Coronavirus : La Knesset adopte une loi limitant les manifestations
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Coronavirus : La Knesset adopte une loi limitant les manifestations

Les députés, au petit matin, ont donné le feu vert à la mesure interdisant de se rendre à plus d'un kilomètre pour manifester ou prier et limite les regroupements à 20 personnes

Des Israéliens manifestent contre le gouvernement aux abords du siège de la police israélienne dans le district de Tel Aviv, le 29 septembre 2020 (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)
Des Israéliens manifestent contre le gouvernement aux abords du siège de la police israélienne dans le district de Tel Aviv, le 29 septembre 2020 (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

La Knesset a adopté une mesure controversée qui prévoit de restreindre les manifestations publiques dans le cadre des directives prises dans un contexte de crise due au coronavirus aux premières heures de la journée de mercredi, après une session parlementaire qui a duré toute la nuit et lors de laquelle l’opposition a fustigé le gouvernement qui a été accusé de nuire à la démocratie.

Cette mesure vient amender une législation existante en donnant au gouvernement le pouvoir d’interdire aux Israéliens les déplacements de plus d’un kilomètre au-delà de leurs habitations pour se rendre à une manifestation. Elle prévoit également la limitation des rassemblements en plein air à un maximum de 20 personnes, étouffant de facto les importants mouvements de protestation hebdomadaires organisés aux abords de la résidence du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Le projet de loi a été approuvé en deuxième et troisième lectures par 46 voix contre 38 juste après 4 heures 30 du matin – et après des journées entières de retard. Mardi, le parti du Likud de Netanyahu a abandonné les réserves qu’il avait émises sur la loi, autorisant ainsi son avancée.

La formation au pouvoir avait précédemment demandé que l’interdiction des mouvements de protestation massifs – et tout particulièrement des manifestations antigouvernementales qui ont eu lieu, ces derniers mois, à travers tout le pays – puisse rester en vigueur jusqu’à la levée du confinement national actuel.

Des points d’opposition entre les deux camps avaient empêché le texte d’être présenté par la commission de la Constitution, du droit et de la Justice. Des accords avaient finalement été trouvés au cours de négociations entre le Likud et la formation Kakhol lavan.

Selon la version finale de la législation – et un état « d’urgence spéciale coronavirus » déclaré par le gouvernement – le cabinet peut donc dorénavant restreindre les manifestations, les prières et les cérémonies religieuses pendant une semaine, avec la possibilité de prolonger ces restrictions de quinze jours si cet « état d’urgence » doit rester en place.

Cette directive annule aussi une clause qui exemptait les manifestations et les prières des règles portant sur la limitation des rassemblements. Le gouvernement peut donc dorénavant interdire tout rassemblement extérieur de plus de 20 personnes, et tout regroupement en espace clos de plus de dix personnes.

Les responsables ont déclaré que sous les nouvelles directives, les mouvements de protestation organisés aux abords de la résidence du Premier ministre pourraient accueillir 2 000 personnes au total, la place de Paris étant en mesure de regrouper 100 capsules de 20 personnes. Seuls les Israéliens vivant dans un périmètre d’un kilomètre autour de la place pourront prendre part à ces manifestations.

Ce qui est un chiffre bien inférieur aux 10 000 à 20 000 personnes qui se sont retrouvées jusqu’à présent, toutes les semaines, à proximité de la résidence de Netanyahu pour réclamer sa démission. Le Premier ministre est actuellement au coeur d’un procès pour corruption.

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Les soutiens de Netanyahu estiment que ces regroupements posent un risque sanitaire majeur et que les réprimer est une nécessité au vu du taux d’infection au coronavirus qui grimpe en flèche au sein de l’Etat juif.

Mais cette mesure a été vivement critiquée, ses détracteurs affirmant qu’elle sape le caractère démocratique d’Israël et qu’elle sert les intérêts politiques de Netanyahu qui utilise le virus comme prétexte.

Des Israéliens manifestent contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à Jérusalem, le 26 septembre 2020. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Je suis venu voir si je pouvais encore m’exprimer en plénière parce que c’est l’étape suivante », a affirmé le chef de l’opposition, Yair Lapid, devant les députés, dans la nuit de mardi. « On va dire qu’à cause du coronavirus, je n’ai pas le droit d’être là et de prendre la parole au nom de l’opposition ».

Le député d’Yisrael Beytenu, Eli Avidar, a qualifié la législation « d’attaque contre les citoyens d’Israël ».

« Quand ce texte sera adopté, plus personne ne pourra plus dire que nous sommes la seule démocratie du Moyen-Orient. Nous sommes devenus une dictature », a-t-il dit.

Une version précédente de la loi avait rencontré l’opposition de Kakhol lavan, principal partenaire du Likud au sein du gouvernement.

Alors que la commission approuvait le passage de la législation en deuxième et troisième lectures en séance plénière, mardi dans la journée, le ministre de la Justice Avi Nissenkorn, issu des rangs de Kakhol lavan, avait indiqué que le Likud avait « échoué » à imposer des limitations aux manifestations qui auraient perduré après la fin du confinement.

« La tentative dangereuse du Likud d’interdire le droit à manifester pendant toute la crise a échoué », avait-il déclaré devant les membres de la commission. « Les restrictions pesant sur les manifestations ne s’appliqueront que pendant le bouclage total du pays. Et une fois que les limitations imposées à l’économie seront allégées, celles qui régissent les mouvements de protestation et les prières seront elles aussi immédiatement levées ».

Les législateurs, la semaine dernière, s’étaient trouvés dans l’incapacité d’adopter la loi avant Yom Kippour, dans un contexte de reproches mutuels sur ces retards accumulés.

Israël est soumis à un nouveau confinement depuis la semaine dernière, mais une législation antérieure avait paralysé les tentatives gouvernementales de limiter les déplacements des Israéliens désireux d’aller manifester ou d’aller prier. Le pays présente l’un des taux quotidiens d’infection les plus élevés par tête dans le monde, et les responsables ont mis en garde contre une surcharge hospitalière qui pourrait survenir très bientôt.

Benjamin Netanyahu annonce un nouveau confinement en raison du coronavirus, le 13 septembre 2020. (Yoav Dudkevitch / POOL / AFP)

Il y avait plus de 67 000 cas actifs mardi soir au sein de l’Etat juif. Les chiffres transmis par le ministère de la Santé font état de 797 malades dans un état grave.

Le bilan des décès, depuis le début de la pandémie, reste stable, à 1 528. 500 personnes ont succombé des suites de la COVID-19 au cours de ces 30 derniers jours seulement.

Au cours d’une réunion de commission qui a eu lieu mardi avant le vote, des manifestants anti-Netanyahu se sont rassemblés dans leurs véhicules devant la Knesset. Il y a eu des heurts avec la police.

Un protestataire qui aurait agressé un agent de police a été arrêté. Les manifestants, pour leur part, ont fait savoir que les policiers avaient utilisé une force excessive et qu’ils avaient enlevé l’une des bannières qu’ils avaient installée.

Le mouvement des Drapeaux noirs, l’un des groupes à l’origine du mouvement de protestation, a expliqué dans un communiqué que « la police de Netanyahu continue avec sa violence débridée exercée à l’encontre de tous ceux qui ne soutiennent pas le régime du Premier ministre. Kakhol lavan doit regarder ces images et comprendre l’énormité de ce moment. Netanyahu tente d’écraser la démocratie en utilisant la violence. Il est temps de l’arrêter ».

Les manifestations contre le Premier ministre pour sa corruption présumée et ses attaques cinglantes contre le système judiciaire sont devenues régulières ces derniers mois. Des regroupements ont lieu plusieurs fois par semaine et de grands rassemblements sont organisés tous les samedis.

Mais ces mouvements de protestation sont critiqués au vu de l’augmentation du nombre de cas de coronavirus dans le pays, le Premier ministre et d’autres affirmant qu’ils représentaient un vecteur majeur de contamination.

Des douzaines d’Israéliens se sont retrouvés, lundi soir, devant les résidences de différents ministres avant la présentation du texte interdisant les importantes manifestations.

C’est le mouvement des Drapeaux noirs qui a été à l’origine de ces regroupements devant les domiciles de Gantz, d’Edelstein, du ministre des Affaires étrangères Gabi Ashkenazi et du ministre de la Justice Avi Nissenkorn.

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