Washington critique les chefs de Gaza qui envoient les enfants à la frontière
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Washington critique les chefs de Gaza qui envoient les enfants à la frontière

Avant les manifestations, l'envoyé au Moyen-Orient Greenblatt avait vivement recommandé aux Palestiniens de rester à 500 mètres de la clôture et de se rassembler pacifiquement

L'envoyé spécial des États-Unis, Jason Greenblatt, assiste à une conférence de presse concernant l'accord sur l'eau entre Israël et l'Autorité palestinienne, le 13 juillet 2017 (Yonatan Sindel/Flash90)
L'envoyé spécial des États-Unis, Jason Greenblatt, assiste à une conférence de presse concernant l'accord sur l'eau entre Israël et l'Autorité palestinienne, le 13 juillet 2017 (Yonatan Sindel/Flash90)

La Maison Blanche a appelé jeudi les Palestiniens à ne s’engager que dans des manifestations pacifiques et à rester à au moins 500 mètres de la frontière de Gaza avec Israël à la veille de nouvelles manifestations soutenues par les dirigeants terroristes du Hamas, à Gaza, le long de la frontière.

Tandis que les Nations unies ont émis un avertissement à l’attention d’Israël, en demandant à l’Etat juif d’utiliser une « prudence extrême » dans sa gestion des manifestations de masse, l’envoyé au Moyen-Orient du président américain Donald Trump, Jason Greenblatt, a pour sa part appelé à la responsabilité des Palestiniens.

Greenblatt a déclaré que les manifestants devaient « rester à l’extérieur de la zone-tampon de 500 mètres et ne devaient pas s’approcher d’aucune manière de la clôture frontalière, où que ce soit ».

Il a ajouté dans une déclaration que « nous condamnons les leaders et les manifestants qui en appellent à la violence ou qui envoient des manifestants – et notamment des enfants – à la clôture, sachant qu’ils pourraient être blessés ou tués. Nous appelons à la place à ce que toutes les parties se concentrent sur la recherche de solutions aux défis humanitaires difficiles que les Gazaouis doivent affronter ».

Capture d’écran de la vidéo du Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, à l’occasion de la Journée de commémoration de l’Holocauste des Nations unies, le 31 janvier 2018 (Crédit : YouTube)

Dans la matinée de jeudi, le secrétaire-général des Nations unies Antonio Guterres a vivement recommandé à Israël de faire preuve d’une « extrême prudence » et de permettre aux Palestiniens de manifester pacifiquement le long de la frontière.

« Je recommande particulièrement vivement à Israël de faire preuve d’une extrême prudence face à l’utilisation de la force afin d’éviter les victimes. Les civils doivent pouvoir exercer leur droit à manifester pacifiquement », a dit Guterres dans un communiqué.

Des milliers de Palestiniens devraient se réunir aux abords de la frontière de la bande de Gaza avec Israël vendredi. Les organisateurs disent qu’ils tenteront d’arrêter les manifestants qui jettent des pierres ou des pneus enflammés aux soldats israéliens mais les chefs du Hamas ont expliqué ces derniers jours qu’ils prévoient des « surprises » et que l’objectif ultime des manifestations est de supprimer la frontière et de libérer la Palestine.

« Je répète mon appel à tous ceux qui sont concernés de se retenir de tout acte qui pourrait mener à plus de violences ou à placer les civils dans une situation préjudiciable, en particulier les enfants », a dit Guterres. « J’appelle toutes les parties sur le terrain à éviter les confrontations et à faire preuve d’un maximum de retenue ».

Des manifestants palestiniens scandent des slogans durant des affrontements avec les forces israéliennes suite à un rassemblement à la frontière entre Israël et Gaza, à l’est de Gaza City, le 4 avril 2018 (Crédit : AFP PHOTO / MAHMUD HAMS)

Les propos de Guterres ont été tenus après une réunion avec les ambassadeurs arabes qui lui ont vivement recommandé de lancer une enquête indépendante sur les Palestiniens morts au cours des affrontements de vendredi dernier. Les Etats-Unis ont, au début de la semaine, opposé leur veto à une mesure du conseil de Sécurité sur la même question.

Riyad Mansour, l’ambassadeur des Palestiniens à l’ONU, a déclaré après la rencontre que la réponse apportée par Guterres à leur requête était « positive » et que le chef de l’ONU avait exprimé des inquiétudes sérieuses au sujet des victimes civiles.

Vendredi dernier, ce sont plus de 30 000 Palestiniens qui ont manifesté le long de la frontière avec Gaza dans ce qu’Israël a qualifié « d’émeute » orchestrée par le groupe terroriste du Hamas – qui dirige la bande de Gaza – et dans ce que les Palestiniens ont évoqué comme étant un mouvement de protestation pacifique.

Il y a eu des divergences dans les informations palestiniennes faisant le bilan des personnes tuées vendredi dernier. Tandis que le Hamas a affirmé lundi qu’il y avait eu 18 victimes, l’agence de presse officielle de l’Autorité palestinienne a fixé ce chiffre à 16. Israël n’a aucun chiffre officiel.

Jeudi, le ministère de la Santé dirigé par le Hamas a annoncé la mort d’un manifestant palestinien supplémentaire qui avait été frappé par des tirs israéliens lors d’affrontements survenus le long de la frontière vendredi dernier.

Une photo prise le 30 mars 2018 montre un adolescent palestinien transporté sur une civière après avoir été blessé lors d’une manifestation près de la frontière avec Israël à l’est de Jabalia dans la bande de Gaza pour commémorer la Journée de la Terre (Crédit : AFP / Mohammed ABED)

Le porte-parole de l’armée israélienne, le général de brigade Ronen Manelis, a déclaré samedi que tous les gens tués étaient engagés dans des violences. Il a expliqué que l’armée avait affronté un « mouvement de protestation violent, terroriste à six endroits » le long de la clôture, et que les soldats israéliens avaient utilisé des « tirs chirurgicaux » à chaque fois qu’il y avait eu des tentatives d’ouvrir une brèche ou d’endommager la clôture de sécurité.

L’armée israélienne a alors identifié dix des morts comme appartenant à des groupes terroristes, notamment du Hamas (Le Hamas avait reconnu lui-même que cinq d’entre eux étaient ses membres). Le Jihad islamique a ensuite revendiqué une 11ème victime.

Les Palestiniens ont avancé quelques cas filmés lors de la manifestation qui ont semblé montrer des Palestiniens pris pour cible par des tirs alors qu’ils ne posaient aucune menace pour les troupes israéliennes. L’armée a affirmé que ces vidéos avaient été fabriquées par le Hamas.

Les Etats-Unis, qui sont l’allié le plus proche d’Israël, ont empêché le conseil de Sécurité d’émettre un communiqué qui aurait autorisé Guterres à mener une enquête indépendante sur les événements qui ont eu lieu vendredi dernier.

L’envoyé palestinien à l’ONU, Riyad Mansour, au Conseil de sécurité de l’ONU, 8 décembre 2017 (Crédit : Nations unies)

Mais jeudi, Mansour a indiqué que les pays arabes se tourneraient vers l’Assemblée générale forte de 193 membres ou le conseil des droits de l’Homme de Genève, deux instances qui peuvent permettre des enquêtes et où il n’y a pas de droits de veto.

L’ambassadeur tunisien Mohammed Khaled Khiari a dit qu’il attendait du secrétaire-général et de la communauté internationale qu’ils utilisent leur influence pour éviter une répétition de ce qu’il a qualifié « d’utilisation disproportionnée et excessive de la force » à l’avenir.

L’Union européenne a également recommandé jeudi à Israël de faire preuve de retenue envers les manifestants palestiniens, affirmant dans un communiqué que l’Etat juif devait se montrer proportionnel dans la défense de sa souveraineté.

« Tout en reconnaissant le droit à des manifestations pacifiques, l’Union européenne attend de ceux qui se trouvent à la tête des manifestations à Gaza qu’ils évitent toute incitation à la violence, qu’ils s’assurent que toute protestation, manifestation et assemblée resteront strictement non-violents et à ce que les mouvements ne soient pas exploités pour d’autres moyens », a dit le communiqué. « L’Union européenne attend également d’Israël que le pays respecte le droit fondamental à des manifestations pacifiques et qu’il se montre proportionnel dans l’usage de la force pour défendre ses intérêts sécuritaires légitimes ».

Un jeune palestinien collecte des pneus qui seront brûlés durant des manifestations le long de la frontière avec Gaza à Khan Younis, dans le sud de la bande de Gaza, le 4 avril 2008 (Crédit : Said Khatib/AFP)

En réponse aux appels internationaux, l’envoyé israélien aux Nations unies Danny Danon a expliqué que « le Hamas et ses affiliés exploitent les femmes et les enfants comme boucliers humains et envoient des terroristes armés pour se battre » malgré l’insistance des chefs palestiniens sur l’aspect pacifique des manifestations à la frontière.

Il a vivement recommandé au conseil de Sécurité dans un courrier « d’envoyer un message clair aux responsables palestiniens, pour leur répéter de mettre un terme à ces émeutes qui ne servent qu’à semer la violence et l’instabilité ».

La mission israélienne a indiqué que Danon et d’autres diplomates ont partagé ce que l’ambassade a affirmé être des « preuves » des intentions du Hamas à davantage inciter les résidents de Gaza à l’émeute.

« Ils ont également exprimé les intentions israéliennes d’agir de manière décisive contre toute tentative de menace exercée contre la souveraineté du pays », a fait savoir la mission.

Les leaders de Gaza ont programmé une série de « marches du retour » qui culmineront avec la marche prévue d’un million de personnes à la mi-mai, à une date coïncidant avec la 70ème journée de l’Indépendance d’Israël qui sera également le jour de l’inauguration de l’ambassade américaine à Jérusalem et celui de la Nakba – lorsque les Palestiniens marquent la « catastrophe » qui s’est abattue sur eux avec la création d’Israël.

L’ambassadeur d’Israël auprès des Nations unies, Danny Danon s’adressant à l’Assemblée générale. (Crédit : Photo de l’ONU / Manuel Elias)

Le porte-parole du Hamas Hazem Qassem a déclaré jeudi que les Palestiniens continueront leur « combat jusqu’à ce qu’ils effirment leur liberté et qu’ils retrouvent toutes leurs terres ». Il a dit que le « droit [des Palestiniens] à toutes les terres de Palestine est absolu et clair ».

Lors des pourparlers de paix antérieurs, les Palestiniens ont toujours demandé, avec la souveraineté en Cisjordanie, à Gaza, à Jérusalem-est et dans la Vieille Ville, un « droit au retour » en Israël pour les Palestiniens qui avaient quitté ou avaient été dans l’obligation de quitter l’Etat juif lors de sa fondation. Les Palestiniens ne demandent pas seulement l’exercice de ce droit pour les centaines de milliers de réfugiés encore en vie – un chiffre qui atteindrait des dizaines de milliers de personnes – mais également pour leurs descendants, qui sont des millions.

Aucun gouvernement israélien ne pourrait probablement accepter cette demande puisqu’elle signerait la fin d’Israël en tant qu’Etat à majorité juive. Le positionnement israélien est que les réfugiés palestiniens et leurs descendants pourraient devenir les citoyens d’un Etat palestinien à l’apogée du processus de paix, comme cela avait été le cas des Juifs contraints à fuir les pays du Moyen-Orient en raison de gouvernements hostiles qui sont devenus par la suite des ressortissants israéliens.

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