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De l’argent, mais pas assez d’armes : L’OTAN pousse à produire plus

On ne peut pas "arrêter un missile ou un char avec 1 dollar ou 1 euro, nous devons transformer cet argent en capacités de combat opérationnelles, et vite", a souligné Mark Rutte

Le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, répondant aux questions des journalistes lors de la présentation du rapport annuel 2025 du secrétaire général de l'OTAN, au siège de l'organisation, à Bruxelles, le 26 mars 2026. (Crédit : Virginia Mayo/AP Photo)
Le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, répondant aux questions des journalistes lors de la présentation du rapport annuel 2025 du secrétaire général de l'OTAN, au siège de l'organisation, à Bruxelles, le 26 mars 2026. (Crédit : Virginia Mayo/AP Photo)

Les Alliés de l’OTAN ont pris il y a un an, à La Haye, l’engagement de dépenser des centaines de milliards d’euros pour leur défense. Cette année, au sommet d’Ankara, ils sont confrontés à un autre défi : amener l’industrie à produire suffisamment d’armes.

Les pays européens de l’OTAN et le Canada ont dépensé l’an dernier 90 milliards d’euros de plus que l’année précédente pour leur défense. Il s’agit là « d’énormes quantités d’argent », a souligné récemment le secrétaire général de l’OTAN Mark Rutte.

« Mais vous ne pouvez pas arrêter un missile ou un char avec 1 dollar ou 1 euro, nous devons transformer cet argent en capacités de combat opérationnelles, et vite », a-t-il ajouté.

Or, les guerres en Ukraine, et en Iran, ont révélé les difficultés des industries de défense, des deux côtés de l’Atlantique, à produire vite et en masse.

Et, avec le risque d’un désengagement américain sur leur continent, les Européens veulent monter en puissance. Mais ils peinent à combler leur retard face aux États-Unis dans certains secteurs stratégiques comme le renseignement depuis l’espace, l’intelligence artificielle ou les avions de ravitaillement en vol.

En Europe, l’industrie de défense reste encore une « industrie de temps de paix », soulignait mi-juin le commissaire européen à la Défense Andrius Kubilius, lors du salon mondial de défense Eurosatory, près de Paris.

« Beaucoup d’industriels investissent dans une capacité de production qui est significativement supérieure », a toutefois assuré dans un entretien avec l’AFP Camille Grand, secrétaire général de l’Association européenne des industries de défense (ASD).

« Est-ce que ça veut dire qu’on est exactement où on devrait être ? Probablement pas », a-t-il toutefois reconnu.

Souveraineté nationale 

Et cela pour plusieurs raisons.

La première tient à la nature même de l’industrie de défense, très liée à des enjeux de souveraineté nationale, qui en fait un secteur à part.

« Dans l’Union européenne, nous avons 27 marchés de la défense, régis par 27 ensembles de règles », résume Kubilius. « Cette fragmentation coûte de l’argent, » et empêche les PME, pourtant clés dans l’innovation, de prospérer, regrette-t-il.

Les grandes entreprises du secteur ne sont pas incitées à investir, car elles se savent privilégiées sur le plan national, explique à l’AFP Guntram Wolff, expert de l’économie de défense auprès de l’Institut Bruegel à Bruxelles. Avec pour résultat une fâcheuse tendance à monter les prix.

La solution consiste à créer un « marché unique de la défense », préconise le commissaire Kubilius.

Les industriels européens restent très réservés.

« Nous en avons discuté tous ensemble au sein de notre association, l’ASD, et nous sommes parvenus à la conclusion commune que le marché de la défense ne peut pas vraiment être qualifié de marché unique », a ainsi reconnu le vice-président pour les Affaires européennes du groupe français Dassault, Yves-Marie Gourlin.

Simplifier les règles

« Les achats allemands destinés aux entreprises nationales, sont passés d’environ 30 % en 2020-2021 à 60% aujourd’hui, en 2025-2026 », relève ainsi Guntram Wolff. L’Allemagne vient d’ailleurs d’annuler un contrat de frégates auprès d’une entreprise néerlandaise pour le confier, en version plus modeste, à une entreprise allemande.

Les industriels préfèrent évoquer la nécessaire simplification des règles.

« Quand on veut aujourd’hui créer une usine d’armement, […] ça prend parfois deux ans pour passer de la décision au lancement effectif des travaux », a ainsi déploré Grand.

L’autre grand problème, c’est le manque de flexibilité, la difficulté d’adapter des chaînes de production.

On fait de « la haute couture » quand il faut faire du « prêt-à-porter » de masse, comme l’a fait l’Ukraine, résume Andrius Kubilius.

« Les Russes ont produit l’année dernière 2 000 missiles balistiques et de croisière. Nous ne produisons que 250 missiles de croisière, aucun missile balistique. Les Ukrainiens ont commencé à en produire l’année dernière, et cette année ils en produiront 700, parce qu’ils les fabriquent de manière suffisamment efficace », a expliqué le commissaire européen.

De plus en plus d’entreprises européennes nouent des partenariats avec leurs homologues ukrainiennes afin de tirer parti de cette expertise, notamment dans le secteur des drones.

« C’est un modèle qui doit nous inspirer par sa capacité à innover et à produire rapidement à des coûts raisonnables », résume Camille Grand.

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