Chirac et le Proche-Orient : de vieilles amitiés, un non à la guerre en Irak
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Chirac et le Proche-Orient : de vieilles amitiés, un non à la guerre en Irak

Le défunt président avait été particulièrement proche de Rafic Hariri, relancé la "politique arabe et méditerranéenne" de la France et refusé de suivre Washington en Irak

Le président français Jacques Chirac reçoit le Premier ministre libanais Rafic Hariri à Paris, le 25 avril 2003. (Crédit : PATRICK KOVARIK / AFP)
Le président français Jacques Chirac reçoit le Premier ministre libanais Rafic Hariri à Paris, le 25 avril 2003. (Crédit : PATRICK KOVARIK / AFP)

Lié durant des décennies par de solides amitiés avec des dirigeants du monde arabe dont la plupart sont aujourd’hui décédés, Jacques Chirac restera comme le président français qui a refusé de participer à la guerre en Irak.

Il avait été particulièrement proche, à partir du début des années 80, de l’ancien Premier ministre libanais et richissime homme d’affaires Rafic Hariri, assassiné à Beyrouth le 14 février 2005.

Jacques Chirac, premier président français à effectuer en 1996 une visite officielle au Liban depuis la fin de la guerre civile en 1990, fut aussi le seul chef d’État occidental à se rendre aux obsèques de son ami.

Il gèle alors les relations de haut niveau avec la Syrie, accusée d’avoir commandité l’assassinat, ce que Damas a toujours nié.

À son départ de l’Elysée en 2007, Jacques Chirac a été hébergé dans un duplex à Paris, sur les quais de Seine, mis à sa disposition pendant plus de huit ans par la famille Hariri.

Rafic Hariri, ancien Premier ministre libanais assassiné par le Hezbollah en 2005. (Crédit : domaine public/Département de la Défense américain)

« L’un des plus grands hommes de France nous a quittés », a réagi jeudi le Premier ministre libanais Saad Hariri, fils et héritier politique de Rafic. « Les Libanais et les Arabes ressentent de la (douleur après la) perte d’un homme qui a profondément marqué leur conscience pendant de nombreuses années », a-t-il ajouté.

Les relations de Jacques Chirac et la région sont marquées par des relations personnelles étroites avec ses dirigeants de l’époque. Il fût ainsi proche de l’Egyptien Hosni Moubarak. Il y eut durant 25 ans le roi Hassan II du Maroc, un pays où il s’est rendu fréquemment en vacances, ou encore le fondateur de la Fédération des Émirats arabes unis, cheikh Zayed, mort en 2004. Sans oublier un solide réseau de relations avec les dirigeants d’Arabie Saoudite.

« Do you want me to go back to my plane ? »

Celui que Yasser Arafat appelait « Docteur Chirac » pour son soutien dans les temps difficiles, avait relancé la « politique arabe et méditerranéenne » de la France, lors d’un discours resté fameux, au Caire en avril 1996.

Pourtant, pour les journalistes Eric Aeschimann et Christophe Boltanski, auteurs de « Chirac d’Arabie », qui critiquent « ses changements de pied incessants », « l’idée d’une politique arabe de la France telle que Jacques Chirac a tenté de la mettre en œuvre reste entachée du soupçon – justifié – de n’être qu’une tentative de ressusciter une grandeur perdue ».

Parmi les images marquantes, figure la grosse colère qu’il piqua le 22 octobre 1996 contre une police israélienne trop pressante dans la Vieille Ville de Jérusalem, que Paris traite conformément à l’ONU, mais au grand dam d’Israël, comme une entité séparée.

Son « Do you want me to go back to my plane? » (« Voulez-vous que je remonte à bord de mon avion ? ») lancé au chef de la police a fait le tour du monde.

« Ce cri de rage va constituer un tournant, parfaire une légende, donner le ton à un septennat et marquer durablement l’image du président dans la région et auprès de sa propre opinion », jugent Eric Aeschimann et Christophe Boltanski.

Jacques Chirac demeurera surtout le président qui a refusé de suivre les Américains dans la guerre en Irak en 2003, contrairement à son prédécesseur François Mitterrand qui fournit un petit contingent dans la première guerre du Golfe en 1991.

Convaincu qu’une guerre déstabilisera la région, il confie à Dominique de Villepin, son ministre des Affaires étrangères, le soin de mener la bataille diplomatique à l’ONU. Chirac brandira la menace d’un veto et cherchera à former un front du refus.

Le président français Jacques Chirac et Dominique de Villepin, le 8 mais 2006 à Paris. (Crédit : PATRICK KOVARIK / Archives / AFP)

Les relations avec les États-Unis s’en ressentiront durant plusieurs années, mais M. Chirac a gagné par ce refus une aura indéniable dans de nombreux pays.

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