Yaalon revient sur l’incendie à Duma, les destructions de synagogues et l’avion russe
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Yaalon revient sur l’incendie à Duma, les destructions de synagogues et l’avion russe

Le ministre de la Défense s'est exprimé devant des journalistes israéliens sur plusieurs sujets majeurs

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Le ministre de la Défense Moshe Yaalon arrive à la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem le 6 Septembre 2015 (Crédit photo: Ohad Zwigenberg)
Le ministre de la Défense Moshe Yaalon arrive à la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem le 6 Septembre 2015 (Crédit photo: Ohad Zwigenberg)

Après 101 jours, les autorités israéliennes ne disposent toujours pas de preuves suffisantes pour inculper les extrémistes juifs qui ont lancé une bombe incendiaire contre une maison palestinienne, tuant trois membres de la même famille, a affirmé lundi le ministre de la Défense Moshe Yaalon .

Le mois dernier, Yaalon avait annoncé que le service de sécurité du Shin Bet et la police israélienne savaient quel groupe extrémiste de droite avait attaqué en juillet la maison de la famille Dawabsha dans le village de Duma, mais n’avait pas suffisamment de preuves sur l’identité des auteurs pour pouvoir les condamner.

L’incendie criminel avait brûlé Ali Dawabsha, 18 mois, et mortellement blessé ses parents, qui sont morts dans les semaines suivantes.

Les décès ont provoqué la colère parmi les Palestiniens, en Israël et dans le monde. Le frère d’Ali, âgé de 4 ans, a survécu à l’attaque, qui a été largement attribuée à des extrémistes juifs.

Les autorités israéliennes ont été critiquées pour n’avoir pas produit d’acte d’accusation jusqu’à présent, étant une preuve d’un double standard face aux terroristes juifs et palestiniens.

Saad et Riham Dawabsha, avec leur bébé Ali (Capture d'écran Deuxième chaîne)
Saad et Riham Dawabsha, avec leur bébé Ali (Capture d’écran Deuxième chaîne)

Yaalon a déclaré que l’armée a eu recours à l’emprisonnement des suspects sans inculpation – en vertu d’une pratique connue sous le nom de détention administrative – à défaut de preuves solides contre eux.

« Une fois que nous avons découvert quel groupe était responsable de l’incident, et que nous avons réalisé que nous étions incapables de les traduire en justice, nous avons opté pour les assignations à résidence et les détentions administratives », a-t-il dit, en utilisant le terme technique d’Israël pour les emprisonnements sans procès ni accusation formelle.

« Je souhaite que bientôt nous allons complètement résoudre [l’affaire] », a ajouté Yaalon.

Les détentions administratives sont un outil de répression controversée, dans lequel les suspects peuvent être détenus sans jugement pour une variété de raisons, notamment pour éviter de divulguer des renseignements.

La pratique, bien que dénoncée par certains comme une violation des droits civils, a été en usage contre les suspects palestiniens depuis des années et a été approuvée le mois dernier – à la demande de Yaalon – pour une utilisation contre des Juifs israéliens également.

« Le groupe responsable est composée de fanatiques juifs qui veulent un royaume religieux et un régime fondé sur la loi juive », a déclaré Yaalon aux journalistes.

Bien que les coupables n’aient pas été formellement arrêtés et inculpés, le ministre de la Défense a souligné qu’il n’y a pas eu d’attaques graves commises par des extrémistes juifs contre les Palestiniens dans les mois qui ont suivi les meurtres de la famille Dawabsha, hormis des actes de vandalisme à petite échelle et de la petite violence.

L'intérieur d'une chambre dans la maison des Dawabsha à Duma. Une poupée enveloppée dans un drapeau palestinien repose dans une poussette pour honorer Ali (Crédit : Eric Cortellessa / Times of Israel)
L’intérieur d’une chambre dans la maison des Dawabsha à Duma. Une poupée enveloppée dans un drapeau palestinien repose dans une poussette pour honorer Ali (Crédit : Eric Cortellessa / Times of Israel)

L’avion russe a bien été abattu par une bombe

Yaalon a également abordé le récent crash d’un avion de ligne russe au-dessus du Sinaï, confirmant qu’il s’agissait bien d’un attentat, mais refusant de discuter des informations selon lesquelles Israël aurait fourni les renseignements qui pointaient vers une bombe comme cause de l’accident.

« Nous comprenons avec un degré élevé de certitude que ce fut une attaque », a-t-il affirmé.

« Nous ne participons pas à l’enquête, mais de notre compréhension des choses, il semble qu’un engin explosif ait explosé à l’intérieur de l’avion », a ajouté Yaalon.

Un fonctionnaire anonyme américain et une source diplomatique ont confié à CNN que Jérusalem aurait remis aux États-Unis et au Royaume-Uni des informations sur l’explosion.

Un responsable américain a déclaré à la chaîne d’information qu’il était « à 99,9 % certain » que l’avion avait explosé en raison d’une bombe, tandis que l’autre a dit que c’était « probable », a rapporté dimanche CNN.

Yaalon a été le premier officiel israélien de haut rang à commenter le reportage de la chaîne.

Les extrémistes de l’Etat islamique ont revendiqué avoir abattu le vol de la compagnie Metrojet, sans fournir de preuve, en disant qu’il avait été commis en représailles aux frappes aériennes de Moscou qui ont commencé un mois plus tôt contre ses combattants en Syrie. Tous les 224 passagers à bord du vol sont morts dans le crash.

« Un groupe de brutes »

Yaalon a également affirmé qu’il a toujours l’intention de faire appliquer, d’ici le 17 novembre, l’ordre de démolition d’une synagogue en Cisjordanie qui selon la Cour suprême a été construite sur des terres palestiniennes privées, malgré les menaces d’opposition violente venant des résidents des implantations de la ligne dure.

« Un groupe de brutes a pris un morceau de terre palestinienne privée », a dit Yaalon.

« Ils veulent construire un autre bed-and-brakfast pour faire de l’argent, et pour garder l’emplacement, ils y ont construit une synagogue », a soutenu le ministre de la Défense.

Une démolition précédente a été repoussée la semaine dernière après que des responsables sécuritaires aient demandé un report, en raison de menaces de violence.

Les militants debout sur un toit de la synagogue "Ayelet Hashahar" dans l'implantation de Givat Zeev, au nord de Jérusalem, le 4 novembre 2015 (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)
Les militants debout sur un toit de la synagogue « Ayelet Hashahar » dans l’implantation de Givat Zeev, au nord de Jérusalem, le 4 novembre 2015 (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)

Yaalon, qui avait également ordonné à l’Administration civile – l’organe civil de Cisjordanie qui fonctionne sous son ministère de la Défense – de démolir un complexe de logements dans l’implantation de Beit El il y a quelques mois, a cité cet incident comme une preuve que certains manifestants ne comprennent même pas pourquoi ils se battent.

« Nous leur avions même offert un bâtiment de remplacement, avec 24 unités de logement. Mais à la place, ils ont décidé de mener une guerre, comme si elle était faite au nom du mont du Temple. Malheureusement, le soutien que ces jeunes reçoivent de politiciens, quand ils jettent des pierres et des sacs d’urine sur les forces de sécurité, est de la semence de destruction qui nous oblige à faire la révérence au terrorisme juif », a-t-il dit.

Le ministre de l’Éducation Naftali Bennett et le député Bezalel Smotrich du parti nationaliste HaBayit HaYehudi, et même le ministre de l’Intégration Zeev Elkin et le député Oren Hazan du Likud, le propre parti de Yaalon, faisaient partie de ceux qui ont soutenu les manifestations contre les démolitions dans l’implantation.

« J’ai ntendu ce matin quelqu’un recommander que nous entrions dans Naplouse et détruisons la ville, » a dit Yaalon.

Le ministre de la Défense n’a pas souhaité discuter longuement des troubles actuels et de la violence en Cisjordanie au cours de son exposé, mais a appelé les Israéliens à garder leur calme .

« Lors de ces discussions, j’entends des gens qui disent : ‘Viens, nous allons les avoir.’ Ce serait comme frapper un mur nu-pieds : votre pied sera cassé, mais le mur restera en place », a-t-il expliqué.

« Nous devons permettre aux Palestiniens – qui en majorité ne sont pas descendus dans les rues – de vivre avec dignité et dans le confort, mais en même temps ne pas laisser le terrorisme se propager », a-t-il conclu.

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