Cannabis médical: Les firmes israéliennes déplorent l’interdiction d’exportation
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Cannabis médical: Les firmes israéliennes déplorent l’interdiction d’exportation

Les experts disent que le pays ne sera pas le leader mondial dans un secteur d'une valeur de plus d'un milliard de dollars si des politiques restrictives restent en place

Une usine de marijuana médicale (crédit photo: Kobi Gideon / Flash90)
Une usine de marijuana médicale (crédit photo: Kobi Gideon / Flash90)

L’industrie israélienne de la marijuana médicale risque de perdre des gains financiers substantiels si une interdiction d’exporter ordonnée par le Premier ministre Benjamin Netanyahu continue, ont averti des experts de l’industrie lundi.

En février, selon un média Netanyahu avait stoppé un projet d’exportation de marijuana médicale par crainte de contrarier le président américain Donald Trump, alors même que les ministres évaluaient le marché d’exportation à plus d’un milliard de dollars par an.

« Le gouvernement rate une opportunité de devenir le leader mondial [dans le secteur] », a déclaré lundi Saul Kaye, PDG de CannaTech et ICAN Israël, lors d’une conférence sur l’innovation en matière de cannabis à Tel Aviv. « Il s’agit d’une opportunité solide, mûrie et axée sur la R&D, qui cherche à se mondialiser. Donc, si le gouvernement passe à côté, nous finirons tous par travailler en Slovénie. »

ICAN est une société pharmaceutique qui investit dans les produits du cannabis.

La marijuana médicale au dispensaire de Tikkun Olam à Tel Aviv le 1er septembre 2016. Avec les conseils du personnel infirmier spécialement formé de Tikun Olam, les patients peuvent décider d’acheter leur prescription sous forme de fleurs, de cigarettes pré-roulées, de pilules ou de teintures. (Melanie Lidman / Times d’Israël)

Israël est connu comme un pionnier dans la recherche sur le cannabis. Le professeur Raphael Mechoulam de l’Université hébraïque a débuté ses recherches dans le domaine en 1964, lorsqu’il a découvert le tétrahydrocannabinol, ou THC, le principal constituant psychoactif du cannabis. À ce jour, le Canada est le seul pays à avoir approuvé l’exportation de marijuana médicale.

Des intervenants à la conférence de presse ont déclaré que les entreprises opérant sur le terrain contournaient déjà l’interdiction en créant des coentreprises à l’étranger et en exportant la technologie, parfois les médicaments eux-mêmes. Dans ce cas, Israël rate à la fois des emplois et des recettes fiscales, a-t-on dit, car la technologie serait transférée en dehors d’Israël.

« Nous travaillons en partenariat avec une société en Europe et une autre en Oregon, nous exportons donc des technologies en dehors Israël, le transfert de technologie », a déclaré Avihu Tamir, fondateur et PDG de Kanabo Research, une société de recherche médicale sur le cannabis basée à Tel Aviv axée sur la création de propriété intellectuelle concernant l’inhalation du médicament à travers des vaporisateurs.

« Nous prenons la technologie israélienne que nous avons développée ici, et la produisons à l’extérieur, au détriment évidemment d’Israël, en perdant des emplois et des revenus, mais en tant qu’entreprise, les solutions sont à l’extérieur. »

De gauche à droite: Saul Kaye, PDG de CannaTech; Yona Levy, PDG d’Alvit Pharma; Ma’ayan Weisberg, responsable des relations internationales chez Tikkun Olam Ltd. et Avihu Tamir, PDG de Kanabo Research, interviennent lors de la conférence CannaTech à Tel Aviv, le 19 mars 2018 (Tal Pais, Photogenim)

Ma’ayan Weisberg, responsable des relations internationales chez Tikkun Olam Ltd. – qui détient un tiers du marché du cannabis médical en Israël – et fournit quelque 12 000 patients par an, dont plus de 800 enfants – a déclaré qu’ils étaient également prêts à partager les connaissances, les données et PI qu’ils ont accumulées au fil des années avec des partenaires étrangers.

« C’est une honte que le gouvernement ne voit pas le potentiel, car nous croyons que nous sommes en mesure de fournir beaucoup de travail et de revenus à ce pays », a-t-elle déclaré.

Medivie Therapeutic, une société israélienne de cannabis médical, a annoncé au début de ce mois avoir conclu un accord de 110 millions de dollars pour la culture et la production de cannabis médical pour un acheteur européen, le plus grand accord de ce genre signé en Israël à ce jour.

Medivie a toutefois déclaré que l’emplacement des champs dépendra de l’approbation par le gouvernement israélien de l’exportation de marijuana médicale et a averti que si Israël n’autorisait pas les exportations, il n’hésiterait pas à transférer son activité et ses connaissances à l’étranger.

Un travailleur s’occupe de plants de cannabis dans une usine en croissance de la société Tikun Olam près de la ville de Safed, au nord du pays, le 31 août 2010. (Abir Sultan / Flash90)

Selon le rapport, un comité gouvernemental israélien a déterminé que l’exportation de cannabis rapporterait entre 285 et 1,14 milliard de dollars par an à l’économie israélienne.

D’après Reuters, une cinquantaine de sociétés israéliennes de marijuana médicale travaillent dans la culture de plantes ou dans la production de dispositifs de livraison.

Yona Levy, d’Alvit, une société pharmaceutique basée sur le cannabis, a déclaré qu’avec leurs politiques de zig-zag, les régulateurs israéliens donnent une mauvaise réputation à Israël.

« Nous n’avons pas l’air sérieux », a déclaré Levy lors de la conférence de presse. Il a ajouté que les régulateurs ne devraient pas changer d’orientation en raison de considérations politiques, qui n’ont «rien à voir avec ce qui est nécessaire», surtout lorsque les investisseurs ont investi de l’argent, du temps et des ressources sur le terrain.

Les conférenciers ont déclaré avoir été contactés par des entreprises et des gouvernements du monde entier, notamment l’Inde, l’Argentine, le Mexique et la Colombie, par rapports à leurs développements pour savoir ce que devrait être ou pas un écosystème.

Plus de 800 participants de 40 pays ont participé à la conférence CannaTech 2018 de deux jours qui s’est tenue à Tel Aviv; 18 mars 2018 (Tal Pais, Photogenim)

L’interdiction d’exporter a déjà entraîné un ralentissement des investissements, a déclaré M. Kaye de CannaTech. « L’argent coulera ailleurs, et l’expertise ira où l’argent se trouve. »

Plus de 800 participants de 40 pays ont participé à la conférence CannaTech de deux jours qui s’est tenue à Tel-Aviv. Ils ont discuté de plusieurs sujets allant de la recherche médicale et de l’investissement à la réglementation dans le secteur.

Les représentants du bureau du Premier ministre n’ont fait aucun commentaire sur l’interdiction actuelle.

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