Bernie Sanders aurait-il pu battre Donald Trump ?
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Analyseil cherchait à remporter l’électorat clé qui a offert à Trump sa victoire : la classe ouvrière blanche

Bernie Sanders aurait-il pu battre Donald Trump ?

Un socialiste juif aurait-il pu battre un capitaliste né aux États-Unis ?

Bernie Sanders lors d'un rassemblement de campagne au Bronx Community College à New York, le 9 avril 2016. (Crédit : Eric Thayer / Getty Images)
Bernie Sanders lors d'un rassemblement de campagne au Bronx Community College à New York, le 9 avril 2016. (Crédit : Eric Thayer / Getty Images)

JTA – Au début de sa campagne, il a été écarté car il était un candidat protestataire marginal, un vieil homme aux cheveux décoiffés dont les idées étaient trop extrêmes pour remporter une élection nationale. Mais maintenant que la candidate démocrate Hillary Clinton a perdu l’élection face à Donald Trump, l’on peut se poser la question : est-ce que Bernie Sanders, le socialiste juif de 74 ans, originaire du Vermont aurait pu battre Donald Trump ?

La réponse est bien évidement que nous n’en savons rien. La mélange des personnalités, des politiques et des circonstances aurait été différent. Mais Sanders avait vaincu Trump lors de tous les tête-à-tête théoriques selon les moyennes de RealClearPolitics. Et il cherchait à remporter l’électorat clé qui a offert à Trump sa victoire : la classe ouvrière blanche.

Trump a surpassé Clinton sur la démographie. Parmi les électeurs blancs sans qualifications, Trump a remporté à 67 % contre 28 %. ABC News a indiqué que cette marge de 39 points est supérieure à l’avantage par 32 points qu’avait Ronald Reagan sur le président en poste Jimmy Carter lors de sa victoire aux élections de 1980.

Il importe peu que Clinton ait remporté le vote de la minorité, la classe ouvrière blanche a offert à Trump les états du Middle-West, ce qui lui a valu la victoire.

Plusieurs de ces états, l’Indiana, le Michigan, le Wisconsin, la Virginie Occidentale étaient revenus à Sanders lors des primaires (bien que la preuve statistique qu’il ait remporté les suffrages de la classe ouvrière soient minces). Comme Trump, Sanders s’insurgeait contre les mêmes accords de libre-échange que Clinton soutenait. Il parlait de sauver les emplois en usine. Trump provoquait Clinton sur son soutien au NAFTA et au TPP, sans doute son meilleur moment dans le premier débat. Cette provocation serait probablement tombée à plat s’il faisait face à un candidat qui était également opposé à ces accords de libre-échange.

Et l’histoire personnelle de Sanders aurait pu lui accorder une certaine crédibilité dans sa façon de soutenir la classe ouvrière. Trump avait accusé Clinton, avec une valeur nette supérieure à 100 millions de dollars, de faire partie d’une élite intouchable. Sanders, pour sa part, cuisinait en plongeant un rouleau de papier toilette dans de l’essence à briquet et le faisant prendre feu dans un pot de café vide.

Mais Sanders aurait-il pu plaire aux indépendants ? Trump, qui excellait dans les surnoms tels que Crooked Hillary, aurait eu de quoi se mettre sous la dent avec un rival qui était la caricature républicaine des démocrates : un hippie juif socialiste de Nouvelle Angleterre. L’an dernier, la moitié des Américains ont confié à Gallup qu’ils ne voteraient pas pour un socialiste, le pire qui puisse être parmi une variété d’identités.

Clinton a tenté, sans succès, de transformer cette élection en un référendum sur Trump. Mais face à Sanders, Trump aurait été le modéré qui fait face à un extrémiste. Un socialiste aurait-il pu battre un capitaliste-né aux États-Unis ?

Peter Weber a traité cette question dans The Week, et a souligné que Clinton a marqué des points en contestant le personnage de Trump au regard de sa position au sujet des femmes et de ses attaques à l’encontre des minorités. Sanders promettait de se concentrer sur la politique, et non pas sur la personnalité.

« Si cette campagne avait été positive, axée sur les problèmes à régler, comme le voulait Sanders, nous n’aurions pas appris à quel point Trump est imprévisible lorsqu’il est face à la moindre autorité, ou à la moindre remise en question de son autorité », écrit Weber.

« Tous ceux qui rouspètent sur l’horreur qu’a été cette campagne, et elle n’était effectivement pas belle à voir, pousser Trump à se révéler sous son vrai jour a été un vrai service rendu à la république. »

Et en fin de compte, il y a l’aspect juif : des courants d’antisémitisme ont entouré la campagne de Trump, depuis le soutien du Ku Klux Klan jusqu’au harcèlement de journalistes, parmi lesquels de nombreux juifs, sur Twitter, par des sympathisants de Trump auto-proclamés. Mais bien que les médias juifs se soient intéressés à ce problème, il n’a pas reçu énormément d’attention dans la campagne, même lorsque que l’allocution de clôture de Trump faisait écho à des thèmes antisémites.

Avec un rival juif, il aurait été plus difficile pour Trump de balayer les allégations selon lesquelles lui-même ou ses sympathisants étaient liés à de l’antisémitisme. (La campagne de Trump a démenti avec véhémence que le candidat était responsable, voire dans l’obligation de dénier l’antisémitisme que l’on pouvait entendre de la part de certains de ses sympathisants.)

Son discours de clôture arguant d’une théorie complotiste internationale a défilé parmi des images de Clinton et d’acteurs financiers juifs importants, tels que George Soros, Janet yellen et Lloyd Blankfein. Et si, au lieu d’alterner avec le visage de Clinton, ils alternaient avec la photo d’un autre juif ?

« S’il était en lice contre un candidat juif, les thématiques antisémites et les stéréotypes évoqués par lui ou par ses supporters n’aurait pas été autant tolérés », explique Aaron Keyak, directeur général de Bluelight Strategies, une société de relations publiques qui a travaillé avec la campagne de Clinton et avec d’autres groupes juifs libéraux.

« Le signal d’alarme aurait été beaucoup plus manifeste. »

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