Turquie : Israël se porterait préjudice en reconnaissant le génocide arménien
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Turquie : Israël se porterait préjudice en reconnaissant le génocide arménien

Ankara met en garde contre une une mise à niveau des événements de 1915 " sur le même plan que l'Holocauste" dans un contexte de tensions croissantes entre les deux pays

La communauté arménienne de Jérusalem manifeste devant la Knesset suite au récent accord diplomatique entre le gouvernement israélien et la Turquie, pour demander que l'Etat d'Israël reconnaisse le génocide arménien, le 5 juillet 2016. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
La communauté arménienne de Jérusalem manifeste devant la Knesset suite au récent accord diplomatique entre le gouvernement israélien et la Turquie, pour demander que l'Etat d'Israël reconnaisse le génocide arménien, le 5 juillet 2016. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

La Turquie a estimé vendredi qu’Israël, en pleine crise diplomatique avec Ankara, se porterait préjudice en reconnaissant le « génocide arménien » car cela reviendrait à le mettre sur le même plan que l’Holocauste.

« Nous pensons que le fait qu’Israël mette sur le même plan les événements de 1915 et l’Holocauste lui nuit avant tout à lui-même », a déclaré à la presse le porte-parole du ministère turc des Affaires étrangères, Hami Aksoy.

Il réagissait à une proposition approuvée mercredi par les députés israéliens pour organiser un débat en séance plénière sur la « reconnaissance du génocide arménien » dans un contexte de tensions croissantes avec Ankara suite aux affrontements meurtriers survenus sur la frontière avec Gaza. Aucune date n’a été fixée pour ce débat.

Le Président de la Knesset, Yuli Edelstein, qui s’est longtemps prononcé en faveur de la reconnaissance, a de nouveau exprimé son soutien à cette mesure. Mais il a également exprimé son malaise face aux appels publics à reconnaître le génocide simplement pour ennuyer la Turquie et son leader belliqueux, Recep Tayyip Erdogan.

« Depuis quand Ankara tire-t-il les ficelles de ma vie morale ? » demanda-t-il, en présentant la motion de Zandberg.

« La Knesset israélienne devrait reconnaître le génocide arménien parce que c’est la bonne chose à faire, la juste chose à faire », a ajouté Edelstein.

Cela fait longtemps que les Arméniens réclament la reconnaissance internationale des meurtres commis entre 1915 et 1917, durant l’ère ottomane, comme étant un génocide qui, selon eux, aurait causé la mort d’environ 1,5 millions de personnes. La Turquie – l’état qui a succédé à l’empire ottoman – rejette fortement l’idée que les massacres, l’emprisonnement et la déportation forcée des Arméniens s’apparentent à un génocide.

« Les événements de 1915 ne sont pas une question politique, mais plutôt historique et légale », a dit Aksoy sans commenter davantage.

Zandberg a appelé mercredi tous les partis politiques israéliens à soutenir la reconnaissance parce qu’“il y a des choses qui sont au-dessus de la politique, et il y a des choses qui sont au-dessus de la diplomatie”.

Elle a tourné en dérision les tentatives d’utiliser la reconnaissance comme une gifle à Erdogan, en disant que « les tragédies d’une autre nation ne sont pas une carte à jouer en politique ».
La reconnaissance du génocide arménien est évoquée chaque année à la Knesset, généralement sous la forme d’un projet de loi plutôt que d’un appel au débat, et a été rejetée chaque année par les gouvernements en place depuis 1989, lorsque le député Yair Tzaban l’a présentée pour la première fois à la Chambre.

Le refus d’Israël de reconnaître formellement le massacre arménien comme un génocide est fondé sur des considérations géopolitiques et stratégiques, au premier rang desquelles ses relations avec la Turquie, qui nie avec véhémence que les Turcs ottomans ont commis un génocide. De même, les États-Unis ont évité de reconnaître les massacres par crainte de fâcher la Turquie.

Le débat de mercredi a eu lieu alors que les relations entre Israël et la Turquie se sont considérablement détériorées à la suite des affrontements de la semaine dernière à la frontière entre Israël et Gaza, au cours desquels des dizaines de Palestiniens ont été tués, entraînant une querelle diplomatique dans laquelle les ambassadeurs et les consuls généraux des deux pays ont été expulsés ou rappelés dans leurs pays respectifs.

Erdogan a également eu un échange cinglant sur Twitter avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qu’il a accusé d’avoir « le sang des Palestiniens » sur les mains, tandis que Netanyahu l’a accusé en retour de soutenir le Hamas et d’être un partisan des « massacres et de la terreur ».

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