Deux députés israéliens appellent à la reconnaissance du génocide arménien
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Deux députés israéliens appellent à la reconnaissance du génocide arménien

Yair Lapid (Kakhol lavan) et Mossi Ratz (Meretz) ont appelé sur Twitter le gouvernement israélien à reconnaitre les crimes commis par l’Empire ottoman

Yair Lapid du parti Kakhol lavan à Tel Aviv, le 21 février 2019 (Crédit : Noam Revkin Fenton/Flash90)
Yair Lapid du parti Kakhol lavan à Tel Aviv, le 21 février 2019 (Crédit : Noam Revkin Fenton/Flash90)

Chaque 24 avril est célébrée la « journée pour la reconnaissance des martyrs arméniens ». A cette occasion, les députés Yair Lapid (Kakhol lavan) et Mossi Ratz (Meretz) ont appelé sur Twitter le gouvernement israélien à reconnaître les crimes commis par l’Empire ottoman entre 1915 et 1917.

« Il est temps pour Israël de reconnaître formellement le génocide du peuple arménien et d’arrêter de plier face aux pressions turques », a écrit Yair Lapid.

« Nous avons une responsabilité morale et historique à nous souvenir du génocide et à veiller à ce que ‘plus jamais’ soit vrai pour toute nation. Je vais proposer à nouveau un projet de loi sur le sujet et j’espère que la coalition le soutiendra », a-t-il tweeté.

« Nous célébrons aujourd’hui l’holocauste du peuple arménien », a écrit Mossi Ratz. « Un tiers d’entre eux ont été assassinés par les Turcs. Le moment est venu pour Israël de reconnaître officiellement le génocide arménien. »

En 2018, dans un contexte de tensions croissantes avec Ankara suite à des affrontements meurtriers survenus sur la frontière avec Gaza, des députés israéliens avaient approuvé une proposition de Tamar Zandberg (Meretz) visant à organiser un débat en séance plénière sur la « reconnaissance du génocide arménien ».

Le projet avait finalement été annulé suite à une opposition du gouvernement.

La Turquie, par l’intermédiaire du porte-parole du ministère turc des Affaires étrangères, Hami Aksoy, avait estimé qu’Israël se porterait préjudice en reconnaissant le « génocide arménien » car cela reviendrait à le mettre sur le même plan que la Shoah.

Le président de la Knesset, Yuli Edelstein, qui s’est longtemps prononcé en faveur de la reconnaissance, avait de nouveau exprimé son soutien à cette mesure. Mais il avait également exprimé son malaise face aux appels publics à reconnaître le génocide simplement pour ennuyer la Turquie et son leader belliqueux, Recep Tayyip Erdogan.

« La Knesset israélienne devrait reconnaître le génocide arménien parce que c’est la bonne chose à faire, la juste chose à faire », avait ajouté Edelstein.

Cela fait longtemps que les Arméniens réclament la reconnaissance internationale des meurtres commis entre 1915 et 1917, durant l’ère ottomane, comme étant un génocide qui, selon eux, aurait causé la mort d’environ 1,5 million de personnes. La Turquie – l’Etat qui a succédé à l’empire ottoman – rejette fortement l’idée que les massacres, l’emprisonnement et la déportation forcée des Arméniens s’apparentent à un génocide.

« Les événements de 1915 ne sont pas une question politique, mais plutôt historique et légale », avait affirmé Hami Aksoy, sans commenter davantage.

La reconnaissance du génocide arménien est évoquée chaque année à la Knesset, généralement sous la forme d’un projet de loi plutôt que d’un appel au débat, et a été rejetée chaque année par les gouvernements en place depuis 1989, lorsque le député Yair Tzaban l’a présentée pour la première fois à la Chambre.

Le refus d’Israël de reconnaître formellement le massacre arménien comme un génocide est fondé sur des considérations géopolitiques et stratégiques, au premier rang desquelles ses relations avec la Turquie, qui nie avec véhémence que les Turcs ottomans ont commis un génocide. De même, les États-Unis ont évité de reconnaître les massacres par crainte de fâcher la Turquie.

En dépit de la position officielle d’Israël, des hommes politiques ont, par le passé, exprimé leur soutien à la reconnaissance des atrocités.

En 2016, la Commission pour l’éducation à la Knesset a officiellement reconnu le génocide et a appelé le gouvernement à faire de même.

Le président Reuven Rivlin, qui a été l’un des plus ardents défenseurs de la reconnaissance du génocide à l’époque où il était président de la Knesset, a évité d’utiliser ce terme lors de la commémoration du centenaire en 2015, ce qui a déçu les dirigeants arméniens. Il l’a cependant utilisé plusieurs semaines plus tôt lors d’un autre événement.

Le refus d’Israël de reconnaître le génocide arménien a également survécu aux efforts d’un ancien ministre de l’Education pour intégrer le sujet dans les programmes scolaires.

Le Premier ministre français Edouard Philippe, accompagné de membres de son gouvernement, lors d’un discours prononcé pendant la présentation du plan national de prévention de la radicalisation à Lille, dans le nord de la France, le 23 février 2018 (Crédit : AFP/Philippe Huguen)

La France entend elle contribuer à la reconnaissance du génocide arménien comme un crime contre l’humanité et « ne se laissera impressionner par aucun mensonge », a affirmé le Premier ministre Edouard Philippe lors des commémorations du génocide mercredi 24 avril dernier à Paris.

Depuis 2001, « la France reconnaît publiquement le génocide arménien de 1915 », a rappelé le Premier ministre qui présidait les cérémonies en présence d’élus et de diplomates.

Pour entretenir le souvenir et la connaissance historique, le président Emmanuel Macron s’était en outre engagé en février dernier à ce que le 24 avril devienne la journée de commémoration annuelle du génocide. En instaurant cette journée, « la France entend contribuer à faire reconnaître le génocide arménien comme un crime contre l’humanité, contre la civilisation », a déclaré Edouard Philippe.

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