Une vidéo d’un vendeur de chaussures ruiné offrant sa marchandise fait le buzz
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Une vidéo d’un vendeur de chaussures ruiné offrant sa marchandise fait le buzz

"Le désespoir est à l'origine de ce que je suis en train de faire", a expliqué Avi Samay, propriétaire d'un magasin à Tel Aviv

Des passants fouillent les chaussures posées sur un trottoir par un propriétaire de magasin désespéré qui a fait faillite en raison du deuxième confinement à Tel Aviv, le 12 octobre 2020. (Capture d'écran/Treizième chaîne)
Des passants fouillent les chaussures posées sur un trottoir par un propriétaire de magasin désespéré qui a fait faillite en raison du deuxième confinement à Tel Aviv, le 12 octobre 2020. (Capture d'écran/Treizième chaîne)

Dans un dernier acte désespéré, le propriétaire d’un magasin de chaussures de Tel Aviv, en faillite après deux confinements successifs, a définitivement baissé le rideau de sa boutique dans la journée de lundi, plaçant sa marchandise sur le trottoir pour que les passants puissent se servir.

La vidéo de la fermeture est devenue virale, soulignant la lutte et la douleur des propriétaires de petites entreprises israéliens, heurtés de plein fouet par deux confinements rapprochés ces derniers mois, et qui n’ont bénéficié que d’une assistance modeste, voire inexistante, de la part de l’Etat.

« Un sentiment de désespoir mental, mais aussi un réel désespoir économique, sont à l’origine de ce que je suis en train de faire », a déclaré le propriétaire de la boutique, Avi Samay, 38 ans, père de trois enfants, qui habite la ville voisine de Holon. « Je perds tout, alors d’autres, au moins, pourront en profiter », dit-il.

« Je vais rendre les clés et chercher un travail, comme un million de chômeurs le font déjà », a-t-il confié les larmes aux yeux au site Ynet.

Samay a déclaré à la Treizième chaîne que le stockage des chaussures coûtait trop cher et qu’il ne voyait pas la fin des confinements ni des difficultés économiques qui lui permettraient de rouvrir son magasin situé rue Allenby, une artère habituellement très fréquentée.

« Tout a commencé avec le premier bouclage du pays. On a le sentiment de perdre toujours plus d’argent. Personne ne nous vient en aide, le propriétaire du local ne nous aide pas, l’Etat ne nous aide pas », a-t-il déploré.

Les propriétaires de PME et les auto-entrepreneurs sont les groupes d’Israéliens les plus affectés par le premier confinement imposé au pays, au début de l’année, pour tenter de juguler la pandémie de coronavirus. Ils ont été à nouveau vivement touchés par le second confinement dans le pays.

Avi Samay, propriétaire désespéré d’une boutique, en faillite en raison du deuxième confinement, a offert les chaussures qui restaient dans son magasin aux passants, le 12 octobre 2020. (Capture d’écran/Treizième chaîne)

« Mais à qui est-ce que je vais vendre tout ça ? Personne n’est ouvert », a-t-il ajouté, désignant une longue file de boutiques aux rideaux baissés, un grand nombre arborant un panneau « À louer ».

« Il ne s’agit pas seulement de moi : chacun d’entre nous est concerné », a-t-il ajouté.

Ajoutant l’injure au mépris, la municipalité de Tel Aviv a imposé à Samay une amende de 5 000 shekels pour dépôt illégal sur la voie publique. Il a dû nettoyer le trottoir devant son magasin et jeter les chaussures qui lui restaient dans un conteneur à poubelles.

Autre signe de désespoir entraîné par la crise : des dizaines de personnes ont fouillé le conteneur, triant les ordures pour trouver parmi elles des chaussures assorties.

La municipalité a indiqué ultérieurement que son agent n’avait pas réalisé la raison pour laquelle Samay avait disposé du trottoir. Elle a vivement recommandé à ce dernier de faire appel de son amende.

Ron Huldai, le maire de Tel Aviv, a pour sa part déclaré au micro de la radio militaire, mardi, que l’amende serait tout simplement annulée, ayant été distribuée par erreur.

Le confinement national a été remis en place en Israël il y a trois semaines pour tenter de contenir une seconde vague dévastatrice de la pandémie de coronavirus. La période aura été marquée par l’infection de milliers de nouveaux cas quotidiens dans le pays. Il y a néanmoins, depuis ces derniers jours, une baisse du nombre de nouveaux cas et du pourcentage de positivité des tests suite aux restrictions drastiques imposées aux citoyens.

Cette politique a été toutefois largement rejetée car elle ne fait aucune différence entre les secteurs les plus touchés par le virus et le reste du pays. Le gouvernement a été accusé de ne pas avoir voulu singulariser les quartiers ultra-orthodoxes, qui sont particulièrement touchés par le virus. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a aussi été accusé d’imposer de vastes restrictions afin de justifier la répression du mouvement de protestation organisé à son encontre.

Des Israéliens fouillent un conteneur à poubelles rempli de chaussures à Tel Aviv après que le propriétaire désespéré d’un magasin, qui a fait faillite en raison du deuxième confinement, a vidé le contenu de sa boutique sur le trottoir, le 12 octobre 2020. (Capture d’écran/Douzième chaîne)

La semaine dernière, le ministre des Finances Israel Katz avait critiqué le confinement avec dureté, affirmant que ce bouclage indiscriminé du pays entraînerait sans nécessité des millions d’Israéliens vers la pauvreté et le désespoir. Netanyahu l’avait accusé de tenter de glaner des votes au détriment de la santé publique.

Dimanche, le ministre de la Santé, Yuli Edelstein, a demandé au ministère des Finances d’offrir une indemnisation totale aux entreprises et employés ayant perdu leur revenu en raison du confinement.

« En tant que gouvernement, nous devons nous assurer que ces propriétaires d’entreprises et ces gens qui ont beaucoup perdu ne recevront pas seulement de l’argent de poche, mais qu’ils seront pleinement indemnisés, en temps réel, et j’ai l’intention de me battre pour ça », a dit Edelstein.

« Ce n’est pas possible de demander des restrictions et de laisser les auto-entrepreneurs et les entreprises sans les compensations nécessaires. Je ne laisserai pas perdurer une telle situation », a-t-il ajouté.

Les chiffres transmis dimanche par le ministère de la Santé ont montré que le nombre de tests de dépistage quotidiens au coronavirus avait baissé la veille – une tendance habituelle pendant le week-end. Dans le même temps, le taux de positivité est tombé à son plus bas niveau en un mois – un constat qui ne concorde généralement pas avec un nombre faible de dépistages effectués.

Les propos d’Edelstein ont été tenus alors qu’une alliance de chaînes commerciales et de restauration ont appelé à désobéir aux restrictions gouvernementales induites par la pandémie, recommandant vivement aux entreprises situées dans les villes présentant un taux d’infection faible à la maladie à rouvrir leurs portes dès le 18 octobre.

Cette alliance, qui regroupe 40 chaînes de magasins et plus de 18 000 boutiques situées principalement dans des centres commerciaux de tout le pays, a fait savoir, dans un communiqué émis dimanche, que son appel à la désobéissance civile voulait répondre au « plan de sortie drastique du ministère de la Santé », selon les médias.

Un homme passe devant des magasins fermés de la rue Jaffa, à Jérusalem, le 25 mars 2020. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Cette annonce survient après une mise en garde similaire lancée dimanche par une coalition de propriétaires de PME qui ont fait savoir qu’ils défieraient le confinement et qu’ils ouvriraient leurs portes, affirmant ne plus pouvoir supporter le coût financier des limitations gouvernementales.

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