Un journaliste israélo-britannique de 97 ans entre dans le Guinness des records
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Interview

Un journaliste israélo-britannique de 97 ans entre dans le Guinness des records

Walter Bingham, acteur, modèle et animateur radio est devenu "le plus vieux journaliste du monde" - mais il dit se sentir encore jeune et exclut tout départ à la retraite

Le journaliste de radio Walter Bingham assis à son bureau de Jérusalem, de multiples souvenirs accrochés au mur, notamment un télégramme concernant une récompense donnée par le roi britannique George VI. (Sam Sokol/ JTA)
Le journaliste de radio Walter Bingham assis à son bureau de Jérusalem, de multiples souvenirs accrochés au mur, notamment un télégramme concernant une récompense donnée par le roi britannique George VI. (Sam Sokol/ JTA)

JTA — Quand Walter Bingham est parti en Israël après une longue carrière d’animateur à la radio britannique, il s’est porté candidat à un poste à Kol Israel, l’une des stations de radio les plus importantes du pays.

Il s’est présenté pour un entretien, mais sa candidature a été rejetée : A 80 ans, lui a-t-on dit, il avait dépassé l’âge obligatoire de la retraite au sein du radiodiffuseur.

D’autres journalistes auraient pu se décourager. Mais pas Bingham. Ce revers, déclare-t-il, lui a permis de réaliser que « l’âgisme est très fort dans le pays ».

Il a donc continué à chercher un travail, nullement dissuadé.

Dix-sept ans plus tard, Bingham est toujours sur les ondes. Et ce mois-ci, à 97 ans, il est entré dans le livre Guiness des Records comme étant « le journaliste le plus vieux en activité ».

« En fait, je me sens très jeune », confie-t-il à la JTA depuis son bureau installé dans son habitation, à quelques pas de la rue Hillel, une rue animée du centre-ville de Jérusalem. « Les bons jours, j’ai le sentiment d’avoir 40 ans. Les mauvais jours, 50, » s’amuse-t-il.

C’est le deuxième record enregistré pour Bingham, journaliste de radio qui, dans le passé, a été acteur et mannequin. En 2017, le Guinness l’avait intégré dans ses pages en tant que « plus vieil animateur de radio » – la dernière distinction dans une série de récompenses qui a ponctué sa vie depuis sa jeunesse, allant de la médaille militaire britannique qui a rendu hommage à son courage pendant la Seconde Guerre mondiale jusqu’à la remise, en France, de la Légion d’Honneur.

Animateur de l’émission « Le monde de Walter », qui est diffusée sur la radio nationale israélienne, un site d’information de droite publié à partir de l’implantation de Beit El, en Cisjordanie, Bingham est un habitué des visites médiatiques, des conférences de presse et autres événements dans tout Israël depuis 2004, l’année de son arrivée au sein de l’État juif depuis Londres. Connu pour sa casquette bleue qui reste vissée à sa tête, pour son enregistreur et l’arme de poing qu’il conserve sur sa hanche, sa silhouette est familière aux journalistes étrangers dans le pays. Côtoyer ces derniers, explique Brigham, est l’une des raisons qui lui permettent de conserver sa formidable jeunesse.

Les technologies radiophoniques ont changé depuis le début de la carrière de Walter Bingham dans les années qui ont suivi la seconde guerre mondiale – mais c’est lui qui effectue le montage de ses émissions. (Crédit : Sam Sokol/ JTA)

« J’ai beaucoup d’amis jeunes », explique-t-il. « Et quand je suis en leur compagnie, je me sens jeune ».

« Je ne réalise que je suis vieux que lorsque je passe devant un miroir », ajoute-t-il.

Né Wolfgang Billig à Weimar, en Allemagne, en 1924, Bingham était encore un adolescent quand il est arrivé en Angleterre en tant que réfugié – il a été l’un des milliers d’enfants sortis d’Allemagne dans le cadre du Kindertransport, qui a permis de sauver des enfants juifs de la menace nazie. Son père est mort dans le ghetto de Varsovie. Sa mère, pour sa part, a survécu et a pu finalement le rejoindre en Grande-Bretagne.

Pendant la guerre, il a rejoint les forces expéditionnaires britanniques et il a donné une consonance plus anglaise à son nom, devenant Walter Bingham, de manière à ne pas subir de mauvais traitement particulier si, par malheur, il était capturé par les nazis. Il a été conducteur d’ambulance lors du D-Day, en 1944 et, cette même année, il a été récompensé pour sa bravoure : Il a sauvé des soldats assaillis sous les tirs ennemis après la destruction par les Allemands de son ambulance. Cette attaque avait blessé un infirmier et elle avait été fatale à un officier.

Brigham, germanophone de naissance, a plus tard rejoint les services des renseignements, où il a été impliqué dans les interrogatoires initiaux des prisonniers allemands. L’un d’entre eux, raconte-t-il, était le ministre des Affaires étrangères Joachim von Ribbentrop qui, selon Bingham, a affirmé ignorer tout de la Solution finale. « C’était un véritable imposteur », ajoute le nonagénaire.

De retour en Angleterre après la guerre, il a occupé des emplois divers avant de se porter candidat à un poste vacant sur une station de radio locale, dont il avait pris connaissance dans une petite annonce. Il a commencé, d’abord, à répondre au téléphone pour une émission, puis il a assumé divers « petits boulots » avant de devenir animateur de programmes consacrés à des thématiques juives à la station londonienne Spectrum and Sound Radio.

Il est également diplômé en philosophie et en politique, et il a également son brevet de pilote.

Walter Bingham avait posé pour le Daily Mail sous les traits d’un mendiant dans les rues de Londres. (Crédit : Sam Sokol/ JTA)

Pour gagner de l’argent, Bingham a été aussi modèle et acteur, se souvient-il, évoquant une série d’emplois, au fil des années, où il lui est arrivé de prêter ses traits à Darwin dans un documentaire, à un sorcier dans deux films de « Harry Potter » – un rôle de figuration – et au père Noël dans un magasin Harrods.

Il s’est présenté comme un sans-abri mendiant dans les rues pour un article paru dans le Daily Mail, alors que le photographe se cachait dans un café voisin. Comme dans un grand nombre d’autres prestations, Bingham explique avoir été choisi en raison de sa longue barbe fournie. L’article figure dorénavant, encadré, près de la porte de son bureau, aux côtés d’extraits de publicités où apparaît sa pilosité faciale caractéristique. Une publicité réalisée pour Virgin Cola montre notre homme, qui porte des lunettes de soleil, avec une barbe en forme de fourche.

Bingham s’est marié et il a une fille, aujourd’hui septuagénaire, qui vit elle aussi à Jérusalem. Il a deux petits-enfants et deux arrière-petits-enfants.

S’il a toujours désiré vivre au sein de l’État juif, son épouse, pour sa part, a toujours préféré Londres. Elle est morte en 1990 et en 2004, alors qu’il avait 80 ans, Bingham est parti seul. Avant d’arriver en Israël, il avait été contacté par Yishai Fleisher qui, à l’époque, animait une émission à la Radio nationale d’Israël. Fleischer avait demandé à Bingham de lui donner un coup de main dans ses préparations pour sa vacation quotidienne.

Après le refus qui lui a été opposé par Kol Israel, Bingham est allé rencontrer Fleischer à Beit El, qui lui a demandé de continuer à travailler dans son émission – cette fois en faisant la chronique de sa nouvelle vie en Israël. Quelques semaines plus tard, il a offert à Bingham sa propre émission qu’il réalise dorénavant depuis son bureau. Le programme commence par la musique de « Superman » et présente Bingham comme « le doyen des ondes ». Dans une émission, début janvier, le nonagénaire a confié que sa résolution du Nouvel An était d’apprendre quelques mots en hébreu chaque jour.

Walter Bingham a aussi été mannequin. Sa barbe fournie lui a souvent aidé à trouver un emploi. (Crédit : Sam Sokol/ JTA)

Le bureau de Bingham sert de musée des souvenirs racontant sa carrière, longue d’environ 70 ans. Les murs sont recouverts de certificats, de distinctions militaires, de photos prises aux côtés d’éminentes personnalités, comme le président israélien Reuven Rivlin ou l’ancien gouverneur de l’Arkansas Mike Huckabee. Dans la pièce se trouve le bureau massif où il réalise et fait le montage de son émission.

Bien sûr, la technologie a beaucoup, beaucoup changé depuis qu’il s’est lancé dans le métier, dit Bingham, qui raconte avoir dû, dans le passé, couper des morceaux de bobines et les scotcher ensemble avec de l’adhésif – un processus remplacé aujourd’hui par des cartes SD et des logiciels de montage audio.

Mais si les équipements se sont modernisés, l’artisanat reste le même – et Bingham insiste sur le fait qu’il est déterminant que les jeunes journalistes apprennent à écouter et à ne pas mêler leurs propres opinions à une interview.

« Souvent, je vois des entretiens présumés où le journaliste parle davantage que la personne interviewée », dit-il. « Posez des questions, laissez répondre pleinement votre interlocuteur. Ne coupez pas sans arrêt la parole. Si l’entretien est pré-enregistré, il est toujours possible de faire un montage là où, selon vous, la personne interviewée s’est trop attardée, où elle a été trop longue ».

Si Bingham dit n’avoir aucune difficulté à faire part de ses opinions, il estime que de nombreux journalistes d’information contemporains laissent leurs préjugés inconscients déborder sur leur travail.

« Aujourd’hui, il n’y a que des opinions », ajoute-t-il. « C’est le principal changement que je constate. Quand vous lisez un journal, tout est affaire d’opinion, pas de faits ».

Fleischer, qui est aujourd’hui porte-parole de l’implantation juive de Hébron, admire encore Bingham, disant à la JTA qu’il « a une ténacité unique dans son rapport à la vie, il montre une ténacité incroyable quand il recherche l’information mais également une ténacité incroyable à vivre pleinement ».

Bingham, continue Fleisher, apporte une « mise en perspective énorme face à l’histoire et il montre un courage personnel exceptionnel, et un formidable appétit de vivre ».

Steve Linde, ami de longue date de Bingham et rédacteur en chef du Jerusalem Report, écrit dans un courriel que l’entrée de Bingham dans le livre Guinness des Records témoigne à elle seule de sa persévérance. Il ajoute que Bingham a « un merveilleux sens de l’humour ».

« Ce que j’admire le plus chez lui, c’est qu’il n’abandonne jamais », continue Linde dans son courriel. « Je lui ai demandé une fois pourquoi il n’utilisait pas une canne pour marcher et il m’a répondu que s’il commençait à en utiliser une, il en dépendrait toujours par la suite. Il est férocement indépendant, il a des opinions fortes à peu près sur tout. Mais c’est sa passion pour la vie, pour les personnes et pour la vérité qui restent peut-être ses qualités les plus remarquables ».

Va-t-il prendre sa retraite ? A cette question, le nonagénaire répond sur le ton de la plaisanterie, disant qu’il faudra qu’il regarde la définition de ce mot dans le dictionnaire.

« Je ne vais pas prendre ma retraite », s’exclame-t-il ensuite. « Je continuerai aussi longtemps que je le pourrai ».

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