Varsovie ouvre une enquête après la mise à feu d’une marionnette de Judas
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Varsovie ouvre une enquête après la mise à feu d’une marionnette de Judas

Des vidéos où l'on voit des enfants frapper une marionnette de Judas ont entraîné un tollé parmi les Polonais et les Juifs

Cette photo prise le 19 avril 2019 montre des enfants en train de frapper avec des bâtons dune marionnette de Judas pour le Vendredi Saint, dans la ville de Pruchnik, en Pologne. (Hubert Lewkowicz / AFP)
Cette photo prise le 19 avril 2019 montre des enfants en train de frapper avec des bâtons dune marionnette de Judas pour le Vendredi Saint, dans la ville de Pruchnik, en Pologne. (Hubert Lewkowicz / AFP)

Le procureur général dans la province polonaise de Jaroslav a ouvert une enquête criminelle sur un rituel antisémite qui s’est déroulé pendant la fête de Pâques. Une marionnette de Judas affublée de caractéristiques antisémites classiques a été pendue, battue et brûlée.

Les habitants, dont des enfants, ont frappé la marionnette avec des bâtons dans la petite ville du sud est de la Pologne à Pruchnik, pour le Vendredi Saint. Ils l’ont ensuite brûlée. La marionnette avait un nez crochu, un chapeau noir et des papillotes typiques des Juifs ultra-orthodoxes et elle devait représenter Judas, le disciple du Christ qui l’a trahi selon le nouveau testament.

« En me basant sur la vidéo que j’ai vue, j’ai décidé qu’il y avait de quoi ouvrir une enquête sur ce qui semblerait être un acte de haine raciste », a déclaré Agnieszka Kaczorowska à la chaîne publique d’Israël Kan mardi.

Kaczorowska a déclaré que les procureurs rassemblaient des preuves à partir de vidéos du rituel téléchargées en ligne, et qu’ils travaillaient pour identifier les personnes impliquées. Elle a déclaré que son bureau allait aussi enquêter sur le rôle des enfants pour savoir si leurs parents leur avaient donné l’instruction de frapper la marionnette.

Ce rituel de Pâques, aussi connu sous le nom de « Jugement de Judas », remonte au 18ème siècle et a continué à être régulièrement pratiqué jusqu’à la Deuxième guerre mondiale.

Cette tradition a été largement abandonnée, alors que seulement quelques villages la perpétuent. Même Pruchnik avait semblé y mettre un terme au cours des dernières années, selon le portail d’information polonais oko.press.

Ce rituel a été très largement condamné, y compris par le gouvernement polonais et de l’Eglise catholique.

Une marionnette de Judas pendue à la ville de Pruchnik lors de Vendredi Saint, le 19 avril 2019, dans le sud de la Pologne.
(Hubert Lewkowicz / AFP)

« L’Eglise catholique ne tolérera jamais des manifestations des mépris envers de membres de n’importe quelle nation, dont le peuple juif », a déclaré l’évêque Rafal Markowski, président du Comité pour le dialogue avec le Judaïsme de l’Eglise, en donnant son point de vue sur la question.

Après la déclaration de l’Eglise, le ministre de l’Intérieur Joachim Brudzinski a qualifié le rituel d’ « idiot et pseudo-religieux » et il a demandé pourquoi des « Satans » avaient relancé une tradition abandonnée.

Les déclarations sont intervenues après que le Congrès juif mondial a exprimé son « dégoût et son indignation ».

« Les Juifs sont profondément troublés par l’effrayante résurgence d’un antisémitisme médiéval qui a conduit à des souffrances et des violences inimaginables », a déclaré Robert Singer, le PDG du groupe basé à New York.

Des Polonais ont aussi exprimé leur dégoût devant le retour de ce rituel antisémite. Certains ont publié en ligne des photos du même rituel lorsqu’il avait lieu avant la Deuxième guerre mondiale.

Pendant des siècles, l’Eglise a enseigné que des Juifs ont tué le Christ, une position dogmatique qui a alimenté des siècles de haine et de violence contre les communautés juives en Europe. Cette position a été annulée par le document révolutionnaire de 1965 du Deuxième concile du Vatican sur les religions non-chrétiennes, Nostra Aetate (Dans nos époques).

Le pape polonais Jean Paul II a été l’une des figures importantes de l’Eglise qui s’est opposée à l’antisémitisme. Il considérait que les Juifs sont les « frères aînés » des Chrétiens dans la foi.

« On peut seulement se demander comment Jean Paul II qui a enseigné aux Catholiques de sa Pologne natale et dans le monde entier que l’antisémitisme est un péché contre Dieu, et que l’on a réagi avec un rejet aussi flagrant à ses enseignements », a déclaré Singer.

Le rituel intervient après une crise diplomatique l’année dernière entre la Pologne et Israël qui a été déclenchée par un sentiment anti-Juif en Pologne mais aussi par un sentiment anti-polonais en Israël.

Israël a déploré un « incident antisémite » mais s’est félicité de la réaction des autorités polonaises.

« Nous déplorons l’incident antisémite dans le village de Pruchnik pendant la fête de Pâques, mais sommes réconfortés par la réaction ferme de l’église polonaise, des autorités et des hauts responsables du gouvernement polonais », a déclaré le ministère israélien des Affaires étrangères dans un communiqué.

Des inquiétudes se font jour sur un regain de l’antisémitisme en Pologne, pays qui a connu récemment de fortes tensions avec Israël.

Ulcéré par des propos du chef de la diplomatie israélienne, Israël Katz, sur « l’antisémitisme que les Polonais tètent avec le lait de leur mère », Varsovie a boycotté en février un sommet prévu à Jérusalem de quatre pays d’Europe de l’Est.

Une vague de commentaires violents et antisémites avait alors déferlé sur les réseaux sociaux.

L’an dernier, une crise a opposé les deux pays après l’adoption d’une loi polonaise controversée, finalement amendée, perçue en Israël et aux Etats-Unis comme une tentative implicite d’empêcher les survivants de l’Holocauste d’évoquer les crimes des Polonais à leur égard.

Le Congrès juif mondial a condamné dimanche l’incident de Pruchnik dans un communiqué.

Son vice-président, Robert Singer, a exprimé son « dégoût et (son) indignation devant cette nouvelle manifestation ouvertement antisémite ».

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