Un migrant soudanais arrêté après avoir passé la frontière israélo-libanaise
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Un migrant soudanais arrêté après avoir passé la frontière israélo-libanaise

Avec une crise financière qui ne cesse d'empirer au Liban, les travailleurs étrangers, qui n'ont plus d'emploi, viennent de plus en plus tenter leur chance en Israël

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Des soldats libanais et les forces de maintien de la paix regardent le village d'Adaisseh, au Liban, depuis les abords du Kibbutz Misgav Am, alors qu'un tank israélien Merkava fait des manoeuvres près de la ligne de démarcation, le 2 juin 2020 (Crédit : Jalaa Marey/AFP)
Des soldats libanais et les forces de maintien de la paix regardent le village d'Adaisseh, au Liban, depuis les abords du Kibbutz Misgav Am, alors qu'un tank israélien Merkava fait des manoeuvres près de la ligne de démarcation, le 2 juin 2020 (Crédit : Jalaa Marey/AFP)

Les soldats israéliens ont placé en détention un homme qui était entré au sein de l’Etat juif à travers la frontière du sud du Liban, mercredi matin, a fait savoir l’armée.

Ce migrant soudanais semble être venu pour trouver un emploi dans un contexte de crise économique libanaise sévère, qui a laissé un grand nombre de travailleurs étrangers dans le pays sans activité professionnelle ou sans salaire suffisant.

« Ce matin, un suspect a été aperçu traversant la frontière séparant le territoire libanais et le territoire israélien. Le suspect a été appréhendé par les soldats israéliens », a noté Tsahal dans un communiqué.

Selon les responsables locaux, cet incident est survenu à proximité de la ville frontière de Shlomi, du côté israélien.

L’homme arrêté mercredi est le dernier travailleur migrant en date à tenter d’entrer au sein de l’Etat juif depuis le Liban, ces dernières semaines.

La crise libanaise sans précédent signifie que de nombreux migrants n’ont pas été rémunérés depuis des mois tandis que certains salaires ont été amputés de plus de la moitié. D’autres ont perdu leur travail après que leurs employeurs les ont jetés à la rue, ou aux abords des ambassades de leurs pays respectifs.

« Nous sommes invisibles », déplore Banchi Yimer, ancien domestique d’origine éthiopienne et fondateur d’un groupe de défense des droits des employés de maison au Liban. « Nous n’existons même pas pour nos gouvernements, pas seulement aux yeux du gouvernement libanais ».

Une employée de maison éthiopienne pleure alors qu’elle attend, aux côtés de douzaines d’autres, aux abords du consulat éthiopien, le 4 juin 2020 (Crédit : AP Photo/Hassan Ammar)

La pandémie de coronavirus a nui à une économie libanaise qui était déjà dévastée par une crise entraînée par des décennies de corruption et de mauvaise gestion. Ces derniers mois, la livre libanaise – indexée sur le dollar depuis plus de deux décennies – a perdu 60 % de sa valeur face à la devise américaine et le prix des produits de base a grimpé en flèche. Le taux de chômage s’élève dorénavant à 35 % de la population et environ 45 % des habitants du pays, selon les estimations, vivraient en-dessous du seuil de pauvreté.

Au vu de la crise en cours, certains migrants ont voulu tenter leur chance en Israël, l’un des deux pays partageant une frontière avec le Liban – l’autre étant la Syrie, ravagée par la guerre.

Le mois dernier, les soldats israéliens avaient arrêté trois suspects qui tentaient d’entrer en Israël depuis le Liban, avait noté l’armée à ce moment-là.

« Les militaires étaient sur les lieux et ils ont contrôlé les suspects, qui ont été appréhendés alors qu’ils tentaient de franchir la clôture de sécurité. Cet incident ne semble pas avoir été une tentative d’attentat terroriste », avait dit un communiqué de Tsahal.

Les militaires ont mis en garde contre une instabilité croissante à la frontière, avec une augmentation des tentatives de trafic – d’armes et de stupéfiants – ces derniers mois. L’armée a annoncé que le Hezbollah avait aussi essayé, à l’aide de bergers locaux du sud du Liban, de mener des opérations de reconnaissance le long de la frontière.

Le 17 mai, un berger était ainsi entré dans le secteur de Har Dov, ou des Fermes de Shebaa — une région disputée, située le long de la frontière israélo-libanaise et qui est placée sous le contrôle israélien – avec un talkie-walkie. Il faisait apparemment une mission de surveillance pour le compte du Hezbollah, avait déclaré l’armée.

Les soldats de la brigade Golani étaient arrivés sur les lieux pour arrêter le suspect – un ressortissant syrien – en procédant à des tirs d’avertissement pour l’amener à s’arrêter. L’homme, qui n’était pas armé, s’était apparemment conduit de manière suspecte et un soldat avait ouvert le feu en sa direction, le blessant grièvement. L’homme avait été pris en charge au centre médical Rambam avant d’être renvoyé au Liban par l’armée en date du 2 juin.

Au mois d’avril, Israël avait accusé le Hezbollah, soutenu par l’Iran, d’être responsable d’actes de vandalisme commis sur la clôture de sécurité le long de la frontière – des agissements qu’Israël avait considéré comme une menace. Le ministre des Affaires étrangères, Israel Katz, avait donné pour instruction à son ministère de porter plainte devant le Conseil de sécurité des Nations unies pour ces dégradations.

Au mois d’avril également, les troupes israéliennes et les soldats de l’armée libanaise s’étaient opposés à la frontière lors d’un incident très inhabituel, des photos de la scène montrant les deux parties brandir leurs armes en direction de l’autre et les membres des forces de l’ONU se tenant entre les deux.

Israël a combattu deux guerres avec le Liban, une en 1982 contre les terroristes palestiniens et une autre, en 2006, contre le Hezbollah libanais. L’Etat juif a aussi mené de nombreuses opérations contre les groupes terroristes dans le pays.

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