Duterte rend hommage aux 1 300 Juifs sauvés par les Philippines durant la Shoah
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Duterte rend hommage aux 1 300 Juifs sauvés par les Philippines durant la Shoah

A la fin de sa visite en Israël, le président philippin a déposé une gerbe à un mémorial et rencontré un survivant de la Shoah, pris en charge par un Philippin

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le président philippin Rodrigo Duterte dépose un gerbe au monument Portes Ouvertes de Rishon Lezion, le 5 septembre 2018. (Crédit : Avi Ohayun/MFA)
Le président philippin Rodrigo Duterte dépose un gerbe au monument Portes Ouvertes de Rishon Lezion, le 5 septembre 2018. (Crédit : Avi Ohayun/MFA)

Le président philippin Rodrigo Duterte a conclu sa visite de trois jours en Israël mercredi en rendant hommage aux efforts mis en oeuvre par son pays pour sauver des Juifs des persécutions nazies.

Vêtu d’une chemise blanche débraillée, il a déposé une gerbe au monument « Portes ouvertes » du parc mémorial de la Shoah à Rishon Lezion, et a brièvement échangé avec Max Weissler, l’un des 1 300 Juifs qui avaient fui vers les Philippines.

Duterte, dont la visite jugée par beaucoup comme inacceptable en Israël a fait couler beaucoup d’encre, en raison de ses propos, et notamment de sa politique de répression des stupéfiants, n’a pas prononcé de discours durant la cérémonie, qui aura duré cinq minutes.

Sa fille, Sara Duterte-Carpio, qui est juive, a accompagné son père durant la cérémonie.

Dov Zur, le maire de Rishon LeZion était également présent lors de l’évènement qui venait conclure la visite officielle de Duterte en Israël. Il s’est envolé jeudi matin pour la Jordanie.

Wreath Laying Ceremony Open Doors Monument, Holocaust Memorial Park, Rishon LeZion, Israel September 5, 2018

Culminating his four-day historic visit to the State of Israel, President Rodrigo Roa Duterte officiates a wreath laying ceremony at the Open Doors Monument of the Holocaust Memorial Park in Rishon LeZion, Israel on September 5, 2018.Rishon LeZion Mayor Dov Zur accompanies the President during the wreath laying ceremony. The Open Doors Monument serves as a testament of the open door policy of the Philippine Commonwealth Government in the late 1930s under President Manuel L. Quezon that allowed Jews, who were fleeing the Holocaust in Europe, to enter the Philippines as their safe haven. Designed by Filipino artist Luis ‘Junyee’ Yee, Jr., the Open Doors Monument’s three (3) open doors in increasing heights symbolize the humanitarian deeds and the courage of Filipinos in welcoming the Jews under the open door policy in 1939. These open doors have triangular patterns that represent the triangles of the Philippine flag. Beneath the monument is the Star of David to mark the close and friendly relations between the Philippines and Israel. The light in the monument signifies the sun ‘that brought hope and warm hospitality of the Filipino people’ in welcoming the Jews. These Doors are painted brown to symbolize the Malay race of the Filipinos. The open door policy of the former Philippine Commonwealth Government is just one of the pivotal events that commenced and strengthened the shared historical, humanitarian, and people-to-people relations between the Philippines and Israel. #PartnerForChange#ComfortableLifeForAll#DuterteIsrael2018***

Posted by Presidential Communications (Government of the Philippines) on Wednesday, 5 September 2018

En 1939, quand le monde fermait ses portes aux Juifs européens, Manuel L. Quezon, alors président philippin, a autorisé la délivrance de 10 000 visas aux Juifs persécutés. A cause de la Seconde Guerre mondiale et l’invasion japonaise, seulement 1 300 Juifs ont atteint les Philippines.

Weissler, 88 ans, est né en Haute-Silésie (actuellement en Pologne). Son père avait quitté l’Allemagne nazie en 1939 et a pris la direction des Philippines. Max Weissler l’a rejoint deux ans plus tard en passant par la Russie et le Japon.

« Mes parents étaient pauvres. Nous avons vécu l’occupation japonaise », a confié Weissler au Times of Israel. Après avoir épousé Esther, une hiérosolomytaine, au Japon en 1961, le couple a émigré vers Israël.

Le président philippin Rodrigo Duterte rencontre Max Weissler, un survivant de la Shoah qui a fui vers Manille, au monument Portes Ouvertes de Rishon Lezion, le 5 septembre 2018. (Crédit : Avi Ohayun/MFA)

Weissler est l’un des trois survivants dont les empreintes figurent devant le monument « Portes ouvertes » de Rishon Lezion.

Weissler, qui vit actuellement Hod HaSharon, a refusé de discuter du régime controversé de Duterte. « Regardez, j’ai quitté les Philippines il y a 50 ans.  Je ne le connaissais pas à cette époque. »

« Je parle philippiin. J’ai quelqu’un qui s’occupe de moi et qui est philippin », a-t-il ajouté. « Je n’ai aucune raison de critiquer les Philippines. »

Le monument Portes ouvertes a été conçu par un artiste philippin Luis ‘Junyee » Yee Junior et a été inaugré en 2009.

Ses trois portes « symbolisent les actions humanitaires et le courage des Philippins qui ont accueilli des Juifs dans le cadre de la politique Portes ouvertes en 1939 », a indiqué le bureau de Duterte mercredi dans un communiqué.

« Ces portes ouvertes ont des motifs triangulaires qui représentent les triangles du drapeau philippin. En dessous du monument figure une étoile de David, pour marquer les relations étroites et amicales entre les Philippines et Israël ».

S’il a été chaleureusement reçu par les dirigeants israéliens, d’autres se sont montrés réticents à recevoir Duterte en Israël. Il est le premier président philippin à s’être rendu en Israël.

Mercredi, des dizaines de manifestants ont protesté contre le dirigeant autoritaire, pendant sa rencontre avec le président Reuven Rivlin, déplorant la répression contre les consommateurs et les vendeurs de drogue aux Philippines.

Des israéliens manifestent contre la venur du président philippin Rodrigo Duterte devant la résident présidentielle de Jérusalem, le 4 septembre 2018, (Crédit : Gali Tibbon//AFP)

En 2016, Duterte avait dit qu’il serait « ravi de massacrer » les millions de narcomanes de son pays, se comparant à Hitler qui avait tué des millions de Juifs.

Il s’est ensuite excusé d’avoir mentionné les Juifs, mais pas d’avoir soutenu les meurtres de masse des personnes impliquées dans le commerce de stupéfiants.

Le président philippin Rodrigo Duterte au mémorial de Yad Vashem à Jérusalem, le 3 septembre 2018. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Lundi, durant sa visite à Yad Vashem, il a qualifié Hitler de « dirigeant fou », affirmant qu’il « ne pouvait même pas imaginer le spectacle d’un homme pris d’une frénésie meurtrière, qui tue des personnes âgées, des femmes et des enfants ».

Le gouvernement de Duterte a reconnu avoir tué 5 000 personnes et arrêtés 50 000 personnes impliquées dans le trafic de stupéfiants : les groupes de défense des droits de l’Homme estiment que ces chiffres sont plus élevés en réalité et que la plupart de ces morts étaient des citoyens pauvres.

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