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Anastasia, la secte russe d’extrême droite qui s’installe en Europe

Cette secte russe classée à l'extrême droite, prônant un retour à la nature et portée par la pandémie de COVID-19, s'inspire des romans de Vladimir Megre, accusé d'antisémitisme

Ines et Norman Kosin s'adressent aux journalistes de l'AFP chez eux en Autriche, le 16 février 2023. (Crédit : JOE KLAMAR / AFP)
Ines et Norman Kosin s'adressent aux journalistes de l'AFP chez eux en Autriche, le 16 février 2023. (Crédit : JOE KLAMAR / AFP)

Ines et Norman Kosin ont tout plaqué pour donner vie dans la campagne autrichienne aux préceptes d’Anastasia, une secte russe classée à l’extrême droite, prônant un retour à la nature et portée par la pandémie de COVID-19.

« Avant on travaillait sur l’île de Sylt », lieu de villégiature branché du nord de l’Allemagne, « on avait tout ce qu’il fallait mais le cœur n’y était pas », explique cette pâtissière-chocolatière de 36 ans. « On ressentait un manque. »

Pour le couple, le paradis, c’est ce domaine isolé, déniché il y a trois ans.

Situé au sud de la région du Burgenland, à la frontière de la Hongrie, il constituerait l’endroit idéal pour fonder une communauté inspirée des romans de Vladimir Megre, accusé d’antisémitisme.

Entre 1996 et 2010, l’entrepreneur russe a publié dix volumes racontant sa rencontre dans la taïga sibérienne avec Anastasia, une mystérieuse femme aux longs cheveux blonds dotée de pouvoirs surnaturels.

Il y retranscrit les conseils qu’elle lui a donnés au fil de ses visites pour quitter la société industrielle qui, en méprisant la nature, laisserait le champ libre à des « forces obscures » la dirigeant vers une catastrophe mondiale.

Devenu son prophète, Vladimir Megre propose à chaque famille de retrouver la pureté des origines en créant une ferme en permaculture visant à l’autosuffisance alimentaire.

Vladimir Megre. (Crédit : Лобачев Владимир / CC BY-SA 3.0)

« Espace d’amour »

Les yeux rivés sur les champs environnants, Norman Kosin, 36 ans comme son épouse, s’enflamme pour ce qu’il appelle son « espace d’amour » susceptible de réunir « une centaine de familles ».

« Imaginez qu’un médecin, des sages-femmes, des artisans et des bûcherons évoluent côte à côte » en harmonie, lance-t-il en touchant son médaillon en bois de cèdre dont il dit « ressentir qu’il absorbe l’énergie positive ».

Un mode de vie largement développé en Russie où 400 initiatives d’implantations existaient en 2019, selon les propres dires de Vladimir Megre.

En Allemagne, en Suisse et en Autriche, Norman Kosin, figure du mouvement connue aussi en ligne sous le pseudo de Felix von Elysion – du nom de la communauté qu’il espère voir naître – compte entre 3 000 et 4 000 adeptes.

Si ces chiffres sont impossibles à vérifier de manière indépendante, un récent rapport autrichien s’inquiète d’un nouvel engouement.

« La pandémie de COVID-19 a donné une impulsion considérable à Anastasia dans les pays germanophones », où elle rencontre un mouvement antivax porté par l’extrême droite, écrivait en novembre le fonds de documentation sur l’extrémisme politique motivé par la religion.

Au-delà du monde germanique, on recense des membres actifs dans d’autres pays européens, du Portugal à la Bulgarie.

En France, où se sont tenues la semaine dernière des assises nationales sur le sujet, la Mission interministérielle chargée de lutter contre ces phénomènes (Miviludes) a également constaté une « augmentation significative » des dérives sectaires en lien avec la crise sanitaire.

Ines et Norman Kosin, montrent des bannières de divers projets alors qu’ils s’adressent aux journalistes de l’AFP à leur domicile en Autriche, le 16 février 2023. (Crédit : JOE KLAMAR / AFP)

« Humains dégénérés »

Ancien gestionnaire de meublés touristiques, cheveux longs grisonnants et barbe fournie, Norman Kosin confirme avoir été renforcé dans ses convictions par les restrictions anti-COVID.

Vent debout contre le vaccin, il était hors de question pour sa femme et lui de soumettre leurs filles aux tests nasaux obligatoires et à « l’endoctrinement » de l’école.

La petite dernière de 4 ans va à la crèche, mais les deux aînées de 10 et 14 ans ont été déscolarisées.

« Les âmes des enfants sont si innocentes » et de telles mesures « les détruisent », s’insurge le père, faisant un parallèle avec ce qui se passe actuellement avec la guerre en Ukraine.

« On construit une image, une propagande » anti-russe qui « marque à vie », dit-il, persuadé que le « système », qui a « dégénéré » les humains, va s’effondrer.

Outre un canal consacré à Anastasia, il participe à l’animation de chaînes conspirationnistes sur Telegram comptant près de 250 000 abonnés, sur lesquels il dénonce notamment les « mensonges » des médias.

Avec la pandémie, les théories du complot « ont connu un essor massif », confirme Ulrike Schiesser, responsable de l’Office fédéral des questions sectaires, dans une interview à l’AFP.

Localisation du Burgenland sur la carte de l’Autriche. (Crédit : TUBS – Austria location map.svg by Lencer Locator / CC BY-SA 3.0)

Antisémitisme

Dans le mouvement Anastasia, elle voit un concept ésotérique qui en apparence « contient toutes sortes d’idées inoffensives pour mieux vivre ».

Mais « il pose problème », estime-t-elle, car « il se positionne contre la démocratie, l’État ou la science » en se présentant comme la voie à suivre pour une « élite » détenant la vérité, appelée à se séparer du commun ignorant des mortels.

Cette experte note aussi « les éléments antisémites clairement présents dans les livres » de la secte et « généralement ignorés, niés ou minimisés, comme si on ne pouvait pas critiquer les écrits du gourou ».

« À cause de deux ou trois chapitres, tous ceux qui lisent les ouvrages sont rangés dans la catégorie nationale socialiste », balaie effectivement Norman Kosin quand on l’interroge sur le sujet.

Face à l’expansion du mouvement, les autorités autrichiennes tirent la sonnette d’alarme et faute de moyens financiers, le projet d’Ines et Felix pourrait tourner court.

Incapables de justifier de revenus suffisants pour rester en Autriche, ils sont sous la menace d’un avis d’expulsion vers leur Allemagne natal.

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