Une femme juive veut créer le premier musée du vagin du monde à Brighton
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Une femme juive veut créer le premier musée du vagin du monde à Brighton

Florence Schechter, jalouse du musée du pénis de Reykjavík, veut mettre en avant les graves problèmes rencontrés par les femmes à travers leur organe reproducteur

Florence Schechter présentant son idée de musée à un festival du  Limmud à Birmingham, au Royaume-Uni, le 28 décembre 2017 (Crédit :  Cnaan Liphshiz/JTA)
Florence Schechter présentant son idée de musée à un festival du Limmud à Birmingham, au Royaume-Uni, le 28 décembre 2017 (Crédit : Cnaan Liphshiz/JTA)

Royaume-Uni (JTA) — Neuf mois après avoir annoncé son intention de créer le premier musée du vagin du monde, Florence Schechter en est convaincue : Elle a entendu toutes les plaisanteries possibles sur le sujet.

Schechter, comédienne et professionnelle du secteur de la communication âgée d’une vingtaine d’années, se prépare à ouvrir son musée à Brighton, à environ 80 kilomètres au sud de Londres. Lorsque l’information a émergé au printemps, elle a retenu l’attention de Conan O’Brien, qui a raillé : Ce sera le « premier musée par lequel on entre par la boutique de cadeaux ».

L’idée a également circulé sur les réseaux sociaux. Les usagers de Twitter ont conseillé à Schechter de mettre un panneau mentionnant « prudence, glissant par temps d’humidité » ou de placer un heurtoir sur la porte parce que « aucun homme ne trouvera l’interphone ».

Même son père, le musicien né en Russie Gregori Schechter, a ajouté sa touche personnelle, la complimentant pour avoir « trouvé le point G » après que le journal The Independent a fait part de son initiative au mois de mars, a-t-elle raconté avec fierté au JTA.

Mais Schechter, qui recrute actuellement des administrateurs et cherche un lieu pour accueillir son musée, envisage son projet avec un grand sérieux, a-t-elle confié aux trente personnes environ qui sont venues assister à sa récente intervention lors d’un festival du Limmud organisé à Birmingham.

Schechter a expliqué qu’elle avait commencé à travailler sur le musée après avoir appris, au mois de mars, que l’Islande possédait le seul musée du pénis du monde. Elle a qualifié ce fait « d’inégalité ».

Et maintenant, le musée est « ma vie entière », a-t-elle confié. « Je suis devenue Lady Vagina ».

Les plaisanteries de dénigrement qu’elle a entendues depuis qu’elle a annoncé son projet au mois de mars n’ont fait que renforcer sa résolution. « Elles sont drôles jusqu’à ce que vous réalisiez que tout cela, c’est parce que les vagins sont très mal considérés – ce qui est vraiment horrible », a-t-elle expliqué.

« Le monde a absolument besoin d’un musée du vagin », a-t-elle ajouté.

Aujourd’hui toutefois, le musée est à peine plus que l’idée promue par la jeune femme – même si elle remporte un succès considérable. Il y a un site internet où les habitants du Royaume-Uni peuvent acheter des badges qui portent le logo du musée et Schechter ne cesse d’organiser des événements et de faire des conférences. Mais elle a reconnu ne pas être, et de loin, en possession des fonds suffisants pour ouvrir un espace, et n’imagine pas être en mesure de le faire avant 2020.

Où peut-elle trouver le financement ? Schechter s’exclame : « Oh, si seulement je pouvais le savoir ! »

Aujourd’hui, malgré tout, elle voit les choses en grand. Dans le musée, Schechter prévoit d’explorer des inégalités perçues variées et liées au vagin. Parmi les thèmes majeurs abordés, les mutilations génitales féminines ou MGF – une coutume prévalente au sein de certaines communautés musulmanes et qui ont touché environ 200 millions de femmes, selon les Nations unies.

Deux activistes Femen perturbent une conférence musulmane sur le rôle des femmes dans la société le samedi 13 septembre, au Salon de la femme musulmane à Pontoise, dans le Val d’Oise. (Crédit : Capture d’écran Liveleak)

« Je veux que le musée participe à cette lutte », explique-t-elle.

Elle note également, dans les engagements du musée, le combat contre le trafic sexuel, les agressions sexuelles, les campagnes de shaming en ligne et la promotion des droits des homosexuels.

« Je veux que les gens viennent, qu’ils voient ces problèmes et qu’ils puissent se dire : ‘Il faut que je fasse quelque chose, il faut que je change ça’ « , dit-elle.

Au lieu d’ouvrir le musée au sein de la capitale du Royaume-Uni, Schechter s’intéresse à Brighton, une ville côtière à environ 80 kilomètres au sud de Londres. C’est un « endroit très progressiste », explique-t-elle. (Lors des élections générales du mois de juin, le candidat parlementaire local pour le parti des Verts a remporté légèrement plus de la moitié des 57 687 bulletins jetés dans les urnes à Brighton. Le parti a remporté 1,6 % des voix dans tout le pays).

« Les gens pensent que Londres est très progressiste mais c’est parce que la ville est très multiculturelle et cela signifie que certaines communautés peuvent vraiment s’offenser d’un musée du vagin – et je ne veux pas, et je n’aime pas offenser qui que ce soit alors que nous en sommes aux toutes premières étapes », déclare-t-elle.

Une autre question sensible que Schechter a bien l’intention de soulever dans son musée : la forte exposition aux maladies sexuelles touchant les femmes des communautés religieuses qui s’engagent dans le sexe anal pour protéger leur hymen, dit Schechter.

« Ces filles prennent des risques sans le réaliser », affirme-t-elle. « C’est une réalité et nous la ferons connaître pour qu’elles puissent prendre une décision ».

Le musée fera également la promotion des droits des homosexuels, ajoute Schechter, qui indique que si elle vivait dans l’un des douze pays du monde sanctionnant l’homosexualité par la peine de mort, « j’aurais moi aussi été condamnée à mourir ».

La police anti-émeutes turque bloque les routes vers l’avenue Istikjlal pour les militants LGBT alors que ces derniers tentent de se rassembler pour une marche des fiertés, interdites par le gouvernorat, à Istanbul, le 25 juin 2017 (Crédit : AFP Photo/Bulent Kilic)

D’autres expositions, au musée, seront moins controversées. Des cartes anatomiques aideront à lutter contre l’ignorance qui perdure au sujet de l’organe reproducteur de la femme (dans une enquête menée en 2014 au Royaume-Uni, la moitié de 1 000 femmes âgées de 26 à 35 ans n’ont pas été en mesure de désigner le vagin sur un dessin médical du système reproducteur. La moitié d’un panel de 2 000 hommes n’a pas non plus su le faire lors d’une enquête de suivi en 2017). D’autres sections seront consacrées à l’accouchement et à la contraception.

Il y aura également des touches de fantaisie. Par exemple, le café proposera des cupcakes en forme de vulve – ou des pâtisseries sous forme de fente vulvaire avec une crème rose dans la rainure. Une section artistique permettra de découvrir une sculpture faite à partir de moules de plâtre de 400 vulves de femmes différentes (une oeuvre réalisée en 2008 intitulée « le grand mur du vagin », son objectif étant d’amorcer un débat sur les standards de beauté labiaux dominés par l’industrie pornographique) et « Black Iris », une peinture de Georgia O’Keeffe qui date de 1926.

O’Keeffe a démenti sans relâche que sa série de peintures de fleurs aux crevasses noires profondes puisse s’apparenter à des oeuvres d’art subversives en liaison avec le vagin.

« J’aurais adoré être là, dans la pièce, quand elle a nié ça », a dit Schechter au cours de son allocution au festival du Limmud. « Vous pensez qu’elle a cligné de l’oeil en même temps ? »

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