Élections de novembre : le Fatah cherche à s’unir pour éviter la déroute
Face aux divisions internes et aux blocages, le parti palestinien tente d'apaiser ses tensions
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Ce week-end a eu lieu une réunion entre deux hauts dirigeants rivaux du Fatah, Hussein al-Sheikh et Jibril Rajoub, au moment où la principale formation politique palestinienne de Cisjordanie tente d’apaiser ses divisions internes en vue des élections législatives du 28 novembre, ont rapporté lundi deux sources proches du dossier au Times of Israel.
Rajoub a boycotté les réunions du Fatah depuis le mois de juin, date à laquelle le chef du parti et chef de l’Autorité palestinienne (AP), Mahmoud Abbas, a fait de Sheikh son adjoint — alors même que Rajoub a recueilli plus de voix que Sheikh aux élections internes du Fatah de mai dernier.
Sheikh occupait déjà le poste de vice-président de l’AP, et la décision de le nommer adjoint au chef du Fatah a semblé répondre au souhait d’Abbas, aujourd’hui âgé de 90 ans : ce dernier cherche encore à consolider son pouvoir avant ce qui s’annonce être une bataille de succession éreintante.
Sheikh a proposé à Rajoub d’occuper le poste, secondaire, de secrétaire général du Fatah, ce que ce dernier s’est jusqu’à présent refusé à accepter, ont indiqué les deux sources.
La réunion en question a permis de lisser certains désaccords, tant et si bien que les deux hommes devraient faire une apparition publique, ensemble, dans les tout prochains jours, a ajouté l’une des sources.
Pas de progrès en vue au sujet des dissensions entre Abbas et Dahlan
La rencontre entre Rajoub et Sheikh a eu lieu une semaine après une réunion en Égypte entre Rajoub et des membres d’une faction dissidente du Fatah, dirigée par l’ancien chef de la sécurité de l’AP à Gaza, Mohammad Dahlan.
Brouillé avec Abbas depuis plus de 15 ans, Dahlan vit en exil aux Émirats arabes unis, où il conseille le président émirati Mohammed ben Zayed et où il sert d’intermédiaire au Conseil de Paix (piloté par les États-Unis), de manière à faciliter les négociations entre les différents acteurs régionaux sur la gestion de l’après-guerre à Gaza.
La faction du Fatah menée par Dahlan souhaite réintégrer le parti, mais Abbas s’est jusque là opposé aux tentatives de réconciliation en-dehors des conditions strictes qu’il impose.
La réunion en Égypte n’a pas permis d’obtenir de progrès en la matière, selon les sources.
Rencontre avortée avec le Hamas
Sheikh devait également s’entretenir avec une délégation du Hamas en Égypte pour évoquer les prochaines élections au Conseil législatif palestinien (CLP) et à l’assemblée parlementaire de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), mais la rencontre n’a finalement pas eu lieu, selon un responsable palestinien.
La coopération du Hamas sera probablement nécessaire pour que les élections au CLP puissent se tenir à Gaza. Bien que le Hamas ait accepté de céder ses pouvoirs exécutifs dans la bande de Gaza à un comité technocratique supervisé par le Conseil de Paix — le Comité national pour l’administration de Gaza —, ce transfert est au point mort du fait du refus israélien du plan de désarmement proposé par le Conseil de Paix ; de ce fait, l’organisation terroriste conserve une influence politique significative au sein de l’enclave côtière.
En août, l’AP a officiellement saisi le Coordinateur des activités gouvernementales dans les territoires (COGAT) israélien pour lui demander d’autoriser l’entrée de matériel électoral à Gaza, afin que le scrutin puisse se tenir en novembre prochain, pour la première fois depuis une vingtaine d’années. Ramallah n’a reçu aucune réponse, a affirmé le responsable palestinien.
Le COGAT a renvoyé le Times of Israel vers le cabinet du Premier ministre Benjamin Netanyahu, lequel n’a pas répondu aux demandes de commentaires.
L’approbation d’Israël sera également requise pour organiser des élections à Jérusalem-Est, bien qu’un responsable palestinien ait indiqué que cet obstacle pourrait être surmonté par le biais du vote par correspondance ou en ligne.
Selon ce même responsable, Israël pourra toujours empêcher la tenue des élections palestiniennes, tout dépendant du résultat des élections législatives israéliennes du 27 octobre pour la Knesset.
D’après deux sources proches du dossier, les représentants du Hamas n’ont pas rencontré Sheikh en Égypte mais ils se sont entretenus avec le bras droit de Dahlan, Samir Masharawi, au sujet d’une possible union en vue des élections législatives palestiniennes.
Le Hamas ne serait pas autorisé à présenter des candidats sur la liste de Dahlan, mais il s’abstiendrait de faire campagne contre, ont expliqué les sources. La faction du Fatah de Dahlan, connue sous le nom de Courant du réformisme démocratique, souhaite elle aussi une collaboration similaire avec d’autres factions palestiniennes, à l’instar du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) et du Front démocratique de libération de la Palestine (FDLP).
Les divisions au sein du Fatah se multiplient
Considérant que ses divergences avec la faction Dahlan et le Hamas restent, pour l’heure, insurmontables, l’entourage d’Abbas fait en sorte d’apaiser les tensions les plus simples, à l’instar de celle opposant Sheikh et Rajoub, a expliqué l’une des sources proches de la réunion qui s’est tenue ce week-end.
Le Fatah doit par ailleurs composer avec de potentielles scissions menées par d’anciens ministres de l’AP, Nasser al-Qidwa et Qadura Fares.
Certains partisans de l’ancien secrétaire général du Fatah, Marwan Barghouti — lequel purge cinq peines de prison à perpétuité dans une prison israélienne pour des attentats terroristes qui ont fait cinq morts —, souhaitent que ce dernier prenne la tête d’une autre faction dissidente.
Toutefois, l’état de santé de Barghouti est incertain : il n’avait pas été vu depuis des années, jusqu’à ce que le ministre de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, ne publie une vidéo le montrant affaibli, dans sa cellule, en train de se faire réprimander.
Une campagne internationale menée par des influenceurs milite en faveur de sa libération, mais il est peu probable qu’Israël accède à cette demande.
Barghouti avait déjà voulu se présenter depuis sa prison aux dernières élections présidentielles palestiniennes convoquées par Abbas, en 2021. Ce scrutin avait été annulé, Abbas imputant sa décision aux restrictions israéliennes sur le vote à Jérusalem-Est ; pour ses détracteurs, il s’agissait d’une fuite en avant, les sondages annoncent la défaite du Fatah.
En juin dernier, Abbas a annoncé la tenue d’une élection présidentielle en 2027, sans donner de date. La multiplication des factions au sein du Fatah s’est traduite par de mauvais sondages pour le chef de l’AP et son parti, ce qui fait une nouvelle fois craindre le report du scrutin.
La promesse d’organiser ces élections a été cruciale pour obtenir le soutien financier de l’Union européenne, de sorte qu’Abbas pourrait avoir du mal à annuler purement et simplement ce scrutin, comme il l’a fait en 2021.
Au moment où Bruxelles s’intéresse de près aux réformes politiques palestiniennes, l’attention de Washington est ailleurs, ce qui pourrait permettre à Abbas de reporter l’élection législative pour une courte période avec des conséquences limitées sur la scène internationale.
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