d’avoir ramené les otages », tout en en attribuant le mérite à Trump et aux manifestations contre le gouvernement, et non aux autorités israéliennes.
Il a affirmé que les otages auraient pu être ramenés plus tôt et en plus grand nombre.
« Ramener les otages était le devoir moral d’Israël », a-t-il dit. « Les manifestants, qui ont souvent été critiqués, sont clairement ceux qui ont poussé le gouvernement américain à prendre une décision et ramener les otages chez eux. »
Il a poursuivi : « Nous aurions pu les ramener plus tôt, et en plus grand nombre », tout en qualifiant la question d’ « histoire ancienne ».
Il a déclaré qu’il attendait la création d’une commission d’enquête d’État sur le pogrom du Hamas du 7 octobre 2023, affirmant qu’il serait « le premier » à venir témoigner.
Il a souligné que les initiatives diplomatiques et militaires devaient se compléter.
« Nous ne parlons que du recours à la force. Nous devons aussi apporter de l’espoir », a-t-il conclu. « Je connais un peu les acteurs mondiaux. Ils nous cherchent du regard. Ils veulent se connecter à nos systèmes, mais à moins d’un changement diplomatique, cela ne se fera pas. »
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