COVID-19: Stop au « marchandage » dans les politiques de santé, dit un conseiller
Rechercher

COVID-19: Stop au « marchandage » dans les politiques de santé, dit un conseiller

"Le virus ne fait pas la différence" et adapter la politique pour satisfaire les groupes d'intérêt ébranle la confiance des citoyens, dit l'épidémiologiste Ran Balicer

Des ultra-orthodoxes prient, masqués, à Meah Shearim, le 21 mai 2020; (Crédit : Sam Sokol)
Des ultra-orthodoxes prient, masqués, à Meah Shearim, le 21 mai 2020; (Crédit : Sam Sokol)

Israël doit mettre un terme au « marchandage » qui entrave sa politique de lutte contre le coronavirus et adopter une règle simple en interdisant tous les rassemblements de plus de dix personnes organisés dans des espaces fermés, selon un conseiller à la santé du gouvernement.

Le professeur Ran Balicer a déclaré au Times of Israel que la détermination actuelle des politiques de santé – où les responsables tentent de satisfaire différents groupes d’intérêt – sapait la confiance des citoyens.

« Il est impossible d’expliquer pourquoi vous allez exempter un établissement de ‘Type A’ d’une règle et non pas un établissement de ‘Type B’, » estime-t-il. « Cela a un effet néfaste sur l’esprit d’ouverture du public et cela ne l’incite pas à prendre part aux efforts livrés par tous ».

Balicer, un épidémiologiste qui dirige la planification de la politique de santé au sein de la caisse de santé Clalit, conseille le Premier ministre et le ministère de la Santé et il est membre de l’équipe chargée de la gestion nationale de l’épidémie. Il déclare que « nous nous trouvons bloqués dans ces marchandages et je pense que nous devons complètement modifier la manière dont nous prenons en charge cette crise ».

Le professeur Ran Balicer, responsable de l’innovation chez Clalit, le plus grand kupat holim d’Israël, à Tel Aviv, le 10 juin 2020. (Crédit : EMMANUEL DUNAND / AFP)

Le bilan des décès des suites du coronavirus s’élève à 480, selon les chiffres transmis mardi par le ministère de la Santé, soit six de plus que lundi. Il y a actuellement 32 052 cas actifs de la maladie, plus du triple du pic qui avait été atteint pendant la première vague.

Balicer affirme que dans les circonstances actuelles, dix personnes maximum devraient être autorisées à se trouver ensemble dans les espaces fermés – lieux publics ou habitations privées – à l’exception d’un tout petit nombre d’établissements, comme les supermarchés et les hôpitaux.

« Je ne me préoccupe pas de savoir s’il s’agit d’un club de sport, d’un commerce, d’un lieu de travail ou d’une synagogue : Le virus ne fait pas la différence », explique-t-il, ajoutant que les règles pouvaient être plus souples à l’extérieur où le risque de contamination est moins important. Les moments de détente dans les parcs, sur les plages et ailleurs doivent rester accessibles, note-t-il.

Les formations religieuses exercent de fortes pressions pour que le nombre de personnes présentes dans les synagogues soit revu à la hausse, et les ministres ont annoncé, lundi, que les regroupements pourront être plus importants, une déclaration faite en amont de Tisha Beav, qui commence mercredi soir.

Pour leur part, les représentants de divers secteurs commerciaux tentent, eux aussi, d’influencer les politiques mises en oeuvre. Ils ont remporté certains succès avec le rejet par la commission du coronavirus, à la Knesset, de décisions qui avaient été prises par le gouvernement – notamment la fermeture des clubs de gym – et ils ont bien l’intention de maintenir les pressions nécessaires pour en faire rejeter d’autres. Mardi, un syndicat représentant les propriétaires de salles accueillant du public ont menacé de reprendre leurs activités dès la semaine prochaine, au mépris des directives gouvernementales.

Les Israéliens font de l’exercice au club de gym et country club Holmes Place à Modiin, le 14 juillet 2020 (Crédit : Yossi Aloni/Flash90)

Balicer explique qu’il n’y a aucune raison pour le moment de prendre des risques en ce qui concerne les espaces fermés.

« La situation globale est très claire », précise-t-il. « La hausse du nombre de patients admis dans nos hôpitaux pour des formes graves ou modérées de COVID-19 est continue. Ils deviennent un poids de plus en plus lourd sur le système de santé et ils pourraient entraîner, en fin de compte, une insuffisance fonctionnelle qui mènera à une augmentation de la mortalité des malades atteints par la COVID-19 et de malades qui pourraient avoir besoin de soins intensifs. »

« Une fois qu’on en est là, il n’y a pas de baguette magique qui permette de réduire le nombre global de cas admis. Cela prend du temps de réduire le flux des malades qui arrivent, et les patients restent habituellement à l’hôpital pendant deux à trois semaines. Une fois qu’on est hospitalisé, il n’y a plus de sortie rapide ».

Il refuse de préciser le nombre de patients qui, selon lui, ferait atteindre ce seuil « d’insuffisance fonctionnelle », tout en notant que, selon les estimations, il pourrait s’élever à 800 à 1 000 personnes ayant développé une forme grave de la maladie. Il y a actuellement 321 cas graves dans le pays.

Concernant l’avenir, Balicer déclare que l’Etat doit mettre en place un plan clair précisant exactement quelles restrictions seront mises en vigueur et à quel moment.

« Il est temps de préparer un plan primordial qui décrira les phases de limitations, à code couleur, qui ira jusqu’au noir – qui désignera le confinement plein et entier à ne jamais atteindre », explique-t-il. Ce programme devra « être très clair, avec l’accord donné a priori sur ce qui sera mis en oeuvre à chaque phase représentée sous la forme d’un code couleur ».

Des chaises à l’extérieur d’un fast-food de Jaffa Street, à Jérusalem, le 17 juillet 2020 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Balicer pense que si un tel programme existe, il n’y aura plus de marchandages avec les synagogues, les piscines et les restaurants en cas d’augmentation du nombre de malades, les dirigeants et le public ayant d’ores et déjà connaissance de ce qui sera mis en place lors de la phase suivante.

Il a la conviction que cela ne pourra que renforcer le sentiment de solidarité publique ainsi que la transparence gouvernementale.

« Si les choses empirent, il ne sera plus nécessaire de réfléchir aux restrictions à faire appliquer mais il faudra simplement s’interroger : ‘En sommes-nous arrivés au point où nous devons passer de l’orange au rouge, ou du rouge au noir ?’, » dit-il.

Un tel plan sera déterminant dans la mesure où Israël connaîtra encore des difficultés liées à la pandémie, ajoute-t-il.

« L’hiver prochain, nous aurons déjà assisté à tout cela. Quoiqu’il arrive dans les prochaines semaines, nous serons amenés à le revivre au mois de décembre », poursuit-il.

Il prédit par ailleurs « une vague de morbidité » et dit qu’elle sera au moins aussi importante, voire plus forte, que la vague actuelle. Il affirme que « nous devrons relever des défis très similaires cet hiver en raison de la combinaison de la grippe et du coronavirus. Nous devons nous attendre à une recrudescence des infections et des formes graves de la COVID-19 ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...